BFMTV

Des dermatologues mettent en garde contre l'utilisation de gel hydroalcoolique en plein soleil

Des vacanciers en train de profiter de la plage à Ajaccio le 21 mai 2020, en pleine épidémie de coronavirus.

Des vacanciers en train de profiter de la plage à Ajaccio le 21 mai 2020, en pleine épidémie de coronavirus. - PASCAL POCHARD-CASABIANCA

À l'approche de l'été et des grandes vacances, certains dermatologues mettent en garde contre l'utilisation du gel hydroalcoolique à la plage, notamment en plein soleil.

Avec le déconfinement et le retour à la vie normale, les autorités sanitaires appellent à ne pas lésiner sur les gestes barrières afin d'éviter une recrudescence du coronavirus. Santé Publique France recommande par exemple d'éviter de se toucher le visage ou d'utiliser des mouchoirs à usage unique, mais elle insiste surtout sur l'importance d'un lavage des mains régulier.

Pour se faire, les autorités conseillent d'utiliser du savon ou bien des solutions hydroalcooliques contenant au moins 60% à 70% d'éthanol ou d'alcool propylique. Et en effet depuis le début de la crise, les flacons de gel hydroalcoolique s'arrachent, et les distributeurs fleurissent un peu partout: à l'entrée des boutiques, entreprises, arrêts de bus et autres équipements municipaux.

Mais avec l'arrivée des beaux jours, certains dermatologues mettent en garde en France comme en Espagne et déconseillent d'utiliser ces solutions avant ou pendant une exposition au soleil, en particulier sur les plages. Le danger, avec le gel hydroalcoolique, c'est qu'il donne l'impression d'être absorbé rapidement par l'épiderme, et qu'il peut conduire à des comportements abusifs. On a vite la sensation que celui-ci s'est totalement évaporé, que ses composants ont disparu de l'épiderme, et on est alors tenté d'en utiliser à outrance. La Société française des dermatologues n'a, à ce jour, pas communiqué officiellement sur la question.

"L'alcool ou l'éthanol en soi n'est pas photosensibilisant, ni la glycérine qui se trouvent dans ces gels hydroalcooliques", explique le Dr Brigitte Milpied, dermatologue à Bordeaux. "Il n'y a donc pas de risque direct de brûlures en s'exposant au soleil. Mais il ne faut pas oublier que l'alcool est un agent irritant et desséchant qui peut déshydrater la peau. Et les rayons UV du soleil étant eux-même assez agressifs, la peau doit faire face à deux agressions en même temps".

Préférer le bon vieux savon

Le Dr Milpied met aussi en garde contre l'utilisation du gel hydroalcoolique chez les enfants, et appelle à la prudence.

"Ayant la peau plus fine que les adultes, les enfants ont d'autant plus de risque de développer des irritations".

"Ce qui pose davantage question, ce sont les parfums et les huiles essentielles que certains producteurs de gel peuvent parfois ajouter dans leur composition", pointe encore le Dr Catherine Oliveres-Ghouti, dermatologue à Paris. Si la plupart des gels hydroalcooliques commercialisés se contentent d'une composition classique à base d'éthanol et de glycérine, d'autres formules proposent des solutions parfumées ou garnies d'huiles essentielles.

"Certains fabriquants de gel hydroalcoolique ajoutent des parfums dans leur formule. On est jamais à l'abri de contrefaçons ... Or au soleil, il est bien connu que le parfum ou les huiles essentielles peuvent engendrer des risques d'hyperpigmentation de la peau lorsqu'ils sont exposés au soleil, et entraîner la formation de tâches brunes avec le temps", alerte la dermatologue, qui déconseille de manière générale à ses patients de se parfumer en été.

Pour éviter la propagation du virus cet été, les dermatologues conseillent plutôt d'avoir recours à du bon vieux savon, et à de l'eau froide, qui eux ne comportent aucun risque d'irritation.

"À la plage, il n'y a rien de mieux que d'emporter avec soi une savonnette ou un flacon de savon de Marseille", suggère Catherine Oliveres-Ghouti.

"Le savon est composé de soude et d'un corps gras qui englobent les particules virales. Si c'est bien rincé, c'est sans danger! Surtout qu'il y a désormais des douches et/ou des robinets à l'entrée des plages, pour pouvoir se laver les mains a minima en arrivant et en partant", poursuit la spécialiste.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV