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Mastectomie d'Angelina Jolie: une opération "exceptionnelle"

Angelina Jolie a annoncé mardi avoir subi une double mastectomie, afin de réduire les risques de cancer du sein.

Angelina Jolie a annoncé mardi avoir subi une double mastectomie, afin de réduire les risques de cancer du sein. - -

L'annonce de la mastectomie de la star, véritable incarnation du glamour, place cette opération sur le devant de la scène. L'ablation préventive des seins reste en France assez exceptionnelle et en tout cas une décision difficile. Les explications de deux spécialistes.

Angelina Jolie a choisi mardi de rendre publique sa double mastectomie, l'ablation des deux seins, pour diminuer les risques de cancer. L'actrice a vu sa mère mourir d'un cancer du sein et des ovaires à l'âge de 56 ans et a préféré "être proactive et minimiser les risques".

La mastectomie préventive reste en France une opération exceptionnelle, lourde surtout de conséquences psychologiques. Le Docteur Caron, oncogénéticien à l'Institut national du cancer, et le Dr Olschwang, généticienne, directeur de recherche à l'Inserm expliquent pour BFMTV.com les implications d'une telle intervention.

> Dans quel cas pratique-t-on une telle opération?

"Certaines personnes ont une prédisposition, explique le Docteur Caron, une anomalie dans le patrimoine génétique qui fait qu'elles ont beaucoup plus de risques de développer un cancer. Une anomalie dans les gènes BRCA1 ou BRCA2 augmente ainsi le risque à la fois de cancer du sein et du cancer de l'ovaire".

"Tout commence par l'identification d'une prédisposition dans une famille, poursuit-il. On peut ainsi la suspecter quand, dans une famille on a beaucoup plus de cancers du sein ou de l'ovaire que l'on en aurait attendu par hasard et qu'on a ces cancers plus jeune. On détermine une probabilité de prédisposition".

Pour le Docteur Caron, "le choix de la chirurgie est vraiment une option, mais ce n'est pas quelque chose qui se décide sur un coup de tête. C'est très important de prendre son temps et notre rôle est d'accompagner ce choix en donnant un maximum de précisions techniques".

> Quelles sont les alternatives?

Il est possible de placer les personnes porteuses de l'anomalie sous surveillance. "La première recommandation c'est de surveiller les seins de manière très différentes de ce que l'on fait habituellement. On commence à 30 ans. On pratique une IRM tous les ans et une palpation des seins dans l'intervalle. C'est une surveillance assez contraignante, analyse le Dr Caron. L'objectif n'est pas d'éviter le cancer, mais de le dépister le plus tôt possible pour avoir un maximum de chances de guérison.

"C'est quelque chose parfois qui n'est pas accepté et pas acceptable poursuit le Docteur Caron. On n'a pas de médicament pour l'instant, qui soit performant pour diminuer le risque de cancer. La seule possibilité, c'est d'enlever préventivement l'organe.

Le Docteur Olschwang souligne de son côté que, selon son expérience, "quand les femmes ont su qu'elles pouvaient opter pour l'IRM comme alternative à la chirurgie, elle se sont précipitées. Évidemment, il y a des exceptions, des gens particulièrement anxieux, des vécus difficiles dans la famille qui peuvent moduler cette attitude".

> En quoi consiste l'opération?

On opère comme s'il s'agissait d'un cancer. La glande est retirée de la même manière. On enlève complètement le sein (NDLR la glande mammaire, une partie de la peau, le mamelon et l'aréole) et on le reconstruit pas différents procédés. "Il y a les prothèses, les modelages à partir de tissus prélevés ailleurs, sur le ventre, dans le dos. C'est parfois assez compliqué, précise le Docteur Caron".

La reconstruction peur-être simultanée, mais si elle est faite par des chirurgiens plasticiens, "on recommande que l'ablation soit faite par des équipes qui ont l'habitude de la prise en charge du cancer du sein" souligne le Docteur Caron.

Quelles sont les conséquences, les risques d'une telle opération?

Il peut y avoir des problèmes de cicatrisation, des problèmes de douleur. Il y a le risque opératoire inhérent à toute opération. "L'impact est essentiellement d'ordre psychologique, précise le Docteur Caron. Les femmes qui vont jusque là se sentent soulagées, mais voient une différence dans leur vie quotidienne. c'est un organe très symbolique. Cela peut avoir un impact psychologique assez fort".

>Quel peut être l'impact du choix et de l'annonce d'Angelina Jolie sur les femmes?

Pour le Docteur Caron, l'intérêt est d'en faire parler, même si "la parole est assez libre. Il n'y a pas de tabous". En revanche, analyse-t-il, "les femmes ont parfois un a priori et pensent qu'aux États-Unis on enlève les seins plus facilement. C'est faux. Lorsqu'on annonce à une femme qu'elle est porteuse de l'anomalie dans le gène on lui expose la possibilité d'une chirurgie préventive automatiquement".

Et de pointer une médiatisation qui n'est pas la même aux États-Unis. Pour lui il s'agit en effet surtout d'une "affaire culturelle". Dans les pays latins, la symbolique du sein est plus importante que dans les pays du Nord de l'Europe.

> Quelle est l'efficacité d'une telle opération?

"Le risque de cancer du sein est lié à la proportion de glande mammaire qui existe. Dans la mesure où on en enlève la plus grande partie, le risque diminue d'autant", expose le Docteur Olschwang.


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