BFMTV

INFOGRAPHIES. Seul un quart des doses du vaccin AstraZeneca livrées en France ont été administrées

Infographie sur les stocks d'AstraZeneca

Infographie sur les stocks d'AstraZeneca - BFMTV

Contrairement aux vaccins de Pfizer et Moderna, rapidement administrés après leur réception, la plupart des doses d'AstraZeneca restent stockées après leur livraison. Pourquoi? BFMTV fait le point.

Sur les 1,137 million de doses du vaccin AstraZeneca livrées en France, seulement 273.000 ont été administrées au 27 février selon les données du ministère de la Santé. Une faible proportion comparée aux grands pays membres de l'Union Européenne, remarquait le Financial Times, en se basant sur les chiffres du 25 février:

"[Au 25 février], la France avait administré seulement 16% de ses doses d'AstraZeneca (...) l'Allemagne et l'Italie un peu plus de 25% (...) l'Espagne un peu moins de 33%."

Depuis, la proportion française est passée à un peu plus de 24% - une part qui va probablement diminuer lorsque l'on connaîtra le nombre de doses livrées au 28 février. Si la proportion de doses d'AstraZeneca livrées a augmenté, elle reste encore très faible, surtout en comparaison de celles des vaccins Pfizer/BioNTech (96%) et Moderna (72%).

Les doses de Pfizer et Moderna administrées plus rapidement

Difficile cependant de comparer ces vaccins qui n'ont pas été autorisés en même temps par les autorités sanitaires. Les premières vaccinations de Pfizer remontent au 27 décembre, celles de Moderna au 13 janvier et celles d'AstraZeneca au 6 février. Cependant, lorsque l'on compare les 20 premiers jours de chaque vaccin, on constate à nouveau un rythme plus lent pour AstraZeneca.

Comme le montre l'infographie ci-dessous, mi-janvier, plus de 40% des doses de Pfizer stockées avaient été administrées et début février, plus de 80% des doses de Moderna stockées avaient administrées. Pour rappel, au 27 février, seulement 24% des doses d'AstraZeneca ont été administrées.

Pfizer et Moderna étaient pourtant initialement réservés à des catégories de population bien plus limitées - principalement les seniors de plus de 75 ans et les résidents des Ehpad - qu'AstraZeneca, autorisé pour les 50-64 ans et le personnel soignant de moins de 65 ans.

L'administration par les médecins généralistes pourrait ralentir la vaccination

Selon le médecin Serge Gilberg, ancien membre du Comité technique de vaccination, la différence majeure entre l'administration des doses d'AstraZeneca et des autres vaccins réside dans les lieux de vaccination.

Les doses des vaccins Pfizer et Moderna ont en effet été administrées dans des centres de vaccination et dans des hébergements spécialisés comme les Ehpad. AstraZeneca est le premier vaccin autorisé à être administré par les médecins généralistes, la médecine du travail et bientôt par les pharmaciens.

"Pour AstraZeneca, les médecins généralistes sont mobilisés", rappelle-t-il pour BFMTV.com. "Il n'y a eu qu'un seul flacon livré par médecin la première semaine et certaines commandes ne sont toujours pas arrivées, ce qui ralentit la vaccination. A cela, il faut ajouter les vacances scolaires: certains médecins ne travaillaient pas cette semaine. Ce n'est qu'une question de temps avant que les stocks ne soient administrés.

Cecil Czerkinsky, directeur de recherche en immunologie à l’INSERM, abonde dans ce sens:

"La population initialement priorisée pour les vaccins Pfizer et Moderna cible un nombre de sites plus réduit (Ehpad, hopitaux). AstraZeneca est déployé chez les médecins généralistes, puis les pharmaciens et les centres de vaccination. Dans le premier cas, le vaccin va au patient; dans le second, les personnes vont au vaccin, ce qui rend leur déploiement plus facile et donc plus rapide."

Un faible engouement pour AstraZeneca ?

Autre possibilité: un faible engouement pour le vaccin AstraZeneca, notamment au sein du personnel de santé. Serge Gilberg poursuit: "Il n'y a pas eu de mouvement spontané vers la vaccination de la part du personnel de santé." Au-delà de la volonté, "la démarche n'était pas très bien expliquée" concède le vice-président du Collège de la médecine générale.

Si certains soignants sont peut-être "anti-vaccin", d'autres peuvent également avoir été refroidis par les effets secondaires du vaccin d'AstraZeneca - fièvre, maux de tête, fatigue... Dans certains hôpitaux (Brest, Quimper, Saint-Lô...) la vaccination du personnel a même été suspendue temporairement car trop de personnel se mettait en arrêt maladie à la suite de ces effets secondaires.

Le "Monsieur vaccin" du gouvernement critique la "mauvaise presse" faite au vaccin AstraZeneca

Lors du point presse du gouvernement du 25 février, le professeur Alain Fischer est revenu sur "la mauvaise presse" faite au vaccin AstraZeneca:

"Pour des raisons que je trouve profondément injuste, ce vaccin a une relativement mauvaise presse en France. Il est considéré comme moins efficace (...) et moins bien toléré. (...) Le taux de protection est d'environ 90%. (...) Il n'y a pas lieu de considérer que ce vaccin est un vaccin de deuxième catégorie. Il est tout à fait efficace."

Le "Monsieur vaccin" du gouvernement est également revenu sur les fameux effets secondaires du produit, qu'il compare à "un syndrome grippal, de la fièvre, des maux de tête, des frissons" survenant dans les 48 heures, principalement chez les patients âgés de 20 à 40 ans. Selon Alain Fischer, il s'agit de syndromes "brefs" et "sans séquelle" et qui se calment avec la prise d'un paracétamol en amont de la vaccination.

Louis Tanca Journaliste BFMTV