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Médicaments: une confiance qui se maintient, sauf pour les vaccins

Les professionnels de santé sont toujours considérés par les Français comme les sources d’informations les plus fiables concernant le médicament.

Les professionnels de santé sont toujours considérés par les Français comme les sources d’informations les plus fiables concernant le médicament. - iStock - gradyreese

Les entreprises du médicament (LEEM) ont dévoilé les résultats de la 6e vague de son Observatoire sociétal du médicament. Les conclusions montrent que malgré une légère érosion, le niveau de confiance envers les médicaments demeure très élevé, mais la défiance vis-à-vis des vaccins devient de plus en plus préoccupante.

Quel rapport entretiennent les Français avec leurs médicaments? Très nuancé selon les conclusions de la dernière enquête d'opinion menée par l'Ipsos pour l'Observatoire sociétal du médicament du Leem*. Car si le niveau de confiance reste très élevé dans les traitements, il se dégrade pour les vaccins qui font l'objet d'un scepticisme de plus en plus important.

Ainsi, 84% des Français disent avoir confiance en leurs médicaments même si ce niveau s'avère légèrement moins élevé qu'en 2015 (- 1 point). D'autant que derrière ce chiffre qui demeure à la hausse, il existe des constats nuancés selon le type de médicaments. En ce qui concerne les médicaments sur ordonnance et les médicaments remboursés, 88% des Français leur font confiance, mais cette confiance se dégrade tout de même de cinq points pour les premiers et de quatre points pour les seconds.

Il en va de même pour les médicaments de marque (87%, - 2 points) et les médicaments sans ordonnance (70%, - 3 points). Une tendance qui n'inquiète pas le Leem. "Le médicament est un produit manipulé au quotidien qui bénéficie d’un haut niveau de confiance car les Français peuvent eux-mêmes se rendre compte de son efficacité", explique à Santé Magazine Philippe Lamoureux, directeur général du Leem.

Un Français sur deux considère la vaccination risquée

Du côté des vaccins, les avis sont plus tranchés: la France, patrie de Pasteur, fait preuve d'un scepticisme toujours plus important à l’égard de la vaccination. Le sondage montre que seul un Français sur deux considère qu'elle présente plus de bénéfices que de risque et 40% des sondés ignorent si leurs vaccins sont à jour. Si la baisse de confiance n’est pas vertigineuse (moins deux points par rapport à 2015), elle est cependant symptomatique.

"Les vaccins enregistrent le taux de confiance le plus bas (69%) depuis le lancement de l’Observatoire sociétal du médicament en 2012", précise le Leem. Les perceptions ne sont cependant pas les mêmes d'une génération à l'autre. Ainsi, 63% des 55-59 ans estiment que les vaccins sont plus bénéfiques que risqués contre 43% des 25-34 ans.

"Outre les polémiques franco-françaises, l’acte vaccinal intervient sur un sujet en bonne santé et l’idée de ce geste barrière ne va pas de soi. Il permet de se protéger contre douze pathologies mais certaines ne font plus partie de notre quotidien, ce qui explique pourquoi ce risque apparaît lointain chez les jeunes, ajoute Philippe Lamoureux. Nous avons besoin d’un message public qui fait défaut ces dernières années".

Une "crise de confiance globale"

Outre les médicaments, le Leem s'est également intéressé à la confiance accordée aux professionnels de santé, toujours considérés comme une source d'informations fiable.

Toutefois, comme les médicaments, ce niveau diminue légèrement par rapport à l'enquête de 2015, qu'il s’agisse des médecins traitants (93%, - 2 points), des médecins spécialistes (92%, - 4 points), des infirmières (89%, - 2 points) ou des pharmaciens (88%, - 2 points). A l'inverse, en matière d’information sur les médicaments, la confiance accordée aux lanceurs d’alerte monte en puissance (69%, + 24 points).

"La baisse de la confiance vis-à-vis des figures médicales traditionnelles que sont les médecins, les infirmier(e)s ou encore les pharmaciens par rapport aux informations données sur les médicaments peut s’analyser à la lumière de la crise de confiance plus globale à l’égard des autorités et des experts que l’on voit progresser au sein de l’opinion depuis ces dernières années", analyse Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos France.

Celui-ci ajoute: "ce phénomène est toutefois préoccupant en ce qui concerne les vaccins et les questionnements des Français quant à leur efficacité, voire leur dangerosité". Quant aux entreprises qui produisent ces médicaments, seuls 45% des Français leur font confiance pour les informer sur le sujet.

Mais cette réponse s'inscrit également dans un contexte de défiance générale vis-à-vis des entreprises quel que soit le secteur (automobile, agroalimentaire, aéronautique). Malgré une légère baisse, ces dernières restent très majoritairement perçues comme utiles (85%, - 2 points) et les Français les considèrent comme un peu moins opaques et un peu plus honnêtes (30%, + 3 points) et transparentes (19%, + 1 point) même si les scores restent bas.

*Etude Ipsos pour le Leem, réalisée auprès de 1 000 personnes, interrogées par Internet entre le 09 et le 16 juin 2016 (échantillon âgé de 18 ans et plus, représentatif de la population nationale).

Alexandra Bresson