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La taxe soda est-elle efficace?

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Pour mieux lutter contre l'obésité, les députés ont voté une modulation de la "taxe soda" en fonction du taux de sucre. Cette mesure fiscale est instaurée en France depuis 2011 et plus récemment dans plusieurs autres pays alors que des spécialistes déplorent l’absence d’action des gouvernements face à cette problématique de santé. Sont-ils des exemples à suivre?

Un seul verre représente l’équivalent d’environ 6 morceaux de sucre. Les sodas sont des boissons qui apportent des "calories vides": beaucoup de calories et aucun nutriment intéressant. Il est donc préférable de les consommer occasionnellement, car il est établi qu'une trop grande consommation favorise entre autre l'obésité, notamment chez les enfants. C'est dans un contexte sanitaire marqué par le développement de l'obésité que le Parlement s'est prononcé à l'automne 2011 pour une taxe sur les boissons sucrées en France.

Cette mesure pourrait être prochainement modifiée puisque des députés viennent de voter une modulation de cette "taxe soda". Comme le précise le site Service-Public, le montant des contributions sur les boissons sucrées et édulcorées est actuellement de 7,53 euros par hectolitre. Cette nouvelle mesure, votée dans la nuit de mardi à mercredi dans le cadre de l'examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, vise à établir une taxe dont le montant est proportionnel au taux de sucre présent dans le produit.

Les boissons en dessous de 5g de sucre pour 100 ml ne seront plus taxées mais celles qui en contiennent entre 5g et 8g pour 100 ml le seront au même niveau qu'actuellement. En revanche, les boissons seront deux fois plus taxées qu'aujourd'hui au-dessus de 8g de sucre et trois fois plus au-dessus de 10g. "L'objectif n'est pas d'avoir de l'argent en plus, mais d'avoir un dispositif plus intelligent et d'inciter les industriels à réduire le taux de sucre", a expliqué le rapporteur général Olivier Véran (LREM).

L'exemple prometteur du Mexique

Dans ces conditions, des hausses de prix seront notamment visibles pour des boissons comme le Coca-Cola, l'Orangina ou encore le Fanta. Outre, la France, la Finlande a instauré une taxe sur les produits sucrés (bonbons, chocolat, crèmes glacées...) dont les boissons (7,5 centimes par litre) en 2011, de même que la Hongrie la même année. Le pays a mis en place une taxe sur des produits sucrés et salés, tels que les chips, les produits chocolatés, confiseries, glaces et les boissons sucrées, mais aussi énergisantes.

En dehors de l'Union Européenne, le Mexique a également instauré une "taxe soda" mais plus récemment, en 2014 (6 centimes d’euros par litre). L'impact de cette mesure en terme de santé publique fait toujours débat car il demeure difficile à établir tant les études sur ce domaine se font rares. Mais des chercheurs de l’Université de Caroline du Nord et de l’Institut national de santé publique mexicain ont réalisé des travaux pour évaluer les premiers effets de cette mesure dans ce pays un an après sa mise en place.

Les résultats, basés sur une observation des comportements de consommateurs dans 53 villes du pays et relayés par le site Slate en 2015, indiquent que la consommation de boissons sucrées a diminué de 6% en moyenne sur l'année 2014. "Fin décembre, le chiffre atteignait même 12%. Cette évolution concerne tous les niveaux socio-économiques, note l'étude, mais est plus forte chez les plus défavorisés, atteignant -17% à la fin de l’année", explique le site Internet.

Une consommation qui augmente dangereusement

En 2016, des chercheurs de la de la City University de Londres (Royaume-Uni) et de l’université de Caroline du Nord (États-Unis) se sont intéressés aux conséquences de cette mesure dans les pays qui l'ont instauré, par rapport à d'autres pays où ce n'est pas le cas. A partir d'une liste de 54 pays, ils en ont conclu que la consommation de boissons sucrées augmente partout dans le monde sauf dans les pays qui ont instauré cette fameuse taxe soda.

Ainsi, leur recherche montre que la plupart des pays rattrapent les niveaux de consommation de sucre aux États-Unis, mais que ce phénomène ne s'applique pas à ceux où des taxes ont été appliquées. "En France, l'OMS a enregistré une baisse de 3,3% des ventes", explique les chercheurs, pour qui "les gouvernements n'ont aucune excuse pour construire une politique globale de réduction de la consommation de sucre pour assurer une alimentation plus saine pour tous."

Ces derniers prônent aussi des mesures comme des restrictions sur la commercialisation des aliments sucrés aux enfants, des campagnes de sensibilisation et des étiquettes informatives sur le devant de l'emballage. Depuis plusieurs années l'Organisation Mondiale de la Santé demande également aux pays membres d'instaurer cette mesure mais d'aller encore plus loin pour faire significativement reculer le nombre de cas d’obésité, de diabète de type 2 et de carie dentaire.

Ne pas se limiter à cette mesure

Dans un rapport publié en 2016, elle indique qu'une augmentation de 20% au moins du prix de vente conduiraient à une baisse proportionnelle de leur consommation. "Les politiques fiscales devraient cibler les aliments et les boissons pour lesquels il existe des alternatives plus saines", souligne le document. Ce dernier signale aussi que les personnes qui disposent d’un faible revenu et les jeunes sont les plus sensibles à l’évolution des prix des boissons et sont donc celles pour qui les bienfaits sur la santé seront les plus grands.

En France, un rapport parlementaire affirme quant à lui que "l'introduction de la taxe s'est accompagnée d'une diminution des ventes de l'ensemble des boissons concernées, rompant la dynamique de croissance observée les années précédentes." Mais ses auteurs estiment aussi que le rôle joué par la taxe dans la diminution des ventes est néanmoins difficilement quantifiable. Selon eux, "le ralentissement des dépenses des ménages consacrées à l'alimentation peut expliquer une partie ce retournement de tendance."

Enfin, les effets de cette taxe sur l'obésité sont également incertains "dans la mesure où aucune modalité d'évaluation n'a été prévue au moment du vote du projet de loi." Outre la taxe soda, une autre mesure mise en place depuis le début de l'année vise également à lutter contre l'obésité et a fait davantage consensus: le gouvernement a décidé d'interdire les fontaines à sodas dans les restaurants scolaires et fast-food. Sont concernées les boissons qui contiennent des sucres ajoutés ou des édulcorants mises à disposition gratuitement ou pour un prix forfaitaire.

Alexandra Bresson