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Le scandale PIP aurait pu être stoppé dès 2005 selon des témoins

Des implants mammaires défectueux produits par la société PIP. Selon d'anciens cadres de l'entreprise, l'abandon du "gel maison", au coeur d'un scandale mondial d'implants mammaires non conformes, a été envisagé en 2005 mais s'est heurté au refus du fonda

Des implants mammaires défectueux produits par la société PIP. Selon d'anciens cadres de l'entreprise, l'abandon du "gel maison", au coeur d'un scandale mondial d'implants mammaires non conformes, a été envisagé en 2005 mais s'est heurté au refus du fonda - -

par Jean-François Rosnoblet MARSEILLE (Reuters) - L'abandon par la firme Poly Implant Prothèse (PIP) du "gel maison" au coeur d'un scandale...

par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) - L'abandon par la firme Poly Implant Prothèse (PIP) du "gel maison" au coeur d'un scandale mondial d'implants mammaires non conformes a été envisagé en 2005 mais s'est heurté au refus du fondateur de la société, Jean-Claude Mas, ont dit mercredi d'anciens cadres de l'entreprise.

L'incidence financière d'une telle mesure a finalement pris le pas sur les bons sentiments. Avec un coût inférieur de 10 euros pour le "gel maison" par rapport au gel homologué Nusil, le choix d'un retour progressif a la norme a été abandonné.

Pour la seule année 2009, le tribunal, où est jugée l'affaire, a précisé que l'économie réalisée grâce au gel PIP a été chiffrée à près de 1,2 million d'euros.

"En 2005, nous avons fortement insisté pour que la société rentre dans les clous. On voulait que la fabrication soit conforme aux certifications", a expliqué la directrice qualité et affaires réglementaires, Hannelore Font.

"M. Mas ne voulait rien entendre. Il refusait sciemment dès lors de parler du gel PIP devant témoins."

Autre prévenu poursuivi pour tromperie aggravée et escroquerie dans ce procès hors normes, le directeur de la production, Loïc Gossart, a confirmé l'existence d'une fronde des cadres destinée à contrebalancer l'omniprésence du fondateur de PIP.

"M. Mas était à l'époque en position de faiblesse par rapport à son actionnariat", a rappelé l'ancien responsable de la production.

Lors d'une réunion tenue en novembre 2008, il a précisé que les cadres frondeurs avaient profité de cette faiblesse pour arracher la promesse d'un retour progressif, en deux ans, au gel homologué pour "sécuriser la zone Europe".

Au final pourtant, la seule différence sera, en 2008, le remplacement du gel de remplissage PIP 1 par un autre dénommé PIP 2. "Les produits étaient les mêmes, seul le dosage changeait. Pour ma part, cela me paraissait un peu artisanal", a-t-il ajouté.

SILENCE COMPLICE

Jean-Claude Mas a donné une version différentes des faits.

"J'apprends beaucoup de choses en écoutant les témoins. Les discussions sur le gel sont arrivées en 2009", a-t-il dit.

Un ancien salarié, cité en qualité de témoin, a expliqué au tribunal le "mal être" vécu par ceux qui se sont rendus complices par leur silence de la fraude au sein de l'entreprise.

"Un problème de conscience, selon les personnes, ça peut vous bouffer de l'intérieur. C'est mon cas", a confié l'ex-directeur Recherche et développement de PIP Alban Gossé.

L'ancien cadre licencié "à sa demande" en 2006 a pourtant reconnu ne jamais avoir songé à dénoncer l'utilisation d'un "gel maison" non homologué aux autorités judiciaires ou sanitaires.

"On ne dénonce pas son employeur juste pour un problème d'éthique. C'est une décision lourde à endosser surtout que le gel maison semblait bon", a-t-il dit.

Parmi la quarantaine de plaignantes encore présentes aux audiences, certaines ont réaffirmé leur désarroi à la barre, "par solidarité" avec toutes celles qui ne peuvent être là.

C'est le cas de Ginette Gaudy. Victime d'un cancer du sein en 2005, on lui a posé une prothèse PIP en 2007, qui s'est rompue deux ans plus tard.

"Quand on a été scalpé, c'est très difficile de voir ses côtes sous la douche. La reconstruction, ce n'est pas de l'esthétisme, c'est simplement retrouver son corps", a-t-elle dit.

Outre Jean-Claude Mas, quatre dirigeants de la société varoise sont poursuivis dans ce procès qui durera jusqu'au 17 mai. Ils encourent une peine maximale de cinq ans de détention.

Plus de 300.000 femmes auraient été porteuses dans le monde de prothèses de la société française créée en 1991 et qui aurait vendu ses implants dans environ 65 pays.

Le gouvernement français avait recommandé, par précaution, le 24 décembre 2011, le retrait des implants PIP.

Selon le dernier bilan officiel arrêté fin décembre, 14.990 femmes ont choisi de se faire retirer leurs implants PIP, soit à la suite d'un dysfonctionnement, soit à titre préventif. Au total, 5.048 femmes ont rencontré au moins un dysfonctionnement de leurs implants et 2.697 au moins un effet indésirable.

édité par Patrick Vignal