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Plus fort en THC ou modifié par des drogues de synthèse, le nouveau cannabis inquiète les autorités

Le cannabis pourrait générer 40 milliards de dollars de revenus en trois ans.

Le cannabis pourrait générer 40 milliards de dollars de revenus en trois ans. - Desiree Martin - AFP

Le taux moyen de tétrahydrocannabinol, la molécule à l’origine des effets psychotropes dans la résine de cannabis, a triplé au cours des 20 dernières années, augmentant ainsi les risques de dépendance.

Les autorités de santé s'inquiètent de l'évolution du marché du cannabis en France. Le produit "est de loin la substance illicite la plus consommée en France. En 2017, 44,8% des adultes âgés de 18 à 64 ans déclarent avoir déjà consommé du cannabis au cours de leur vie", relève l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Mais cette tendance - qui a diminué entre 2002 et 2017 - n'est pas le principal point d'inquiétude des autorités.

Celles-ci s'alarment actuellement de la puissance du produit qui peut avoir de lourdes conséquences sur la santé et la dépendance de ses consommateurs, rapporte Le Monde. En effet, le taux moyen de tétrahydrocannabinol (THC) - la molécule à l’origine des effets psychotropes - dans la résine de cannabis a triplé au cours de ces 20 dernières années, pour atteindre 28% en 2019, indique au quotidien une experte juridique en produits stupéfiants, ingénieure et cheffe de la section stupéfiants du laboratoire de police scientifique de Lyon.

Un taux de THC allant jusqu'à 90%

Ce taux, déjà élevé, ne représente pas un plafond. La concentration en THC peut atteindre 80% avec le "butane hash oil", aussi appelé "huile de cannabis". Elle est extraite de l’herbe de cannabis grâce à du gaz butane. Plus encore, la police technique et scientifique a récemment analysé un gel de cannabis, contenu dans une seringue en plastique, atteignant 91% de THC.

Outre cette pureté de plus en plus répandue sur le marché du cannabis, se développe la diffusion de drogues de synthèse qui amplifient ses effets. C'est notamment le cas de la molécule MDMB-4en-Pinaca produite par des laboratoires clandestins, et censée reproduire les effets du THC. Ce cannabinoïde de synthèse se présente sous forme de poudre et peut être vaporisé sur des morceaux d'herbe ou être intégré à des produits à vapoter.

"Il s’agit de substances qui, pour des doses largement inférieures, sont beaucoup plus fortes. C’est le cannabis puissance 100", explique à nos confrères la docteure Joëlle Micallef, présidente du réseau français d’addictovigilance et directrice du centre Paca.

Un cannabis renforcé par des drogues de synthèse

Des consommateurs pensant avoir acheté du cannabis classique ont ainsi été transférés à l’hôpital à cause de vertiges et de tremblements liés à cette drogue de synthèse, alarmant ainsi à l'automne l’Agence régionale de santé (ARS) de Provence-Alpes-Côte d’Azur ainsi que le centre d’addictovigilance de Bordeaux et l’ARS de Nouvelle-Aquitaine en décembre dernier.

Cette substance peut même entraîner la mort: entre 2019 et 2020, douze décès liés à la consommation de MDMB-4en-Pinaca ont été enregistrés par l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies en Hongrie, au Royaume-Uni et en Suède. En France, la molécule a été identifiée dans 21 collectes d’échantillons en Bretagne, en Bourgogne, dans le Centre, dans les Hauts-de-France, en Ile-de-France, en Nouvelle-Aquitaine, en Paca et en Auvergne-Rhône-Alpes au début du mois de février.

Mais il n’existe actuellement pas d’éléments permettant d’évaluer précisément "la proportion de produits de ce type circulant en France", concède l’OFDT.

Si la diffusion de ce produit reste difficile à évaluer, la docteure Joëlle Micallef estime néanmoins que "quand on a cinq cas, c’est qu’en réalité, on en a cinq cents". L'élément dangereux selon elle est "la tendance évolutive. Quand on voit que les cas augmentent, que le produit arrive dans différentes régions, qu’il touche tout type de public, c’est plus important qu’un chiffre. Pour nous, il ne manque rien pour faire une sensibilisation nationale sur le sujet".

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV