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La santé sexuelle reconnue pour la première fois en France

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Le ministère de la Santé a lancé un plan d'action d'un nouveau genre, destiné à améliorer la santé sexuelle des Français aussi bien sur le plan psychique que biologique. Une évolution sociétale majeure aux yeux de la Fédération Française de Sexologie et Santé Sexuelle.

La santé sexuelle fait partie intégrante de la santé, du bien-être et de la qualité de vie dans leur ensemble. Mais est-elle pleinement reconnue comme tel? En France, les autorités sanitaires interviennent dans ce champ à travers des programmes pour sensibiliser à diverses thématiques (VIH, IST, reproduction, contraception). Mais de l'aveu même du Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) cette prise en charge "morcelée" entre de nombreuses institutions et politiques de santé sans véritable articulation entre elles a atteint ses limites d’efficacité.

En témoignent les chiffres annuels de grossesses non désirées, de nouvelles séropositivités ou encore d'IST chez les 15-24 ans qui stagnent depuis plusieurs années. C'est pourquoi le ministère des Affaires sociales et de la Santé a annoncé le lancement d'une stratégie globale d’amélioration et de promotion de la santé sexuelle des Français: la stratégie nationale de santé sexuelle, mise en place jusqu'en 2030.

Son comité de pilotage sera présidé par le Professeur Patrick Yeni, médecin spécialiste des maladies infectieuses et président du Conseil national du Sida et des hépatites virales. Une première saluée par le Docteur Carballeda, médecin sexologue et présidente de la Fédération Française de Sexologie et Santé Sexuelle (FF3S), pour qui la prise en compte à part entière de la santé sexuelle était attendue par la profession depuis de nombreuses années

"Lever le tabou de la sexualité"

"Le but de ce dispositif est de lever le tabou, de parler de sexualité sous toutes ses formes, comme tout autre discipline médicale. Il s’agit d’un véritable paramètre de qualité de vie car prendre en charge sa sexualité, c’est prendre en charge sa santé, explique-t-elle à Santé Magazine. La France est l'un des pays européens les plus en retard dans ce domaine. Les chiffres ne changent pas car on ne reconnaît pas l’importance de cette prise en charge".

Cette stratégie nationale de santé sexuelle a été élaborée en concertation avec des sociétés savantes, associations d’usagers, professionnels de santé, et s’appuie notamment sur les recommandations émises par le Haut conseil de la santé publique. Les mesures qu’elle contient seront déclinées en région par les Agences régionales de santé (ARS) sur la base de diagnostics territoriaux.

Celles-ci s'articulent autour de six axes majeurs: investir dans la promotion en santé sexuelle, en particulier en direction des jeunes, améliorer le parcours de santé en matière d’IST dont le VIH et les hépatites virales, améliorer la santé reproductive, répondre aux besoins spécifiques des populations les plus vulnérables, promouvoir la recherche, les connaissances et l’innovation en santé sexuelle, et prendre en compte les spécificités de l’outre-mer.

La sexualité entre en compte dans les maladies chroniques

"Avec ces nouvelles mesures, le gouvernement s’engage pour les prochaines générations.", explique Marisol Touraine. Si certaines d'entre elles sont déjà menées à travers des politiques nationales spécifiques, comme la prévention, le dépistage et la prise en charge des IST et des hépatites virales, le Dr Carballeda salue de véritables innovations. "La santé sexuelle, ce n’est pas seulement parler de problèmes connus comme les IST, elle englobe tout ce qui touche à l’intimité. Pour la première fois, on pourra parler de la sexualité des séniors et des personnes handicapées par exemple.", souligne-t-elle.

Celle-ci ajoute: "la priorité est de prendre en charge les troubles sexuels dans le cadre de maladies chroniques non transmissibles comme le diabète, le cancer, l'hypertension artérielle qui peuvent même apparaître avant ces maladies." Si le plan biologique prend une place importante, la dimension psychique (réflexion sur le respect mutuel, égalité filles-garçons, réciprocité et consentement des relations à l'autre) sera tout aussi prise en compte dans ce plan d'action.

Reste à savoir comment ce dernier prendra forme aussi bien pour les professionnels de santé que pour les patients. "Nous allons désigner des représentants qui iront voir les directeurs des ARS afin de savoir quels moyens réels seront mis en place. Nous ne savons pas, par exemple, si certaines mutuelles vont prendre en charge les consultations liées à ce domaine." La sexologue espère ainsi que cette initiative permettra à la profession d'être mieux reconnue.

Alexandra Bresson