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Non, l'Institut Pasteur n'a pas prouvé l'efficacité de l'ivermectine contre l'épidémie de Covid

Image d'illustration - Un flacon d'ivermectine

Image d'illustration - Un flacon d'ivermectine - Luis Robayo - AFP

L'Institut Pasteur a publié des données encourageantes quant à l'utilisation de l'ivermectine pour lutter contre les formes symptomatiques du Covid-19. Mais il ne s'agit que de données obtenues lors de tests sur des animaux, qui ne prédisent pas de son efficacité sur l'homme.

"L'ivermectine atténue les symptômes de la Covid-19 dans un modèle animal", a écrit l'Institut Pasteur lundi, dans un communiqué. Il fait suite à la publication de l'étude de chercheurs de l'Institut dans la revue scientifique Embo Molecular Medecine. L'ivermectine, un antiparasitaire, fait partie des traitements testés contre le Covid-19, et promu par une partie de la population depuis le début de l'épidémie, souvent comme une alternative possible au vaccin.

Depuis la publication de cette étude, mise en ligne le jour où Emmanuel Macron a annoncé l'extension du pass sanitaire, les esprits s'emballent. Plusieurs élus brandissent ces résultats comme une alternative possible à la vaccination pour lutter contre l'épidémie. Mais cette étude n'est que le départ de potentiels approfondissements sur le sujet, et l'efficacité de l'ivermectine sur l'homme reste toujours à prouver pour le moment.

Pas d'homme mais 36 hamsters dorés

"L'Institut Pasteur publie une étude montrant un effet positif de l’ivermectine contre le covid!", écrivait Florian Philippot, président du parti souverainiste Les Patriotes, mardi. L'Institut Pasteur "met en avant ses effets bénéfiques sur les formes graves du Covid-19, ces mêmes effets qui sont le prétexte à la vaccination obligatoire", déclare de son côté le sénateur Les Républicains Alain Houpert.

"L’obsession vaccinale détourne nos dirigeants du bon-sens: s’ils voulaient vraiment nous protéger, ils auraient considéré les traitements!", assure encore Nicolas Dupont-Aignan, député et président de Debout La France.

À première vue, avec le titre du communiqué diffusé par l'Institut Pasteur, il est en effet possible de croire que ça y est, un traitement contre le Covid-19 a été trouvé et est jugé efficace par des scientifiques. Mais un premier point doit immédiatement faire tiquer, la mention du "modèle animal". Les chercheurs ont en effet montré que l’ivermectine "protège des symptômes de la Covid-19", mais ce "dans un modèle animal".

À la lecture du communiqué de l'Institut Pasteur, il est rapidement expliqué que les résultats obtenus l'ont été sur des animaux, non des êtres humains. Dans cette recherche, ce sont ainsi 36 hamsters dorés qui ont été utilisés pour tester l'efficacité de l'ivermectine. Cette espèce a notamment été choisie car elle "est naturellement permissive au virus", explique l'étude. Les résultats obtenus ne sont donc pas transportables à l'organisme humain, pour le moment du moins.

"Notre étude apporte des données précliniques qui démontrent scientifiquement une action protectrice de l’ivermectine pendant l’infection par le SARS-CoV-2 dans un modèle animal. Ces données sont essentielles pour appuyer les essais cliniques chez l’homme" explique à l'Institut Pasteur Guilherme Dias de Melo, chercheur dans l’unité Lyssavirus, épidémiologie et neuropathologie et premier auteur de l’étude.

Un effet sur les symptômes, pas sur la contagion

Pour l'étude, deux groupes constitués chacun de 18 rongeurs ont été constitués, l'un a reçu de l'ivermectine, l'autre un placebo. Dans le premier groupe, seulement quatre hamsters ont présenté des troubles olfactifs après avoir été infectés par le Covid-19, contre 12 dans le groupe placebo.

"Les résultats de l’étude dévoilent que l’ivermectine agit sur la modulation de la réponse immunitaire sur les modèles animaux infectés par le SARS-CoV-2 et permet ainsi de diminuer l’inflammation au niveau des voies respiratoires", explique l'Institut Pasteur. "Les chercheurs ont également montré que la molécule réduit le risque de perte d’odorat. Toutefois, ils ont observé que le traitement à l’ivermectine n’agit pas sur la réplication virale du SARS-CoV-2".

Ce traitement, s'il démontre les mêmes résultats sur l'homme, ne permettrait donc pas a priori de limiter les contagions, car la charge virale observée chez les hamsters, traités ou non, restait la même. Il agirait surtout comme un agent thérapeutique, en atténuant les symptômes de la maladie.

Des données "très peu fiables" sur l'ivermectine

Tout au plus, les résultats de cette étude sur l'animal peuvent donc être considérés comme encourageants pour la suite, mais d'autres tests sont nécessaires pour arriver à une réelle conclusion quant à l'efficacité de ce traitement. "Ces travaux ouvrent la voie à des axes de développement pour de meilleurs traitements contre la Covid-19 chez l’homme", explique ainsi à l'Institut Pasteur Hervé Bourhy, responsable de l’unité Lyssavirus, épidémiologie et neuropathologie et dernier auteur de l’étude.

Car jusque-là, les résultats concernant l'ivermectine ne permettent pas d'en faire un traitement officiel pour le Covid-19. Devant l'engouement concernant ce médicament au début de l'épidémie, l'Organisation Mondiale de la Santé avait ainsi mandaté un groupe d'experts pour évaluer les résultats de ce traitement.

Les experts ont "examiné les données regroupées de 16 essais contrôlés randomisés portant au total sur 2407 patients ambulatoires ou hospitalisés atteints de COVID-19" et "conclu que les données selon lesquelles l’ivermectine permettrait de réduire la mortalité, la nécessité d’un recours à la ventilation mécanique, la nécessité d’une hospitalisation et la durée avant une amélioration clinique chez les patients COVID-19 étaient 'très peu fiables'", expliquait l'OMS fin mars. Ce "en raison de la petite taille des essais et des limites méthodologiques des données d’essais disponibles, notamment du faible nombre d’effets indésirables".

L'OMS ne recommande donc pas l'utilisation de ce traitement contre le Covid-19. Même son fabricant, le géant pharmaceutique Merck, a assuré en avril que l'idée d'un "potentiel effet thérapeutique contre le Covid-19 n'a aucune base scientifique" et averti de possibles risques si le médicament n'était pas correctement administré.

Malgré ces non-recommandations, ce produit reste plebiscité dans de nombreux pays aujourd'hui contre ce coronavirus. En Indonésie le produit s'arrache et aux Philippines, le président Rodrigo Duterte a déclaré qu'il "y a beaucoup de gens crédibles qui jurent sur la tombe de leur père que l'ivermectine leur a fait du bien alors qu'ils souffraient du Covid".

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV