BFMTV

"Neknomination" ou les risques du jeu d'alcool 2.0 venu d'Australie

Venu d'Australie, le Neknomination est une variante du binge drinking

Venu d'Australie, le Neknomination est une variante du binge drinking - -

DÉCRYPTAGE - Le nouveau jeu à boire se répand comme une traînée de poudre sur le web. Pourquoi un tel succès? quels sont les dangers? Éléments de réponse avec le psychiatre et addictologue, Laurent Karila.

Vous n’en aviez sans doute pas - encore - entendu parler, mais le phénomène "Neknomination" commence à faire des émules en France.

Beaucoup plus tendance que le caps, ce jeu à boire" venu d'Australie consiste à filmer sa biture express dans une situation loufoque, par exemple en avalant cul sec sa tequila et son poisson rouge, puis à nommer trois autres personnes, qui vont à leur tour proposer un défi, et ainsi de suite. Pour ne pas faire tomber à l'eau l'exploit alcoolique, la vidéo doit ensuite être postée sur un réseau social.

Si certaines mises en scène sont plutôt soft, d’autres sont pour le moins inquiétantes. En Irlande, les décès récents de deux jeunes ont été imputés par les autorités à la pratique de neknominations. Faut-il s’alarmer de ces beuveries virales? Les réponses du docteur Laurent Karila, psychiatre et addictologue à l'hôpital Paul-Brousse à Villejuif, et vice-président de Sos Addictions.

Comment décrire le phénomène?

C'est un équivalent du binge drinking, puisqu'il est également question de s'alcooliser en un temps record. La différence vient du partage de ses exploits filmés sur les réseaux sociaux. Internet, véritable boosteur d'addictions, se révèle un parfait associé pour ce genre de pratique.

Un endroit où il faut trouver sans cesse de nouvelles façons de consommer, à l'instar de ces drogues de synthèse qui sont en vente sur des sites. Finalement, on pourrait qualifier ce phénomène de "web binge drinking" ou de "binge drinking virtuel" qui peut entraîner à terme une chaîne infernale, comme on l'a vu avec les Apéros Facebook.

Quels sont les risques sur la santé?

Sans surprise, ce jeu touche une population jeune, donc plus fragile. Le phénomène de groupe engendrant inexorablement l'envie d'aller toujours plus loin. Ainsi, sur le plan physique et psychique, le sujet peut tomber dans une ivresse aiguë voire un coma éthylique, des crises d'épilepsie sont aussi à craindre. Et pour les plus vulnérables, l'ingurgitation excessive d'alcool peut mener à des crises d'angoisse, des épisodes dépressifs et des troubles importants du sommeil.

Qu'apporte ce besoin de performance?

Il s'agit clairement d'une recherche de sensations fortes, comme celui qui va sauter à l'élastique. Cette forme de binge drinking donne l'impression d'être surpuissant, de surpasser sa peur du danger via le groupe, qui stimule et donne confiance en soi. De plus, le jeu est très "narcissisant", puisque l'on filme sa prouesse. C'est la compétition de l'excès. Autre problème lié à ce rituel, c'est la culture web qu'il y a autour du jeu, attirant de fait un public toujours plus jeune.

Qui est responsable?

Plusieurs facteurs rentrent en compte. Tout d'abord, le marketing de l'alcool chez les jeunes. C'est une catastrophe. Chez les jeunes filles par exemple. Jadis peu buveuses, elles sont devenues la cible d'un marketing adapté, qui est à la fois tendance et agressif. L'autre facteur est sociétal. En France, il faut le dire, on a une tolérance nationale vis-à-vis de l'alcool. Même tolérance du côté de la famille, où des habitudes de consommation peuvent être très tôt mises en place.

Mélanie Godey