BFMTV

Handicap et accessibilité: la France est très en retard, mais…

La France est en retard en matière d'accessibilité pour les handicapés.

La France est en retard en matière d'accessibilité pour les handicapés. - Jack Guez - AFP

En matière d'accessibilité pour les handicapés, la France peut sembler en retard en comparaison de plusieurs pays voisins. S'il existe de réelles avancées prometteuses dans l'Hexagone, il reste encore beaucoup à faire. En voici quelques exemples.

La France est à la traîne en matière d’accessibilité. Ce triste constat, dressé depuis plusieurs années, est toujours d’actualité aujourd’hui, alors que s’est déroulée ce jeudi matin la Conférence nationale du Handicap à l’Elysée. Mais l’Hexagone est-il aussi en retard que ça, notamment au niveau de l'Europe?

S’il n’existe pas de véritables statistiques et d’étude comparative sur ce thème délicat –ce que déplorent bien des acteurs– des exemples concrets et encourageants nous viennent de chez nos voisins européens. Mais pas que, certaines villes de nos provinces font également office de modèles à suivre.

"L’Espagne est plus avancée"

L’accessibilité, Damien Birambeau en a fait un combat. Président de "Jaccède.com", ce handicapé de 42 ans se déplace en fauteuil roulant électrique. II a pu expérimenter ce qu’il se fait ailleurs. "L’Espagne est, par exemple, plus avancée que la France", affirme-t-il, contacté par BFMTV.com. A Barcelone, Bilbao ou encore Saint-Sébastien, il a pu voir des choses encourageantes. "Toutes ces villes sont vraiment accessibles en fauteuil roulant, notamment dans les transports."

"Il y a souvent une rampe devant l’entrée des commerces ou les lieux de loisirs, même si elles ne répondent pas forcément aux normes, on sent qu’il y a des efforts qui sont fait."

A Paris, où il réside, Damien Birambeau fait un constat bien plus mitigé. "Au niveau des bus ce n’est pas si mal", souligne-t-il, "mais pour le métro, on n’est même pas encore au niveau du chantier. La ligne 14 a quelques accès, mais ça reste occasionnel, il faut encore que les ascenseurs fonctionnent… Des fois on doit se rendre à la station suivante à cause de ça."

Les taxis londoniens et l’accessibilité-intégrée

"Paris a pris un retard considérable en comparaison des autres grandes capitales", dénonce également Alexis Ridray, avocat au Barreau de Paris, atteint de myopathie. "Il est certain qu’il vaut mieux faire du tourisme en fauteuil roulant à Bruxelles, Barcelone ou encore Londres" ajoute ce spécialiste du droit du handicap.

Dans la ville de Big Ben, justement, l’intégralité des taxis ont la possibilité de se moduler pour accueillir un fauteuil roulant. "On est dans ce que j’appelle l’accessibilité-intégrée", applaudit le président de Jaccède.com. Une accessibilité "normale", presque invisible.

La France est en retard, oui, mais jusqu’à quand?

Retour en France. L’ambitieuse loi Handicap, votée en 2005, devait permettre de rendre l’intégralité des bâtiments publics accessibles aux personnes à mobilité réduite au 1er janvier 2015 –soit dans moins d’un mois. Un objectif intenable, qui a contraint les autorités à déployer les Agendas d’accessibilité programmée (Ad’Ap).

"Pour les commerces de proximité ou les cabinets médicaux par exemple, un nouveau délai de trois ans est possible", éclaire Claire-Lise Campion, sénatrice PS de l’Essonne et présidente de l’Observatoire interministériel de l’accessibilité et de la conception universelle (OBIAçU). "Ça ne veut pas dire qu’on va attendre trois années pour qu’ils se rendent accessibles", avertit-elle, "on a imaginé une échéance qui n’est pas offerte à tout le monde." En clair, un acteur qui souhaite gagner du temps pour se mettre aux normes devra en effet justifier pourquoi.

Des motifs d’espoir…

Pour inciter les petits commerces à faire des efforts, le gouvernement et l’administration en font également. "Ne serait-ce que pour faire installer une rampe d'accès, il fallait remplir des kilos de paperasse, demander une dérogation" se souvient la sénatrice socialiste. "Maintenant, elles pourront être acceptées d’emblée."

Concernant les transports en commun, pour des grands groupes pour la SNCF notamment, "cette échéance a été portée à un maximum de neuf ans", précise Claire-Lise Campion. Si la France part de "très loin" en matière d’accessibilité, "où quasiment rien n’a été fait entre 1975 et 2005" se désole l’élue, notre pays serait désormais sur la "bonne voie". "Une dynamique est en route et elle va profiter à l’ensemble de notre pays et concitoyens", promet-elle.

A ce titre, Alexis Ridray et Damien Birambeau soulignent tous deux qu’il y a aussi en France des villes porteuses de promesses. Le premier cite Bordeaux, le second évoque Nantes ou encore Grenoble. "Grenoble est l’exemple concret que quand on se met autour d’une table, les choses peuvent bouger, on peut rendre une ville accessible", se réjouit Claire-Lise Campion, qui s’appuie notamment sur la possibilité qu’ont les étudiants handicapés d’étudier dans des campus qui leur sont ouverts, en empruntant un tram adapté.

… et des "aberrations"

Reste des "aberrations", comme les nomme Alexis Ridray, notre avocat expert du droit des personnes souffrant de handicap. "Il est incroyable de voir au quotidien à Paris de nombreux nouveaux établissements ouvrir avec une belle marche à l'entrée", déplore-t-il. "Et je ne parle même pas de l'accessibilité aux toilettes".

Pour appuyer ses dires, il évoque une anecdote récente. "J'ai voulu me rendre avec des amis prendre un verre dans le mythique établissement 'Le Train bleu' à la Gare de Lyon", raconte-t-il. "Un accès par ascenseur est prévu mais il est trop petit pour un fauteuil roulant électrique. Un autre ascenseur tout à fait accessible dessert cet établissement mais il est interdit de l'utiliser car il est réservé au centre d'affaires de la gare..."

"La France a un certain chic pour ce genre d'aberration", soupire-t-il.

https://twitter.com/jmaccaud Jérémy Maccaud Chef d'édition BFMTV