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La pollution augmente le risque de malformation des nouveau-nés

Peintures, solvants, pesticides, détergents: beaucoup préjugeaient ces produits nocifs pour la santé. Une étude française vient de montrer, chiffres à l’appui, que les femmes enceintes exposées à ces perturbateurs endocriniens ont plus de risque d’accoucher d’un nouveau-né atteint de malformations.

Femme de ménage, coiffeuse, esthéticienne. Exercer l’une de ces professions augmente par trois le risque d’avoir un fœtus atteint d’une malformation. C’est le résultat d’une étude menée par deux professeurs du CHU de Montpellier. En cause, l’utilisation récurrente de polluants dans ces métiers. Faire une coloration, nettoyer un sol, désherber une pelouse seraient donc déconseillés aux femmes enceintes. Mais la profession du père de l’enfant peut aussi impacter la formation du fœtus. Les agriculteurs, exposés à de nombreux perturbateurs endocriniens, auraient plus de risques d’être parent d’un enfant malformé. Vivre près d’une zone polluée augmente également la probabilité.

600 jeunes garçons étudiés à la loupe

Depuis 2009, le chirurgien pédiatrique Nicolas Kalfa et l’endocrinologue pédiatrique Charles Sultan comparent l’environnement dans lequel vivaient durant leur grossesse les mères de jeunes garçons sains et les mères d’enfants atteints d’hypospadias, une malformation de la verge qui concerne trois nouveau-nés sur 1.000. L’enquête a été effectuée sur 600 jeunes originaires du Sud de la France, zone de l’hexagone la plus concernée par des opérations d’un hypospadias.

"On a déterminé au bout de cinq ans de travail que l’exposition de ces femmes enceintes au moment de la formation du fœtus – à la fin du premier trimestre et au début du deuxième – à des produits tels que les peintures, les solvants, les pesticides ou les détergents, augmentait le risque de malformation, le multipliait à peu près par trois", a exposé Nicolas Kalfa, l’un des auteurs de l’étude, ce lundi au micro de BFMTV. Des propos alarmants lorsqu’ils sont mis en relief avec le boom de l’usage des pesticides. En 2014, l’utilisation de ce type de produits a augmenté de 11%.

Un appel aux pouvoirs publics

"A l’évidence, les politiques n’ont pas pris le pouls de ce problème de santé publique. J’ai envie de dire à mon Premier ministre, puisque c’est un homme apparemment ouvert et intelligent, au fond, qu’attendez-vous pour agir?", a alerté Charles Sultan, l’autre auteur de cette étude.

Alors le gouvernement doit-il autoriser les femmes enceintes exerçant une profession à risque à se mettre en congé maternité dès le début de leur grossesse? La question, sensible économiquement, devrait également se heurter à un problème scientifique. L’étude publiée en ligne précise que l’absence de groupes de comparaison représentatifs et de tests génétiques concomitants empêche d’obtenir des conclusions définitives. Pas de quoi décourager les auteurs de cette recherche qui s’apprêtent à faire une nouvelle étude sur l’impact des perturbateurs endocriniens chez les jeunes filles.

Jérôme Morin avec Tanguy de Lanlay, François Resbeut