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Florence, séropositive depuis 21 ans: "Un dentiste et un gynécologue ont refusé de me soigner"

Florence Thune, directrice de Sidaction dans les locaux de l'association le 30 novembre 2017

Florence Thune, directrice de Sidaction dans les locaux de l'association le 30 novembre 2017 - Boris Courret/BFMTV

Florence Thune est directrice de Sidaction et séropositive. Elle revendique la nécessité de témoigner de sa vie avec le VIH afin de combattre la stigmatisation. Rencontre, à la l’occasion de la journée mondiale contre le sida, dans les locaux de l’association.

"Avec la banalisation du VIH, le message de sensibilisation a beaucoup plus de mal à passer", confie Florence Thune, directrice générale de Sidaction, qui a pour objectif le développement de programmes de recherche et d’aide aux malades. Nommée à la tête de l’association en mai dernier par Pierre Bergé, la quinquagénaire y œuvre depuis plus de 12 ans. "J’ai pu voir les choses changer et pas toujours en bien. Car si la crainte de la mort s’est éloignée, les fantasmes eux sont restés".

Ces fantasmes, elle en a été victime. Florence Thune est séropositive. Voilà 21 ans qu’elle vit avec la maladie et ses difficultés au quotidien. Les discriminations plus ou moins visibles, plus ou moins institutionnalisées mais toujours aussi tenaces.

"Droit à l’oubli"

Alors oui, depuis le début de l’année, les conditions d’accès au prêt bancaire pour tous ceux dont l’état de santé répond à certains critères, comme leur état virologique ou leur histoire thérapeutique, ont été assouplies. Par contre, pour les personnes contaminées avant 2005 comme Florence Thune, contracter un prêt bancaire, c’est s’exposer à des surprimes pouvant atteindre 300%. Plutôt rédhibitoire. 

"J’ai également été victime d’un refus de soin par un dentiste et par un gynécologue. Quand on est confronté à ce type de situation avec du personnel de santé, c’est encore plus déstabilisant", confie la directrice de Sidaction.

Les séropositifs se voient aussi refuser l’entrée à certaines écoles, comme Polytechnique jusqu'en 2014 ou l’École nationale de la magistrature et sont toujours considérés comme "inaptes au terrain" chez les pompiers, dans la gendarmerie, l’armée ou la police nationale.

Raison pour laquelle l’associative prône un "droit à l’oubli" pour les séropositifs sous traitement et non contaminants. "Ces personnes n’ont plus à subir ces exclusions irrationnelles", estime Florence Thune.
Florence Thune, directrice de Sidaction
Florence Thune, directrice de Sidaction © -

"Beaucoup de Français sont dans l’ignorance"

Mais le plus dur d’après elle, "c’est ce qui est internalisé par le malade lui-même. Le fait d’avoir peur d’en parler et de se projeter dans la réaction de l’autre". À elle aussi, il lui a fallu du temps.

"Quand j’ai découvert ma séropositivité, ce fut une véritable douche froide. J’étais persuadée que j’allais mourir".

Elle décide de ne rien dire à sa famille. Jusqu’au déclic, un mois plus tard, quand elle voit à la télévision le témoignage du basketteur américain Magic Johnson. "Il parlait de sa séropositivité, disait qu’on pouvait vivre avec et avait l’air en pleine forme". C’est là qu’à son tour, elle va décider de témoigner de sa vie avec le VIH et de s’engager pour lutter contre la stigmatisation et les discriminations.

De nombreux progrès

Mais le travail est encore long. 25.000 personnes ignorent aujourd’hui en France leur séropositivité. "Beaucoup ont peur du dépistage parce qu’ils sont dans l’ignorance quant au VIH". Une ignorance dont fait état le récent sondage de l’association Aides selon lequel une personne sur cinq se sentirait mal à l’aise si l’un des enseignants de leur enfant était séropositif quand 30% des 18-24 ans reconnaîtraient un malaise à travailler avec un séropositif.

"C’est pour cela qu’il faut poursuivre l’action, en parler, témoigner pour que cette maladie soit incarnée par des visages, et plus uniquement par des études, des sondages et des fantasmes", pense Florence Thune qui tient aussi à souligner les nombreux progrès sur la connaissance du VIH.

"L’efficacité des traitements, aujourd’hui moins lourds, le fait qu’à l’heure actuelle une personne qui prend correctement son traitement et dont la charge virale est indétectable depuis plus de six mois peut avoir des relations sexuelles sans contaminer son partenaire. Quelle libération!", lance celle qui espère voir la fin de l’épidémie de sida d’ici à 2030. Et ce même si les derniers chiffres de l’agence nationale française de santé publique ne sont pas bons, surtout chez les hommes homosexuels et bisexuels où les nouvelles contaminations n’ont pas baissé en 2017. Preuve que "le combat est encore loin d’être gagné".

Boris Courret