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Immersion dans un scanner avec intelligence artificielle

Au CHU de Dijon.

Au CHU de Dijon. - Margaux de Frouville

REPORTAGE - C’est une première en Europe. Au CHU de Dijon, le service des urgences vient de s’équiper d’un scanner avec de l'intelligence artificielle embarquée. Explications.

Ce mardi après-midi, dans le couloir qui mène au nouveau scanner du CHU de Dijon, les brancards se croisent dans un ballet incessant. Il y a d’abord Edouard, un patient de 38 ans. Hospitalisé depuis 48 heures, il souffre d’une infection non identifiée à la moelle épinière. Pendant une quinzaine de minutes, tout le haut de son corps va être capté en images, du cerveau à l’abdomen.

Entraîné avec plus de 100.000 examens

Juste après lui, c’est une femme de 76 ans, arrivée aux urgences après un traumatisme crânien. Simone doit subir un scanner du cerveau pour vérifier qu’elle n’a pas un hématome qui contre indiquerait la prise de ses médicaments anticoagulants.

Comme ces patients, chaque jour, entre 50 et 80 personnes passent dans ce scanner avec intelligence artificielle, mis en service il y a deux mois. Le premier du genre en Europe. Physiquement, aux yeux du grand public, rien ne distingue cette machine des autres. Sa particularité provient de son intelligence, de sa technologie.

"Une prise en charge du patient améliorée"

Après cinq ans de recherche, il a été entraîné en usine pendant 4 jours avec plus de 100.000 examens réalisés dans le monde entier. Tous ces cas en mémoire lui permettent de reconnaître puis éliminer automatiquement l’aspect granité qui parasite l’image, ce que les spécialistes appellent le "bruit". Grâce à cet algorithme, l’image est jusqu’à 50% plus nette, ce qui facilite le diagnostic des médecins :

"Il y a moins de doutes c’est-à-dire quand il va y avoir de la pathologie, on la voit tout de suite. Quand il y a un caillot de sang, on le voit plus facilement, donc on n’a pas besoin de refaire d’autres examens, on a le diagnostic précis", explique Frédéric Ricolfi, chef de pôle imagerie et neuroradiologie au CHU de Dijon.

"Cela peut nous changer le type de traitement, qui peut être soit des anticoagulants, soit une intervention ; donc c’est une prise en charge du patient améliorée dans sa rapidité", ajoute le spécialiste.

Frédéric Ricolfi, chef de pôle imagerie et neuroradiologie au CHU de Dijon.
Frédéric Ricolfi, chef de pôle imagerie et neuroradiologie au CHU de Dijon. © Margaux de Frouville

Une irradiation moindre

Autre avantage: le scanner réduit de façon importante la dose d’irradiation des patients, jusqu’à 40% selon les organes scannés.

"Jusqu’à présent, pour avoir une image extrêmement définie, il fallait mettre une certaine dose de rayons X. Aujourd’hui, le fait que l’on arrive à reconstruire l’image de façon certaine, on peut se permettre d’avoir une irradiation moindre et c’est un bénéfice pour le patient", précise François Vorms, directeur général de Canon Medical Systems France.

Libérer de la place aux urgences

Quant au coût, le CHU de Dijon explique avoir déboursé "environ un million d’euros" pour acquérir la machine. La direction parle d’un investissement bénéfique et vise une utilisation pour 18.000 patients chaque année :

"Un diagnostic plus pointu dès le début cela permet d’orienter les patients vers les bons services et donc de pouvoir libérer de la place aux urgences pour d’autres patients", justifie Guillaume Koch, directeur des affaires économiques et logistiques du CHU.

Après Dijon, deux nouvelles mises en service sont prévues à l’Institut Gustave Roussy, en région parisienne, et au CHU de Nancy. 

Margaux de Frouville