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"L'oeil bionique" Argus II implanté avec succès au Canada

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- - iStock - gilaxia

Le système de prothèse rétinienne Argus II est destiné à stimuler électriquement la rétine afin de déclencher une perception visuelle chez les personnes aveugles en raison de maladies touchant la rétine. Après plusieurs essais concluants en France et aux Etats-Unis, une patiente en a bénéficié pour la première fois au Québec.

À l’âge de 26 ans, Sandra Cassell a reçu un diagnostic de dystrophie rétinienne, une maladie dégénérative de la rétine qui entraîne la cécité. Sous ce terme sont désignées des affections dégénératives atteignant de façon diffuse ou localisée les cellules photoréceptrices de la rétine que sont les cônes et les bâton­nets. Il n'existe pas à l'heure actuelle de traitement curatif contre les dystrophies rétiniennes et cette dernière est devenue non voyante.

En mai dernier, elle a été sélectionnée pour bénéficier d'un système de prothèse rétinienne appelé Argus II, commercialisé par l'entreprise américaine Second Sight, ce qui lui a permis de retrouver une perception visuelle. L'opération délicate a été menée par des membres du Centre universitaire d’ophtalmologie de l’Université de Montréal (CUO), à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (Québec).

"Cette innovation technologique représente un nouvel espoir pour toutes les personnes devenues aveugles à la suite d’une maladie dégénérative de la rétine.", affirme la Dre Isabelle Hardy, chef médicale du CUO. Le système Argus II est une caméra montée sur des lunettes qui transforme les images captées en impulsions électriques à l’aide d’un petit ordinateur que le patient porte sur lui. Les impulsions sont ensuite transmises à un implant installé sur la rétine, ce qui stimule la perception de lumière dans le cerveau.

Une rééducation visuelle est obligatoire

Le but de cette stimulation électrique est de contourner les cellules mortes et de stimuler les cellules rétiniennes résiduelles viables. La vision du patient n'est pas claire, mais il regagne une certaine fonction visuelle. Car l'implant améliore la capacité d’une personne non voyante à mener ses activités quotidiennes en lui permettant par exemple de reconnaître des formes ou de gros objets, de localiser des gens et de suivre des lignes ou de distinguer des contours.

L’Argus II est la première rétine artificielle, ou "œil bionique" à recevoir une autorisation de mise en marché en Europe (marquage CE en 2011) et la première et unique prothèse rétinienne à être autorisée aux États-Unis (2013) et au Canada. Mais une fois l'implantation réussie, le patient doit encore apprendre à utiliser ce système: ce dernier doit savoir interpréter les schémas visuels qu'il reçoit.

Ainsi, au cours des dernières semaines, Sandra Cassell a travaillé étroitement avec des spécialistes pour "réapprendre à voir". Ils lui ont fait suivre plusieurs exercices de réadaptation et de rééducation afin que son cerveau apprenne à interpréter toutes les nouvelles informations qui lui sont envoyées. "C’est un long processus qui dépend beaucoup de la motivation de la personne. Lorsque toutes les conditions favorables sont présentes, on peut s’attendre à des améliorations significatives.", soulignent les chercheurs.

Déjà implanté chez 18 patients en France

D'autres démarches sont déjà en cours pour sélectionner le prochain patient, ayant les conditions médicales et cognitives requises. En France, cette prothèse rétinienne a déjà fait parler d'elle puisque entre 2014 et 2016, 18 personnes l'ont déjà reçu dans le cadre du "forfait innovation" lancé il y a trois ans par Marisol Touraine, l'ancienne ministre de la Santé. Ce dernier consiste en un programme spécifique, qui permet d’accélérer la mise à disposition de technologies innovantes pour les patients.

Les opérations se sont déroulées au Centre hospitalier national d'ophtalmologie (CHNO) des Quinze-Vingts à Paris, au CHU de Bordeaux et au CHU de Strasbourg et les patients étaient tous atteints de rétinite pigmentaire, maladie héréditaire grave qui engendre une dégénérescence progressive des cellules sensibles à la lumière dans la rétine. Les 7 femmes et 11 hommes choisis, âgés de 29 à 73 ans, ont tous eu de bonnes suites opératoires et sont pour la plupart déjà en phase de rééducation.

Au total, 36 patients non-voyants atteints de rétinite pigmentaire pourront bénéficier de cet "œil bionique", une étude validée par la Haute Autorité de Santé (HAS). Dans un avis rendu en 2012, cette dernière indiquait en effet qu'elle ne souhaitait pas une prise en charge généralisée de ce dispositif en raison de résultats "encourageants mais non encore probants, notamment en termes d’amélioration de la qualité de vie des patients." C'est pourquoi elle attend les résultats finaux de cette étude nationale pour conclure sur son efficacité.

Alexandra Bresson