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Fipronil: les Français inquiets du contenu de leur assiette

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- - iStock - JBorruel

Montée en puissance pendant l’été, la crise des œufs contaminés au fipronil concerne plusieurs pays européens dont la France. Malgré les informations délivrées sur le sujet, un grand nombre de personnes se disent inquiètes selon un récent sondage Ifop.

Le 20 juillet dernier, les autorités belges ont informé la Commission européenne que du fipronil avait été détecté dans des œufs et des viandes de volailles pondeuses dans des élevages des Pays-Bas et de Belgique. La présence de ces résidus, qui concerne une quinzaine de pays européens, est liée à une utilisation frauduleuse de cette substance pour traiter les poux rouges des poules.

En effet, le ministère de l'Agriculture indique que "le fipronil est un produit antiparasitaire qui n'est pas autorisé dans le traitement des animaux destinés à la consommation, mais couramment utilisé dans les produits vétérinaires contre les poux, les tiques et les acariens des animaux de compagnie." Ce dernier indique que la première alerte officielle concernant la France est émise par les Pays-Bas le samedi 5 août.

A la fin du mois, il publie sur son site Internet la liste des premiers produits retirés de la vente sur le territoire. En tout, une vingtaine de références sont affichées, notamment des gaufres de plusieurs marques de distributeurs et des gâteaux à base de frangipane. Les produits listés sont retirés du marché car ils contiennent du fipronil à une concentration supérieure à la limite maximale de résidus (LMR, 0,005 mg/kg de produit), mais le ministère précise bien qu'ils "ne présentent pas de risque pour la santé."

Quelle place par rapport à d'autres crises alimentaires?

Mais cette affirmation ne permet pas de rassurer l'ensemble des Français comme le montre un sondage exclusif Ifop pour Atlantico. Ce dernier montre que cette crise des œufs contaminés a marqué l'opinion publique: 42% des Français se disent inquiets au sujet de la consommation d’œufs ou de produits alimentaires en contenant, un "cœur" de 10% se déclarant même "très inquiet".

"On constate que cette crise de l'œuf, a un impact certain et pourrait engendrer un certain nombre de dégâts dans cette filière, notamment en termes de baisse de la consommation des œufs et des ovo-produits.", explique à Atlantico Jérôme Fourquet, directeur du Département opinion publique à l’Ifop. Ce niveau d’inquiétude est nettement supérieur à ceux mesurés en 2011 avec la crise du concombre (31% d’inquiets) et en 2005 au début de la crise de la grippe aviaire.

Néanmoins, les œufs contaminés inquiètent pour l’instant moins que la vache folle, scandale alimentaire vis-à-vis duquel 64% des Français s’alarmaient en 1996. "A force de voir ces crises sanitaires se répéter, cela rend le climat anxiogène. Les gens ne se sentent plus à l'abri de fraudes. Les mécanismes de contrôles, les cloisons étanches n'ont pas été mises en place. Un jour c'est la viande surgelée, un jour les légumes, un jour les œufs...", ajoute Jérôme Fourquet.

Qui sont les plus inquiets?

En détails, les résultats montrent une différente entre hommes et femmes: celles-ci se montrent légèrement plus inquiètes (46% contre 38%). Des chiffres qui ne surprennent pas le spécialiste car "généralement, la vigilance dans le domaine de l'alimentation et la santé est plus développée chez les femmes", même si "la sensibilité face à ce type d'événement varie selon les individus."

La catégorie socioprofessionnelle joue également puisque le niveau d’inquiétude culmine à 50% chez les ouvriers, contre 34% chez les CSP+. Enfin, les habitants de l’agglomération parisienne se distinguent par un niveau d’inquiétude plus élevé (48%) que dans les autres pôles urbains (41%) ou en zone rurale (39%). Début août, le ministère de l'Agriculture a saisi l'Anses* en ce qui concerne le risque pour la santé humaine lié à l’ingestion de produits contaminés au fipronil.

Dans ses conclusions publiées le 21 août, elle indique qu'au vu "des données disponibles sur la toxicité de cette substance et des concentrations observées dans les élevages concernés, et en prenant en compte les habitudes de consommation des Français, le risque de survenue d’effets sanitaires apparaît très faible." Son évaluation du risque a permis d’identifier la quantité maximale d’œufs pouvant être consommée en une seule fois sans s’exposer à un risque aigu et celle-ci varie d'un œuf par jour pour un enfant de 1 à 3 ans à dix œufs par jour pour un adulte.

*Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail

Alexandra Bresson