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Médiator: rapport accablant des experts judiciaires

Le très controversé Mediator a été retiré de la vente en juillet 2010.

Le très controversé Mediator a été retiré de la vente en juillet 2010. - -

Après la remise ce vendredi des conclusions des experts judiciaires, les laboratoires Servier ont estimé qu'il n'y avait "pas d'élément supplémentaire" concernant le risque cardiaque.

Alors qu'un très grand nombre de victimes du Mediator peinent à se faire indemniser, un rapport accablant a été remis ce vendredi par les experts judiciaires. Ce médicament aux effets secondaires dévastateurs a été prescrit pendant trente ans pour lutter contre le surpoids avant d'être définitivement retiré de la vente en juillet 2010.

Dans leurs conclusions présentées au parquet de Paris, les experts ont évoqué quatre points principaux.

> Le nombre de décès à venir a été précisé

Les décès à court terme imputables à une valvulopathie sont évalués entre 220 à 300. A long terme le nombre de victimes pourrait être de 1.300 à 1.800.

Les hospitalisations pour insuffisance valvaire pourraient être quant à elles comprises entre 3.100 et 4.200", concluent les experts.

Une étude publiée en février 2012 par le journal spécialisé Pharmacoepidemiology & Drug Safety avait estimé que le Mediator avait "probablement" causé 3.100 hospitalisations et au moins 1.300 morts par valvulopathie entre 1976 et 2009 en France.

Le nombre d'hypertensions artérielles pulmonaires (HTAP) n'a pas été évalué soulignent aussi les experts. Cette hypertension constitue l'autre grave méfait possible du Mediator.

> Le retrait aurait dû être prononcé plus tôt

La commercialisation du médicament, aurait dû être suspendue entre 1998 et 2003 par le laboratoire Servier ou par les autorités au vu des premiers signalements, selon ces conclusions.

Cette conclusion va dans le sens de la mise en examen, dès mars dernier, de l'Agence du médicament pour "homicides et blessures involontaires".

> Les propriétés de "puissant anorexigène" avérées

Les experts confirment les "propriétés anorexigènes puissantes" du médicament. Le Mediator contient une molécule coupe-faim, le benfluorex. C'est la raison qui a conduit les praticiens à le prescrire pendant trente ans, d'abord contre l'excès de graisses dans le sang, puis comme traitement adjuvant chez les diabétiques en surpoids.

> Les médecins n'étaient pas suffisamment informés

Le rapport estime parallèlement que "l'absence d'informations lisibles concernant le métabolisme du benfluorex et sa parenté avec les anorexigènes n'a pas permis aux praticiens d'exercer une surveillance adéquate des patients sur les plans cardiovasculaire et pulmonaire.

> "Pas d'élément supplémentaire" selon les laboratoires Servier

Dans un bref communiqué les laboratoires Servier ont indiqué prendre acte "des conclusions du rapport provisoire communiqué aujourd'hui". Mais soulignent-ils: "Ces conclusions n'apportent pas d'élément supplémentaire concernant le risque de valvulopathie lié à la prise de Mediator".

Les laboratoires Servier assurent parallèlement qu'ils "continueront d'assumer leurs responsabilités et indemniseront toutes les victimes des effets secondaires du Mediator".

Ils estiment en outre que les conclusions de ce rapport "ne remettent pas en cause le fait que les Laboratoires Servier ont parfaitement tenu informé les autorités de santé tout au long de la vie du médicament".

Sur la nature et les effets de la molécule, le laboratoire attend de consulter l'intégralité du rapport pour réagir et indique qu'il fera valoir ses demandes auprès des juges.


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D. N. avec AFP