BFMTV

Les Français inquiets par les perturbateurs endocriniens au même titre que le tabac

Les perturbateurs endocriniens sont présents au sein de plusieurs familles de cosmétiques et de produits d'hygiène.

Les perturbateurs endocriniens sont présents au sein de plusieurs familles de cosmétiques et de produits d'hygiène. - iStock - Jacob Wackerhausen

Un sondage montre que les perturbateurs endocriniens ne laissent pas les Français indifférents car ces derniers souhaitent en grande majorité que cette question constitue l'une des priorités de lutte en termes de santé publique.

Impossible de passer à côté des études qui font état de leur omniprésence ces derniers jours. Les perturbateurs endocriniens regroupent une vaste famille de composés capables d'interagir avec le système hormonal et dont les sources de contamination sont multiples (air, eau aliments). Les cosmétiques en font partie, comme le rappelle souvent l'association UFC-Que Choisir.

Les résultats de sa dernière enquête sur le sujet montrent que parmi les 11 composants indésirables trouvés dans 400 cosmétiques, se trouvent au premier rang les perturbateurs endocriniens tels que l'hydroxyanisol butylé (BHA) ou encore les butyl- et propyl-parabens.

Quelques jours plus tard, une étude de l'association Générations Futures montre que sept personnalités du monde de l'Ecologie (Delphine Batho, José Bové, Nicolas Hulot...) présentaient toutes un cocktail important de nombreux perturbateurs endocriniens (de 36 à 68 par personne), bien que seulement quatre familles de substances chimiques aient été recherchées (bisphénols, phtalates, PCBs, pesticides). De plus, 100% de ces personnalités avaient dans le corps chacune des familles de produits analysés.

Les personnes âgées sont les plus inquiètes

Pas étonnant donc, que les Français se montrent de plus en plus inquiets par ces derniers, comme le montre un sondage Odoxa pour Le Figaro, la MNH et France Inter. Mise au cœur de l'actualité par le candidat PS aux élections présidentielles Benoît Hamon, qui invite à un plus grand principe de précaution, la question des perturbateurs endocriniens est désormais bien connue des Français: les deux tiers d'entre eux (66%) disent ainsi en avoir entendu parler.

La connaissance du sujet culmine même à 77% auprès des personnes les plus âgées (65 ans et plus) alors qu'elle est minoritaire auprès des plus jeunes (48% des 18 – 24 ans). Pour autant si les Français ont pour la plupart déjà entendu parler du sujet, leur connaissance reste assez floue puisque 40% des sondés sur les 66% disent ne savoir que "vaguement" de quoi il s'agit. Et le sujet ne laisse pas indifférent puisque 70% des sondés disent que les perturbateurs endocriniens constituent un sujet qui les inquiètent "beaucoup ou plutôt".

Encore une fois, l'inquiétude culmine auprès des plus âgées (75%), comme elle demeure minoritaire auprès des plus jeunes (49%). Preuve de cette forte inquiétude des Français sur le sujet, les perturbateurs endocriniens constituent, avec 17% de citations, la troisième priorité la plus assignée par les Français en termes de santé publique. Elle devance ainsi la lutte contre le tabac (4ème avec 10% des citations), l'alcool (5ème avec 7%) et la prévention des ondes électromagnétiques (6ème avec 6%).

Une mesure récemment adoptée

Cette question n'est devancée que de peu par la lutte contre la drogue (2ème citée avec 21% des citations) et, de façon, plus nette par la lutte contre la pollution de l'air (1er danger cité avec 38%). "Ce thème a donc de bonnes chances de s'imposer dans le débat public de la campagne électorale dans les semaines à venir", souligne Gaël Sliman, Président d’Odoxa.

Dans ce contexte, le Sénat a adopté le 22 février la proposition de résolution déposée par l'écologiste Aline Archimbaud visant à renforcer la lutte contre l'exposition aux perturbateurs endocriniens. Le document demande notamment que l'utilisation des phtalates soit interdite dans les jouets, les produits cosmétiques et dans tous les dispositifs médicaux.

La sénatrice y écrit qu'elle "invite le Gouvernement à intervenir avec fermeté au niveau européen pour défendre l'intérêt général et la santé publique, en luttant contre la facilitation de l'utilisation de substances suspectées d'avoir un effet perturbateur endocrinien, en oeuvrant à la prise en compte de l'effet cocktail dans la mise en place des seuils de toxicité".

Quelques mois auparavant, le ministère de la Santé recevait les résultats du volet périnatal de l’étude ELFE sur l’exposition de 4 145 femmes enceintes aux polluants organiques dont des perturbateurs endocriniens. Ces conclusions ont montré que certains d'entre eux sont retrouvés chez près de la totalité des femmes enceintes participant à l’étude.

Alexandra Bresson