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Le tabagisme "social" aussi dangereux pour la santé que le tabagisme quotidien

L’ensemble des mécanismes liés au tabac agit à de très faibles niveaux de consommation.

L’ensemble des mécanismes liés au tabac agit à de très faibles niveaux de consommation. - iStock - AzmanL

Des chercheurs américains rappellent à quel point la cigarette est dangereuse pour la santé cardiovasculaire même si le tabagisme n'est qu'occasionnel, à l'occasion d'événements en groupe.

Il n'y a pas de cigarette inoffensive. C'est ce que confirme une étude menée par des chercheurs de l'Ohio State University, qui se sont intéressés aux risques encourus par les fumeurs occasionnels, ceux qui ne fument pas tous les jours mais de temps en temps, souvent lorsqu'ils sont en groupe. Les résultats confirment que ce phénomène appelé "tabagisme social" est aussi dangereux pour la santé cardiovasculaire que le tabagisme quotidien.

Le "tabagisme social" serait en effet tout aussi responsable d'une hypertension artérielle et d'un taux de cholestérol élevé. Pour en arriver à cette conclusion, les chercheurs ont interrogé 39.555 fumeurs, dont 10% se considéraient comme des fumeurs occasionnels. Parmi les fumeurs quotidiens et sociaux, environ 75% présentaient une pression artérielle élevée et environ 54% avaient un taux de cholestérol élevé. "Ne pas fumer du tout est la meilleure solution. Même le tabagisme dans une situation sociale est préjudiciable à la santé cardiovasculaire", prévient le professeur Kate Gawlik, de l'Ohio State University.

Celle-ci ajoute: "Une personne sur 10 dans cette étude a déclaré qu'elle fumait parfois, et beaucoup d'entre elles sont jeunes et déjà sur le chemin des maladies cardiaques. Il est en effet prouvé que le tabagisme actif peut être à l’origine des maladies cardiovasculaires. "Fumer est un des principaux facteurs de risque d’infarctus du myocarde", rappelle ainsi Tabac Info Service. Or, les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité dans le monde, la deuxième en France (première pour les femmes) juste après les cancers.

"Une partie négligée de la population"

"Ce sont des résultats frappants et ils ont une telle importance pour la pratique clinique et pour la santé de la population", déclare l'auteur de l'étude, Bernadette Melnyk. "C'est une partie assez négligée de la population. Nous savons que le tabagisme régulier est une dépendance, mais les professionnels de santé ne posent pas la question en ce qui concerne le tabagisme social. La question typique est 'Fumez-vous ou utilisez-vous du tabac?' Et les fumeurs sociaux répondront généralement non."

Pendant l'étude, les chercheurs ont découvert que les fumeurs occasionnels présentaient un profil différent des fumeurs quotidiens: ils étaient plus susceptibles d'être jeunes (entre 21 et 40 ans) et de sexe masculin. Il n'y avait en revanche aucune différence dans les deux catégories en ce qui concerne le risque d'hypertension ou de cholestérol élevé. Mais la bonne nouvelle à propos de cette population, c'est qu'il est possible d'intervenir tôt pour prévenir l'apparition de ces maladies.

"Des changements de comportement simples et sains en matière de mode de vie, comme un contrôle de la pression artérielle, une gestion du cholestérol, une gestion du stress et, surtout, le renoncement au tabac peut éliminer une grande partie du risque de maladie chronique", précise Bernadette Melnyk. Ceux qui se considèrent comme des fumeurs sociaux doivent donc prendre davantage conscience du danger pour leur santé cardiovasculaire.

Savoir poser les bonnes questions

De leur côté, les professionnels de santé peuvent les sensibiliser à ce risque, à condition de repenser la manière dont ils s'adressent à ce type de patients. "'Êtes-vous fumeur?' n'est pas susceptible de marcher avec les fumeurs sociaux, parce qu'ils ne se considèrent pas comme accro", explique Bernadette Melnyk Gawlik. Les chercheurs recommandent donc aux praticiens de demander à leurs patients s'ils ont "déjà fumé des cigarettes ou utilisé du tabac dans des situations sociales telles que des bars, des fêtes, des événements de travail ou des rassemblements familiaux".

Une autre possibilité pour les soignants est de demander à leurs patients à quand remonte la dernière fois qu'ils ont fumé ou utilisé du tabac avec des amis. En outre, les professionnels de santé doivent être conscients que réduire simplement le tabagisme n'est pas une bonne réponse du point de vue de la santé cardiaque. Qui plus est, il existe aussi le risque que les fumeurs occasionnels deviennent des fumeurs quotidiens.

"Les médecins et les infirmières ont besoin d'informer les patients que le tabagisme social demeure un risque majeur pour la santé et n'est pas un choix sain à long terme. C'est un domaine énorme pour l'intervention clinique parce qu'on peut les atteindre avant qu'ils ne soient totalement dépendants", conclut le professeur Kate Gawlik. La Fédération française de cardiologie évoque bien le fait que la cigarette est dangereuse, même à faible dose.

"L'effet du tabac dans les complications cardiovasculaires n'est pas linéaire, c’est-à-dire que le risque n'est pas vingt fois moindre pour la consommation d'une cigarette par jour par rapport à la consommation de vingt cigarettes quotidiennes", explique-t-elle. Tabac Info Service souligne par ailleurs le grand nombre de maladies liées au tabagisme. De fait, un cancer sur trois est dû au tabagisme, le plus connu étant le cancer du poumon. Là aussi, "il n’existe pas de seuil au-dessous duquel fumer ne représente pas de risque", indiquent les experts.

Alexandra Bresson