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Plus d'un Français sur deux gêné par les nuisances sonores au travail

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A l’occasion de la deuxièmes édition de la Semaine de la santé auditive au travail, les experts du collectif JNA rappellent que si le bruit ne tue pas directement, il impacte l'état de santé général et l'équilibre de vie. C'est pourquoi les politiques de bien-être en entreprise ne doivent pas oublier de prendre en compte cette thématique.

Prendre soin de son capital auditif à tout instant de la vie est un facteur clé de santé. Pourtant, cet aspect de la qualité de vie est trop peu souvent pris en compte dans le milieu du travail, selon l’association JNA - Journée nationale de l'audition. A l’occasion de la Semaine européenne de la sécurité et de la santé au travail, cette dernière a lancé sa deuxième "Semaine de la santé auditive au travail" qui s'accompagne d'un sondage montrant que le bruit et les nuisances sonores dans ce cadre sont perçus comme gênants par une majorité d’actifs français.

Alors qu’une partie des entreprises redéfinissent la manière d’organiser les espaces de travail, plus d’un actif sur deux (52%) déclare ainsi être gêné par le bruit sur son lieu de travail. Le sondage indique que cette gêne est "souvent" rencontrée pour près de deux répondants sur 10 (18%), et "de temps en temps" pour un tiers d’entre eux (34%). Les populations rencontrant le plus ce problème sont les travailleurs en région parisienne (57%) et les ouvriers (60%).

Ces nuisances sonores ont des conséquences négatives à l’échelle de l’entreprise, puisqu'une majorité de sondés (57%) considère qu'elles portent atteinte à leur efficacité au travail, dont 16% qu’elles portent "beaucoup" atteinte. La conséquence la plus concrète de ce bruit permanent porte sur le fait qu'il nuit au quotidien au bon dialogue entre collègues: elle est citée par 77% des personnes interrogées.

Des impacts directs et indirects

Autre enseignement corroborant l'impact négatif des nuisances sonores sur la productivité au travail: une majorité de sondés considèrent qu’elles peuvent entraîner des problèmes d’audition, comme une perte d’audition et le développement d’acouphènes (56% dans les deux cas), tandis que plus des deux tiers pointent des conséquences à plus long terme, allant jusqu’à mettre en avant le risque d’une certaine lassitude à l’égard de leur travail.

Le bruit au travail a également des conséquences à titre personnel, sur la santé physique et psychologique: 87% des personnes interrogées déclarent qu’il peut entraîner de la fatigue, 79% des maux de tête et 75% du stress. Selon le Centre d'information et de documentation sur le bruit, les surdités professionnelles se situent au quatrième rang des maladies professionnelles. Il entraîne en effet des réactions qui mettent en jeu l’ensemble de l’organisme, notamment un stress chronique.

Or, ce dernier est lui-même associé à "des changements métaboliques qui augmentent le risque de maladie cardiovasculaire, et contribuent au diabète, à des symptômes dépressifs et à des troubles cognitifs." Des impacts directs (acouphènes) et indirects (risques psychosociaux) qui sont générateurs de coûts humains et financiers "tant au niveau macroéconomique que microéconomique (au sein de l’entreprise)", ajoute l'association JNA.

Mieux gérer le bruit en open space

Plusieurs articles du code du travail réglementent les seuils d’exposition au bruit des travailleurs et instaurent une valeur limite d’exposition. L'employeur se doit ainsi d'agir sur les conditions et l’organisation du travail (choix des équipements, des procédés, substances...), de former et informer les salariés sur les risques et leur prévention et de fournir des Protecteurs Individuels Contre le Bruit (PICB) à partir de 80 décibels (dB) d’exposition.

Mais l'association indique que "les entreprises françaises se heurtent pour la plupart à une approche culturelle spécifiquement orientée 'lutte' en considérant que le seul respect des aspects réglementaires est une condition suffisante." Selon elle, deux raisons expliquent l’insuffisante prise en compte des effets auditifs dans les politiques de bien-être développées en entreprise: l’ignorance des effets du bruit sur l’état général de santé, ainsi que l’orientation de lutte contre le bruit afin de respecter les seules obligations réglementaires.

C'est pourquoi elle invite les acteurs de l’entreprise à une réflexion globale intégrant la santé auditive en action primaire de prévention. "Cela nécessite de considérer les impacts du bruit en deçà des seuils réglementaires et d’associer plus systématiquement une réflexion sur les apports de l’acoustique et de l’ergonomie", indique-t-elle. Selon les préconisations de l’Organisation mondiale de la santé, il serait sain de travailler dans des environnements sonores ne dépassant pas les 45 dB.

"Or, sur les espaces partagés, il n’est pas rare d’atteindre 70 dB lorsque les collaborateurs sont en pleine activité., précise l'association. Plusieurs mesures peuvent être mises en place, comme le mesurage à l’aide d’une application sonomètre, de règles de vie collectives (conversations formelles et informelles), la création de zones dédiées au téléphone ou une réflexion sur l’amélioration "acoustique" de l’espace partagé (cloisonnettes, mobilier acoustique, etc). Dernière solution évoquée: permettre, quand c'est possible, des temps de télétravail.

Alexandra Bresson