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Parkinson: une femme peut "sentir" la maladie avec son odorat

Joy Milne sur le plateau de la BBC.

Joy Milne sur le plateau de la BBC. - Capture d'écran.

Joy Milne a détecté un changement dans l'odeur de son mari plusieurs années avant que la maladie de Parkinson n'ait été diagnostiquée chez lui. Les chercheurs ont découvert qu'elle pouvait identifier que des personnes en souffraient, simplement en sentant le tee-shirt dans lequel elles avaient dormi.

Des chercheurs vont tenter de confirmer qu'ils peuvent diagnostiquer la maladie de Parkinson à partir d'odeurs corporelles, sur la base du témoignage d'une Britannique affirmant qu'elle a littéralement senti cette maladie dégénérative sur son mari, a indiqué jeudi la fondation Parkinson UK.

Joy Milne, 65 ans, a indiqué aux chercheurs qu'elle avait remarqué un changement de l'odeur de son mari, Les, plusieurs années avant qu'il ne développe les symptômes de la maladie neurologique dégénérative. 

L'homme, dont la maladie a été diagnostiquée il y a 20 ans, est décédé cette année à 65 ans des conséquences de Parkinson, qui touche une personne sur 500 et entraîne une perte progressive des neurones. Cette maladie se distingue par ses symptômes caractéristiques que sont les tremblements et la lenteur des mouvements.

"Odeur puissante, légèrement musquée"

"J'ai toujours eu un très bon sens de l'odorat et j'ai détecté très tôt qu'il y avait un changement subtil dans l'odeur de Les", a déclaré jeudi à la presse britannique Joy Milne, qui vit à Perth, en Ecosse. "C'est difficile à décrire mais il y avait une odeur puissante, légèrement musquée. J'ignorais que c'était inhabituel et que cela n'avait pas été identifié avant", a-t-elle expliqué.

Joy Milne dit à la BBC ne s'être rendu compte de la spécificité de cette odeur qu'en la sentant sur d'autres malades, alors qu'elle était dans une pièce avec eux.

Les chercheurs l'ont alors qualifié de "super-nez" après avoir découvert qu'elle pouvait identifier que des personnes souffraient de la maladie simplement en sentant le tee-shirt dans lequel elles avaient dormi.

100% d'exactitude

Le Dr Tilo Kunath, un chercheur de Parkinson UK au département des sciences biologiques de l'université d'Edimbourg, en Ecosse, est l'un des premiers scientifiques à qui Joy a parlé de l'odeur qu'elle pouvait sentir. Il raconte à la BBC comment son équipe a tenté de vérifier si elle disait vrai.

"La première fois que nous avons testé Joy, nous avons fait appel à six personnes avec la maladie de Parkinson, et six personnes non touchées. Nous leur avons fait porter un tee-shirt pendant une journée et avons ensuite récupéré les tee-shirts, les avons mis dans des sacs et les avons enregistrés", détaille-t-il. "Son rôle était de nous dire qui avait la maladie de Parkinson et qui ne l'avait pas. Elle avait raison pour 11 sur 12. Nous étions assez impressionnés", se souvient-il.

"Elle a trouvé les six personnes ayant la maladie de Parkinson, mais elle affirmait catégoriquement que l'un des autres sujets avait Parkinson", ajoute le Dr Kunath.

"Selon lui et selon nous, il n'avait pas la maladie de Parkinson", souligne-t-il. Mais huit mois plus tard, il m'a informé que la maladie de Parkinson avait été diagnostiquée chez lui. Donc Joy avait en fait raison pour douze personnes sur douze à ce moment-là. Ça nous a vraiment impressionnés et nous devions mener de plus amples recherches sur ce phénomène".

Un impact énorme pour le dépistage

Cette découverte a donné lieu au lancement cette semaine d'un projet de recherche de la fondation Parkinson UK pour établir si la maladie et l'odeur sont liées.

"Nous sommes dans les prémices de la recherche mais s'il est prouvé qu'il y a une odeur unique associée à la maladie de Parkinson, notamment aux origines de la maladie, cela pourrait avoir un impact énorme", a jugé Arthur Roach, le directeur de recherche de la fondation, dans le communiqué.

"Pas seulement pour les diagnostics précoces mais il serait aussi beaucoup plus facile d'identifier les malades, de tester des médicaments qui pourraient avoir le pouvoir de ralentir ou même de stopper la maladie, ce qu'aucun médicament ne peut faire à l'heure actuelle", a-t-il fait valoir.

Les chercheurs s'interrogent notamment sur une possible modification du sébum causée par la maladie et comptent sélectionner 200 personnes, certaines souffrant de Parkinson et d'autres pas, pour l'étude. Leurs prélèvements seront analysés au niveau moléculaire ainsi que par Joy Milne et une équipe d'experts de l'odorat issue de l'industrie alimentaire.

la rédaction avec AFP