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Grippe aviaire H5N8: de premiers cas de transmission à l'Homme détectés, un phénomène rare

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Photo d'illustration - Georges Gobet

La Russie a annoncé la détection de la souche H5N8 chez sept ouvriers d'une usine de volaille. C'est la première fois que cette souche se transmet à l'Homme.

C'est un événement qui n'a rien d'agréable à nos oreilles, encore moins dans le contexte pandémique actuel, mais qui ne nécessite pas de s'alarmer à ce stade. Samedi, les autorités sanitaires russes ont annoncé publiquement la survenue d'un premier cas de transmission à l'homme de la souche H5N8 de la grippe aviaire dans une usine de volailles du sud du pays. Un premier cas qui comprend en fait une transmission à sept ouvriers de l'entreprise.

Il arrive que l'être humain puisse être contaminé par une souche de la grippe aviaire - des précédents avaient été observés avec les déclinaisons H5N1, H7N9, H9N2, comme l'a noté ici L'Obs, et donc H5N8 - mais la chose est très rare. De surcroît, à ce stade, cette contamination interespèce n'a pas entraîné de contagion interhumaine.

Mais, au vu de la capacité du virus à muter, comme tous les virus, scientifiques et autorités sanitaires restent prudents quant au devenir cette première, et renforcent leur surveillance du phénomène.

"Un contact direct et étroit avec des oiseaux infectés"

L'Organisation mondiale de la Santé a été la première à réagir à l'officialisation de ces détections par l'agence russe. Prévenue au préalable, elle a rappelé les conditions de la transmission de la grippe aviaire à l'être humain.

Rare, elle implique "un contact direct ou étroit avec des oiseaux infectés ou avec leur environnement".

La difficulté est que la grippe aviaire a toutes les chances de passer sous les radars au moment de migrer dans l'organisme humain. Gwenaël Vourc'h, directrice de recherche à l'Institut national de la recherche agronomique, a ainsi posé auprès de l'AFP: "Il y a peu être eu d'autres cas que l'on n'a pas vu, surtout s'il fait peu de symptômes". Elle a soumis l'éventualité que les sept cas russes ne soient que "la pointe de l'iceberg".

Pistes pour une origine

Au moment d'évoquer ces infections à la télévision samedi, Anna Popova, qui dirige l'agence sanitaire russe, a cependant pris soin de préciser que les malades se portaient bien et ne présentaient pas de complication.

Tout de même, le laboratoire Vektor, qui a procédé à l'analyse de leurs cas, pousse à l'établissement de tests: il faut "commencer aujourd'hui à développer un système de test qui permettra de détecter rapidement les cas de cette maladie chez l’homme". Il a aussi estimé qu'il fallait "commencer le travail" pour l'élaboration d'un vaccin spécifique.

C'est en décembre que l'épidémie a surgi parmi les volailles russes. Les circonstances l'ayant rendue possible sont encore nébuleuses. Mais Serge Morland, spécialiste des zoonoses - les maladies pouvant se transmettre d'une espèce à l'autre - au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement a indiqué auprès de France Inter que les élevages industriels favoraisaient ce type de contagion, tandis que la pollution de l'air pourrait hypothétiquement les entraver.

La manière dont les sept ouvriers ont été pris par le virus demeure également obscure. Jean-Luc Guérin, professeur en aviculture et maladies aviaires à l'Ecole nationale vétérinaire de Toulouse, a proposé une piste à la radio publique: celle d'une manipulation d'animaux morts, éviscérés, dans un lieu mal aéré. L'OMS ouvre l'œil.

"Nous sommes en discussion avec les autorités (russes) pour recueillir plus d’informations et évaluer l’impact de cet événement sur la santé publique", a indiqué l'institution, comme l'a relevé L'Obs.

En France, le ministère de l'Agriculture se montre rassurant

La souche H5N8 est également présente en France et ce depuis, novembre. On a recensé 466 foyers, note Le Parisien, dont quelques-uns sont encore actifs, comme dans le Gers selon l'exemple de France Inter. Plus de trois millions de volailles ont été abattues dans notre pays.

"A ce jour, 130 séquences virales complètes ont ainsi été obtenues. Aucune des analyses réalisées par l’Anses (Agence de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, NDLR) n’a montré de propriétés laissant craindre un risque de transmission à l’Homme du virus de l’influenza aviaire présent sur des volailles en France", a affirmé le ministère de l'Agriculture dans un communiqué.

Une investigation scientifique est toutefois en cours pour comparer les foyers français et les cas russes.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV