BFMTV

Hôpital public : trop de Français abusent des urgences

De mauvaises habitudes que constate aussi régulièrement Brigitte,infirmière aux urgences de l’hôpital Nord depuis 12 ans : « Je pense qu’une personne sur trois aurait pu d’abord voir un médecin généraliste ».

De mauvaises habitudes que constate aussi régulièrement Brigitte,infirmière aux urgences de l’hôpital Nord depuis 12 ans : « Je pense qu’une personne sur trois aurait pu d’abord voir un médecin généraliste ». - -

Selon un sondage TNS Sofres, pas loin d’1 Français sur 2 se rend aux urgences car il ne trouve pas de médecin de garde, et 1 sur 4 pour la "gratuité des soins". Déjà souvent engorgées, les urgences de nos hôpitaux publics font donc face à des patients qui viennent uniquement pour des examens complémentaires. La Fédération hospitalière de France (FHF) dénonce « un dysfonctionnement de la médecine générale ».

L’hôpital public plébiscité par les Français. 8 sur 10 en ont une bonne opinion, selon une étude réalisée par TNS Sofres et la Fédération hospitalière de France. A tel point que certains en abusent un peu. 1 Français sur 4 se rend aux urgences pour n’avoir rien à payer, et 43% y vont parce qu’ils ne trouvent pas de médecin de garde la nuit et le week-end. Déjà souvent engorgées, les urgences doivent donc souvent faire face à des patients qui viennent uniquement pour des examens complémentaires, ou pour la "gratuité des soins", la facture étant envoyée plus tard.

« Parce qu’à l’hôpital, on a tout sur place »

Le docteur Philippe Jean est le chef des urgences de l’Hôpital Nord de Marseille. Entre 25 et 30% des patients qui y sont soignés ne nécessitent pas de soin d’urgence : « Les gens se servent peut-être un peu trop facilement de l’hôpital, parce que les choses y sont faciles, accessibles, on a tout sur place. On peut retrouver toutes sortes de choses très banales : des éruptions, des angines, des douleurs diverses, souvent des problèmes qui traînent depuis plusieurs semaines. Et il faut s’en occuper aujourd’hui tout de suite et immédiatement. Un jour, j’ai entendu quelqu’un me dire : je viens me faire soigner parce que ma femme fait les courses au supermarché à côté, donc moi j’en profite, en gros, pour venir faire les courses aux urgences de l’hôpital ».

« Ils pensent que les soins sont gratuits aux urgences »

Martine, infirmière à l’Hôpital Nord de Marseille, en témoigne aussi : « Certains n’ont pas de médecin généraliste et pensent que les urgences peuvent pallier ça ; pour d’autres, c’est une question d’argent, ils ne veulent pas payer et ils pensent que les soins sont gratuits aux urgences ; ce qui est faux. Quand ils arrivent aux urgences, c’est aussi pour avoir des examens, une radio, un bilan, et c’est sûr que c’est beaucoup plus pratique pour eux, mais ça encombre les urgences, avec des gens qui n’ont rien à faire ici. Quelqu’un qui sort du médecin généraliste, qui a eu une ordonnance pour une angine avec un traitement, il vient aux urgences après, parce que son traitement ne fonctionne pas. Effectivement, on est ouvert 24h/24, c’est très facile, on est là tout le temps ».

« Ça fait dix jours que j’ai mal au genou… »

A l’hôpital Nord de Marseille, un service a été spécialement dédié à ces urgences qui n’en sont pas. On appelle ça "le circuit court" : on y reçoit des patients comme Yacine, qui se plaint d’un genou : « Celui-là j’ai moins mal, mais l’autre, comme ça fait dix jours… ». « Faudra vous faire faire des examens, lui répond un médecin, on ne va pas les faire ici et maintenant, en urgence ; je vais vous les prescrire ». Attendre 10 jours avant de se faire soigner, pour le médecin de permanence, ce n’est effectivement plus un cas d’urgence. Même si Yacine aurait préféré qu’il en soit autrement : « Je suis venu exprès pour ça, parce que je pensais qu’il y avait une radio, une IRM à faire. Ils me disent de repasser ; ça aurait été mieux de le faire sur place ».
De mauvaises habitudes que constate aussi régulièrement Brigitte, infirmière aux urgences de l’hôpital Nord depuis 12 ans : « Je pense qu’une personne sur trois aurait pu d’abord voir un médecin généraliste ».

« Il faut réguler l’installation des médecins »

Pour le président de la Fédération hospitalière de France (FHF), « le problème des urgences s’explique avant tout par un dysfonctionnement de la médecine générale », et notamment par le problème des « déserts médicaux ». Pour y remédier, « il faut réguler l’installation des médecins, remettre en cause la liberté totale d’installation, a expliqué Gérard Vincent, délégué général de la FHF, ce mercredi matin en direct sur RMC. Les politiques disent tous qu’on y viendra un jour, mais personne n’ose changer les choses. Les mesures d’incitation ne sont pas suffisantes. […] On recale en médecine des gens qui ont 14 ou 15 de moyenne. Il faudrait desserrer le numerus clausus. Mais si on augmente le nombre de médecins en formation, ça ne sert à rien s’ils vont tous s’installer sur la côte d’Azur ».

J.V. avec Lionel Dian