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Glyphosate: pourquoi pose-t-il problème?

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Le renouvellement du glyphosate pour une durée de 10 ans doit être soumis au vote le 25 octobre au sein de l’Union européenne. Ces derniers jours, plusieurs organisations ont demandé à ce que la réhomologation de cet herbicide soit refusée sans attendre. Il en va de même pour une cinquantaine de députés de la majorité qui demandent une interdiction "le plus rapidement possible".

Le glyphosate est l’herbicide chimique le plus vendu au monde et en France, pas moins de 8.500 tonnes sont vendues chaque année. Sur ce sujet, le ministère de l'Agriculture précise qu'en matière d'usages non agricoles, son utilisation dans les espaces ouverts au public est interdite depuis le 1er janvier 2017, et l'utilisation par les particuliers sera interdite à partir du 1er janvier 2019 mais il reste d'autres usages, notamment dans l'agriculture.

Au moment où les ateliers des États généraux de l'alimentation entament un chantier sur une alimentation "saine et durable", la France, comme les autres Etats membres de l'UE, est appelée à voter pour ou contre son renouvellement pour 10 ans le 25 octobre. La licence de l'herbicide dans l'Union expire en effet à la fin de l'année et la Commission Européenne n’arrive pas à obtenir une majorité qualifiée sur cette proposition, car certains pays dont la France se positionnent contre son renouvellement.

Sans compter que les membres de la commission "Environnement et Santé" du Parlement européen ont voté le 19 octobre pour une résolution demandant une disparition progressive de ce produit, classé comme cancérogène probable pour l’Homme par le centre international de recherche sur le cancer (CIRC), dans les trois prochaines années. Dernière opposition en date: une tribune de 54 députés "En Marche !" publiée le 22 octobre dans "Le Monde".

"Il est impossible de ne pas ingérer du glyphosate"

Dans ce texte, les députés de la majorité demandent son interdiction le plus rapidement possible. "Nous estimons que ce produit nocif, aujourd’hui largement utilisé, doit être abandonné. La France votera contre le renouvellement de son utilisation pour dix ans et nous nous félicitons de la position responsable de notre pays", écrivent-ils. A l'aube de ce vote crucial, ces derniers demandent aux autres pays membres de l’UE de soutenir cette orientation.

"Sortir du glyphosate, tout en accompagnant comme il se doit les agriculteurs dans cette transition, dans un calendrier court et réaliste, est un bon compromis.", estiment-ils. En juin 2016, la Commission européenne avait annoncé, faute de compromis, la prolongation pour une période de dix-huit mois au maximum, de l’autorisation dans l'UE du glyphosate. La France et Malte avaient voté contre une nouvelle autorisation et sept pays (Allemagne, Italie, Portugal, Autriche, Luxembourg, Grèce, Bulgarie) s'étaient abstenus.

Désormais, les députés attendent une véritable "prise de conscience et de responsabilité forte de notre pays." Voter "contre", signifie pour eux "préserver notre santé". "Il y a donc urgence (...) aujourd’hui, il est impossible de ne pas respirer ou ingérer du glyphosate. Il est partout dans notre alimentation sans même que nous le sachions. C’est une véritable question de santé publique.", attestent-ils.

Une pétition accompagnée d'une lettre ouverte

En septembre dernier, une étude de l'ONG Générations Futures a notamment montré que plus de la moitié (53,3%) des 30 produits de consommation courante analysés (lentilles, haricots secs, pois cassés, pois chiches, pâtes, biscottes et céréales pour le petit déjeuner) contenaient des traces de cet herbicide. Selon les résultats, pas moins de sept céréales de petit-déjeuner sur huit testées contiennent du glyphosate de même que sept légumineuses sur douze.

Les signataires de la tribune évoquent également l'enjeu environnemental que suscite une telle décision. Ils expliquent ainsi que "le glyphosate perturbe la vie des sols sauvages, aquatiques, la biodiversité et met en péril tout notre écosystème." Parallèlement à cette démarche, Générations Futures, la Ligue contre le cancer et WeMove.EU, ont remis le 20 octobre aux conseillers d'Emmanuel Macron "l’Initiative Citoyenne Européenne" demandant l’interdiction du glyphosate, signée par 1 070 865 citoyens européens.

Ces associations ont également remis un courrier signé par 34 ONG demandant "de ne plus attendre pour porter dans les négociations européennes l’interdiction du glyphosate." Cette lettre ouverte donne au Président cinq raisons de tenir sa promesse de campagne qui était de "placer la France en tête du combat contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides." De la question sanitaire à la question environnementale en passant par des considérations éthiques, tous les principaux arguments sont évoqués.

"Cet engouement montre à quel point les citoyens européens souhaitent aujourd’hui protéger leur santé et leur environnement des dangers des pesticides en général et de cet herbicide en particulier.", écrivent les ONG. Ces dernières font savoir que des alternatives au glyphosate existent et qu'il est important d'accompagner les agriculteurs qui devront apprendre às'en passer. "Les Etats généraux de l’alimentation sont une opportunitépour décider de cet accompagnement et le programmer", concluent-elles.

Alexandra Bresson