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Plus de cas de coronavirus "d'ici un mois"? L'hypothèse de Didier Raoult contestée par ses confrères

Infirmières à Marseille.

Infirmières à Marseille. - Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Devant nos caméras, le professeur Didier Raoult a émis l'hypothèse que le Covid-19 n'était qu'une épidémie saisonnière et allait cesser de circuler dans les pays tempérés d'ici un mois. Ce mercredi matin, sur notre antenne, certains de ses confrères ont réagi à ces positions.

Avec la baisse constante, bien que lente, des cas d'hospitalisation et du nombre de placements dans les services de réanimation, la perspective des chercheurs face au coronavirus évolue. Il s'agit aussi pour eux, désormais, de répondre à ces questions: le déclin du virus annonce-t-il son extinction prochaine? Y aura-t-il, au contraire, une seconde vague ou un retour dans les mois à venir? Si oui, à quelle fréquence? La propagation du virus est-elle liée à la saison et à ce titre condamné à disparaître sous l'arrivée de la chaleur printanière? 

"Si les choses continuent comme ça..."

Mardi, depuis son bureau de l'IHU Méditerranée Infection de Marseille dont il assure la direction, le professeur Didier Raoult, fortement contesté depuis sa promotion d'un traitement du Covid-19 à base de chloroquine, a nettement privilégié cette dernière piste:

"On a une diminution maintenant constante du nombre de cas diagnostiqués, du nombre de cas d’hospitalisation. Le nombre de morts, ce sera un peu plus long car des gens meurent souvent plus d’un mois après avoir été infectés. On est sur une vague descendante. Je ne prédis pas l’avenir mais si les choses continuent comme ça, on a bien l’impression que ce qui était une des possibilités de cette maladie, c’est-à-dire une maladie saisonnière, est en train de se réaliser."

Il a alors ajouté: "Il est possible que d’ici un mois il n’y ait plus de cas du tout dans la plupart des pays tempérés. C’est une possibilité non négligeable."

Les trois scénarios 

Plusieurs de ses confrères ont réagi ce mercredi matin sur BFMTV. Notre consultant santé, le docteur Alain Ducardonnet a énoncé un jugement balancé. "Ce sont des hypothèses qui sont plausibles, parce que les autres coronavirus, et la grippe également, ont cette saisonnalité", a-t-il posé en préambule. Il a ensuite expliqué:

"Au fil du temps, on sait qu’ils disparaissent durant l’été puis reviennent l’hiver. C’est basé aussi sur des constats : il y a moins d’ultraviolets, de soleil en hiver donc on agresse moins les virus. Les virus, en particulier le virus ARN comme est le coronavirus, n’aiment pas du tout les ultraviolets parce que ça les coupe, les découpe. Et les virus, pas (forcément) le coronavirus - ça on ne le sait pas -, préfèrent le froid. Et donc la propagation se fait plus facilement."

Mais pour lui, le champ reste ouvert, partagé en trois options. "Aujourd’hui, il y a trois scénarios. Le premier, c’est de dire que ce virus va s’arrêter, comme le Sras, qui avait émergé en 2002-2003. Deuxième possibilité : un réservoir va perdurer comme pour le Mers, apparu en 2012, au Moyen-Orient. Dernière possibilité: c’est cette notion de saisonnalité, c’est-à-dire que le virus va "moins circuler, sans disparaître, pendant l’été avant de revenir en période d’hiver", a ainsi conclu Alain Ducardonnet. 

"Aucune modélisation ne permet de le dire"

Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Tenon à Paris, s'est quant à lui montré bien plus lapidaire sur le sujet face à Jean-Jacques Bourdin, ce mercredi matin. "On est très loin de la ‘grippounette’ et surtout on n’a pas fini. On n’a pas fini avec la chaleur, pas fini avec le saisonnier, on n’en a pas fini avec la circulation du virus", a-t-il dit.

"Contrairement à ce que disent certains on va vivre avec ce coronavirus jusqu’à la fin de l’année", a-t-il affirmé. Il a réfuté la lecture des tendances de la maladie opérée par Didier Raoult: "Aucune modélisation ne permet de dire ça. Et on se méfie de l’effet éventuel du déconfinement."

Selon Gilles Pialoux, la trajectoire commune à tous les pays garantit que le virus est installé dans la durée: "Tous les pays ont eu la même cinétique, la même histoire. Il y a donc toujours une inquiétude internationale très forte."

Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie et de maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, a introduit son propos sur notre antenne en confirmant avoir observé une décélération du Covid-19 dans les services dont il a la charge.

"Très clairement, ce qu’on voit c’est une diminution du nombre d’hospitalisations. Dans un service comme le mien qui compte habituellement 20 lits, augmenté à 50 lits, il y a encore une semaine il n’y avait aucun lit de libre, maintenant il y a régulièrement des places. On sent bien la diminution du nombre d’infections, ce qu’on souhaite c’est que ça se maintienne et donc que le déconfinement se fasse dans de bonnes conditions", a-t-il décrit sur BFMTV.

Le temps comme arbitre

Jean-Daniel Lelièvre a toutefois remis en cause l'idée d'un essoufflement complet de la circulation du mal d'ici trente jours et son caractère saisonnier: "Pour l’instant, aucune donnée ne nous laisse penser ça. Comme vous le savez, c’est une pandémie donc ce virus est présent partout dans le monde y compris dans des pays chauds donc on ne voit pas en quoi la température aurait une influence quelconque sur l’épidémie." Le temps leur servira donc d'arbitre. 

Robin Verner