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Le syndicat des gynéco tente de stopper la polémique

Une infirmière montre "la pilule abortive" RU486 à l'hôpital de Broussais, le 25 october 2000.

Une infirmière montre "la pilule abortive" RU486 à l'hôpital de Broussais, le 25 october 2000. - MANOOCHER DEGHATI - AFP

La récente parution d'un décret permettant aux sages-femmes de prescrire des arrêts de travail post-IVG a suscité la colère de certains gynécologues, qui plaident pour une limitation stricte des arrêts de travail après une IVG médicamenteuse.

Les gynécologues souhaitent réserver les arrêts de travail consécutifs à une IVG médicamenteuse aux seuls cas de complication. Le 13 juin dernier, le Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France (Syngof) publie un communiqué dans lequel il dénonce la prescription des arrêts de travail post-IVG par les sages-femmes, autorisées à le faire depuis le 5 juin dernier et qui restait jusqu'alors une prérogative des médecins.

Les faits

Dans cette publication, le Syngof fait notamment remarquer "que tout arrêt de travail relève d’une situation pathologique et que toute situation pathologique relève d’une prise en charge médicale par un médecin", ajoutant que ce décret "(...) apparaît comme les prémices d’une médecine pleinement exercée par une profession qui ne l’a jamais apprise, avec les risques que cela comporte pour les patientes".

Un communiqué suivi le surlendemain d'un commentaire posté sur la page Facebook du syndicat par l'actuelle Secrétaire générale du Syngof, Elisabeth Paganelli, qui y relate notamment son quotidien de médecin. "Pour avoir pratiqué en ville l'IVG médicamenteuse depuis des années dans mon cabinet, après l'IVG chir (chirurgicale, Ndlr) au CHU de Tours, je n'ai jamais prescrit 4 à 8 jours d'arrêt de travail pour une IVG médicale... Soit il y a une complication et la patiente a dû être vue aux urgences gynécologiques pour hémorragie et l'arrêt de travail est prescrit pour complications; soit tout se passe bien et on propose à la patiente de choisir le jour de l'expulsion un jour férié avec un adulte. (...) S'il y a nécessité de quatre jours d'arrêt de travail ce n'est pas une IVG médicamenteuse normale. (...) Si on considère que la femme est l'égale de l'homme au sein du travail et qu'elle puisse enfin être payée comme l'homme et avec égalité, il faut que les professionnels de santé évitent les arrêts de travail injustifiés à leurs patientes".

Ce message sur Facebook a aussitôt provoqué la colère de nombreux internautes, comme le rapporte Libération, occasionnant ce mardi un nouveau communiqué du syndicat.

Le problème de fond

Contactée par BFMTV.com, Elisabeth Paganelli se défend de toute forme de misogynie: "Je me suis toujours battue pour que les femmes aient accès à ce type d'IVG". Selon elle, la polémique est certainement liée au fait que les femmes ne "comprennent pas ce qu'est l'IVG de ville, qui leur permet justement de s'organiser pour éviter de prendre des arrêts de travail".

Le médecin estime que, concernant l'IVG, "les sages-femmes sont là pour s'occuper du physiologique et les médecins du pathologique". Car c'est bien là le coeur du problème.

En autorisant la prescription d'arrêts de travail par les sages-femmes, les médecins perdent l'exclusivité de cette prérogative. "C'est une réaction corporatiste des gynécos. Ils ne sont pas forcément contre la prescription des arrêts de travail par les sages-femmes, ils veulent juste garder le monopole", s'insurge Claire Serre-Combes, porte-parole de l'association Osez le féminisme. "Je trouve que c'est une excellente chose de reconnaître les compétences des sages-femmes dans ce domaine", insiste-t-elle.

De son côté, Elisabeth Paganelli assure que "la plupart des patientes ne veulent pas de ces arrêts de travail (...). Elles ne veulent pas que leur employeur sache qu'elles ont eu une IVG", estimant dans le même temps qu'"il est mieux moralement pour elles de se remettre rapidement au travail".

Cette réaction fait bondir Claire Serre-Combes: la militante féministe dénonce "un jugement moral, culpabilisant, sur le choix de la femme qui décide d'avorter. Si la prescription d'un arrêt de travail permet à la femme d'être dans de meilleures conditions, autant le prendre".

La question de l'anonymat

Quoi qu'il en soit, cette polémique ambiguë aura eu pour effet de soulever la une question essentielle, celle de l'anonymat. Aujourd'hui, seuls les médecins et les sages-femmes peuvent prescrire une IVG médicamenteuse. Si, dans ce cadre, une sage-femme décide de prescrire un arrêt de travail à une patiente, son nom ainsi que sa fonction apparaîtront sur la feuille.

L'employeur pourra donc supposer que sa salariée a subi une IGV. Une donnée plus facilement contournable avec un médecin-gynécologue ou un médecin généraliste. "Battons-nous pour garantir l'anonymat!", s'exclame Claire Serre-Combes, qui milite pour que la spécialité n'apparaisse plus sur les fameuses feuilles ocres.

Même topo sur les feuilles de décompte de la Sécurité sociale, où un "code IVG" est mentionné pour les femmes majeures. "En revanche pour les mineures, on est obligé de mettre un autre code et son nom n'apparaît pas", explique Elisabeth Paganelli. L'anonymat est seulement garanti par l'établissement hospitalier". 

A.C.