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Les consultations de médecins généralistes en chute de 44%

Les médecins du travail vont être autorisés à le faire "en cas d'infection ou de suspicion d'infection" au coronavirus

Les médecins du travail vont être autorisés à le faire "en cas d'infection ou de suspicion d'infection" au coronavirus - Denis Charlet - AFP

Depuis le début de l’épidémie, les patients ont déserté les cabinets par peur d’être contaminés ou de déranger leur médecin. D’après les chiffres de Doctolib, l’activité des médecins généralistes a chuté de 44% et celle des médecins spécialistes de 71% entre janvier et avril 2020.

C’est une alerte qui confirme l’inquiétude exprimée ces derniers jours par les professionnels de santé tant libéraux qu’hospitaliers, et même par le chef de l’Etat, dans son allocution du 13 avril.

La plateforme Doctolib a évalué la baisse de fréquentation des cabinets auprès des 35.000 médecins et plus globalement des 125.000 professionnels de santé qui l’utilisent. Premier constat: d’après les chiffres de Doctolib, l’activité des médecins généralistes a chuté de 44% et celle des médecins spécialistes de 71% entre janvier et avril 2020.

"Cette baisse de plus de 40% du nombre de consultations correspond bien à ce que l’on observe sur le terrain. Dans mon cabinet par exemple, c’est -45%. Hier, j’ai vu 16 patients. D’habitude, c’est quasiment 30", estime le Dr Jacques Battistoni, président de MG France, premier syndicat de médecins généralistes. 

- 95% chez les chirurgiens-dentistes

La baisse est encore plus marquée chez les autres professionnels de santé, en particulier les chirurgiens-dentistes (-95%), les masseurs-kinésithérapeutes (-96%) et les podologues (- 96%).

"Si la baisse d'activité chez les médecins s'explique clairement par l'hésitation des patients à consulter dans la période, la situation observée chez les chirurgiens-dentistes, les masseurs-kinésithérapeutes et les podologues est différente: elle traduit la fermeture pure et simple des cabinets", nous explique Stanislas Niox-Chateau, cofondateur et président de Doctolib. 

Côté patients, le nombre de rendez-vous médicaux pris sur Doctolib a baissé de 66% dans la même période. Ce recul s’explique par un phénomène massif de renoncement aux soins de la part des patients. Interrogés le 14 et le 15 avril, plus d’un tiers des patients utilisateurs de Doctolib (35%) déclarent avoir renoncé au moins une fois à consulter depuis le début de l’épidémie. Parmi les raisons invoquées, ils sont 38% à citer la peur d’être contaminés, 28% la crainte de déranger leur médecin et 17% la fermeture du cabinet. 

Pourtant, les professionnels estiment que la première raison de renoncement aux soins est infondée: 

"Le cabinet médical est moins dangereux que le supermarché ou que la boulangerie parce que les locaux sont aménagés, désinfectés, que le professionnel a un masque et tout l’équipement de protection adéquat", estime le Dr Battistoni. 

Un email aux 33 millions de patients

Dans un message urgent adressé aux professionnels de santé le 8 avril dernier, Jérôme Salomon Le directeur général de la Santé insiste:

"Il est important que le médecin traitant ou le médecin spécialiste correspondant habituel prenne contact avec les patients atteints de pathologie chronique les plus fragiles pour détecter un risque de décompensation de la pathologie".

Le message est bien passé chez Doctolib:

"nous allons permettre aux 35 000 médecins qui utilisent ses services d’envoyer en un clic un message à tous leurs patients pour les inciter à continuer de consulter pendant l’épidémie. En parallèle, nous allons envoyer un email aux 33 millions de patients qui disposent d’un compte avec la même incitation", annonce Stanislas Niox-Chateau. 

Depuis le début de l’épidémie, plusieurs plateformes, à commencer par Consulib, ont proposé gratuitement leurs solutions de télémédecine aux médecins et hôpitaux. 

936.000 téléconsultations du 30 mars au 5 avril

Selon Doctolib, avec la consultation vidéo, un médecin généraliste réalise aujourd’hui 46% de consultations de plus qu’un médecin généraliste qui ne propose pas ce service. 

Au niveau national, le nombre de consultations vidéo a explosé: selon nos informations, la semaine du 30 mars au 5 avril, 936.000 téléconsultations ont été facturées à l’Assurance Maladie, contre moins de 10.000 par semaine au début du mois de mars.