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Les cellules de cordon ombilical congelées par précaution posent question

Dévoiement du principe de précaution ou chance pour le l'enfant à naître? Le débat reste entier après l'autorisation donnée par la justice pour la préservation de cellules du cordon et du placenta.

"Une transgression éthique et une illusion scientifique". C'est ainsi que jean Leonetti, député-maire d'Antibes (LR) et auteur de la loi relative à la bioéthique, a qualifié la décision du tribunal de Grasse qui, pour la première fois en France, a autorisé les parents d'un bébé sur le point de naître à congeler des cellules du cordon ombilical pour le soigner plus tard.

Le couple qui attend la naissance de son premier enfant "dans les heures ou jours à venir", a obtenu du tribunal l'autorisation de confier à une société privée la conservation des cellules de son cordon, a dit son avocat, Emmanuel Ludot, confirmant une information du Parisien et de RTL. Mais la démarche dont l'intérêt scientifique reste à prouver, suscite la controverse. 

L'avocat du couple revendique le droit "d'agir par anticipation" 

En France, le cordon ombilical est considéré comme un déchet médical, sauf dans le cas où la femme enceinte décide d'en faire don après son accouchement. Le don est anonyme et gratuit et est fait à la collectivité. La loi Leonetti relative à la bioéthique prévoit, par dérogation, un don dédié à l'enfant né ou aux frères ou sœurs de cet enfant en cas de nécessité thérapeutique avérée et dûment justifiée lors du prélèvement.

Dans son ordonnance datée du 21 novembre, le tribunal de Grasse a donc autorisé le couple à "prélever et conserver les cellules hématopoïétiques du sang du cordon et du sang placentaire ainsi que les cellules du cordon et de placenta (...) au regard des nécessités thérapeutiques dûment justifiées".

"Ce qui est une première, c'est d'agir par anticipation. Le cancer n'est pas là mais on sait qu'il y a un risque avéré", a expliqué l'avocat du couple d'une quarantaine d'années.

Les parents redoutent de transmettre à leur enfant "un patrimoine génétique lourd": selon leur avocat, la famille de la mère a connu plusieurs cas de cancers foudroyants du pancréas tandis que, du côté du père, lui-même "en mauvaise santé", des cancers du foie ont été rapportés.

"C'est peut-être un futur cadeau que je fais à mon enfant de pouvoir demain se soigner grâce à ça (...) j'aurais regretté de ne pas le faire, même si demain ça ne fonctionne pas", a témoigné la future mère sur RTL lundi matin. 

Un fondement médical vivement contesté

Cette démarche "n'a pas de sens médicalement parlant", a toutefois réagi Luc Douay, professeur d'hématologie à l'Université Pierre et Marie Curie à Paris: "Il n'existe pas aujourd'hui d'éléments scientifiques permettant de penser que le cordon ombilical contient des cellules qui pourront un jour traiter n'importe quel type de pathologie, notamment cancéreuse, ou régénérer des tissus."

L'Agence de biomédecine, qui supervise le don de sang de cordon et les banques dans laquelle ce sang est conservé, rappelle également sur son site web que "conserver le sang du cordon de son enfant dans une banque pour le soigner avec ses propres cellules au cas où il serait malade plus tard ne repose actuellement sur aucun fondement scientifique validé par un consensus d'experts".

Jean Leonetti: "J'espère que cela ne fera pas jurisprudence"

"La loi privilégie l'intérêt collectif à l'intérêt particulier", déplore pour sa part Emmanuel Ludot, qui rappelle qu'"il n'y a pas de statut juridique du cordon: par défaut la loi estime qu'il appartient à la mère, le père en est totalement écarté". "L'enfant, alors que c'est son corps, se trouve dépourvu de son cordon à peine a-t-il vu le jour", juge-t-il.

"On essaie de calmer l'angoisse des parents en leur donnant l'illusion qu'en gardant le cordon, ils vont pouvoir le sauver de toutes les pathologies possibles", rétorque pour sa part au fond Jean Leonetti. 

Le parlementaire a ajouté que les voies de recherche actuelles sur les cellules souches ne portent pas sur le sang de cordon. "J'espère que ça ne donnera pas l'idée à d'autres et que ça ne fera pas jurisprudence", a-t-il conclu.

Le sang de cordon est actuellement utilisé pour traiter des malades atteints de maladies du sang (leucémies, lymphomes) et remplace la greffe de moelle osseuse dans certaines indications. 

David Namias avec AFP