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Les drogues se banalisent chez les jeunes : « J’ai envie de tester moi-même »

Dans les lycées, les proviseurs remarquent une banalisation des drogues.

Dans les lycées, les proviseurs remarquent une banalisation des drogues. - -

Un récent rapport montre que la consommation de drogues en France progresse depuis dix ans. Pour beaucoup de jeunes, il ne s’agit plus d’un danger. « Si on ne le fait pas maintenant on ne le fera jamais », témoigne sur RMC une lycéenne de 18 ans.

C’est presque devenu banal. L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) vient de publier un rapport plutôt pessimiste sur la consommation de drogues en France. Si les français consomment autant de tabac et d'alcool qu'il y a dix ans, ils sont champions d'Europe de la consommation de cannabis et le pourcentage de personne ayant testé la cocaïne a triplé en dix ans. Et les jeunes ne sont pas en reste.

« Je ne connais personne de notre âge qui l’ai jamais fait »

Si l'hyper alcoolisation ponctuelle des jeunes peut être préoccupante, leur rapport aux drogues a lui aussi évolué. 3% des jeunes de moins de 17 ans ont ainsi déjà testé la cocaïne, contre 0,9% en 2000. Dans les lycées, le mot n’est plus tabou. « Je prends de la drogue quand je sors en boite, ça rend amoureux de la vie, je ne trouve pas ça dangereux. Je n’aime pas qu’on me dise "la drogue ce n’est pas bon". J’ai envie de tester moi-même », explique ainsi Léa, 18 ans, sur RMC. « Je ne connais personne de notre âge qui l’ai jamais fait », ajoute Morgane. Les proviseurs ont donc été obligés de prendre les devants. Eric Montigny, proviseur d’un lycée de Soisson dans l'Aisne, a fait appel aux forces de l'ordre à trois reprises depuis un an. « C’est nécessaire parce qu’il y a une certaine banalisation. J’ai eu des entretiens avec mes élèves, ils ne se rendent même plus compte que c’est interdit », constate-t-il.

« Moins cher que l’alcool »

Lycéenne dans le 16e arrondissement de Paris, Aude, 18 ans, fait partie de ces jeunes pour qui la consommation de drogues est récurrente. « Quand on est en soirée, on n’a pas vraiment conscience des choses. S’il y a un peu de coke qui tourne, on se dit "ouai, je vais en prendre encore, et je vais avoir encore plus d’effets", témoigne la jeune fille, sans voir de problème. « On a besoin de vivre par moments, quand on sera adultes on ne fera plus ça, et c’est maintenant qu’il faut le faire. Ça dure plus longtemps et c’est moins cher que l’alcool, ça coute 20 euros et ça nous permet de tenir de 23h à 6h du matin, alors que si on boit, à 3h on est fatigués, on aura payé 60 balles d’alcool dans la soirée. Bien sûr on est dans les excès, mais si on ne le fait pas maintenant on ne le fera jamais ».

« Facilité d’accès »

L'apparition de nouvelles drogues de synthèse, difficilement identifiables mais faciles à se procurer sur Internet, est l’un des facteurs de cette banalisation.
« En Europe, il y a à peu près une nouvelle molécule par semaine, une par mois en France. Ça peut être des comprimés, des herbes, des poudres », fait remarquer Maud Pousset, la présidente de l'OFDT. « Internet est le principal vecteur d’approvisionnement, vous pouvez commander des produits qui arrivent ensuite par courrier. Il y a un certain nombre de gens, en particulier des jeunes, qui peuvent minimiser la prise de risque parce qu’il y a une certaine facilité d’accès. On voit aux urgences des gens avec des syndromes de crise particulièrement impressionnants ».

Mathias Chaillot avec Thomas Chupin