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Epidémie de rougeole en Europe: la France doit-elle s'inquiéter?

Un jeune homme prêt à se faire vacciner contre la rougeole en Ukraine

Un jeune homme prêt à se faire vacciner contre la rougeole en Ukraine - Yuri Dyachyshyn - AFP

L'OMS a publié des chiffres inquiétants ce jeudi: l'épidémie de rougeole qui frappe l'Europe continue sa flambée, avec presque 90.000 personnes touchées depuis janvier 2019, et 37 morts, dont deux Français.

L'Organisation Mondiale de la Santé s'est inquiétée jeudi de la flambée des cas de rougeole en Europe. 89.994 cas ont été recensés dans 48 pays européens au premier semestre 2019, plus du double par rapport à la même période de l'an dernier (44.175) et d'ores et déjà davantage que pour toute l'année 2018 (84.462).

La rougeole est "une maladie grave provoquée par un virus", explique l'OMS. Les personnes infectées "peuvent présenter des complications telles que des infections de l’oreille, une pneumonie ou un œdème du cerveau". Ces complications sont présentes dans 30% des cas, selon l'Assurance Maladie.

Par exemple, dans 6% des infections, la rougeole peut entraîner une pneumonie. Les complications neurologiques peuvent conduire au décès ou à des séquelles graves comme des troubles mentaux ou une paralysie.

"C'est une maladie grave, mortelle"

"Il faut s'inquiéter de la situation, car la rougeole est une maladie grave, c'est une maladie mortelle", explique la Dr Anne Goffard, virologue au CHU de Lille, contactée par BFMTV.com. En Europe, 74 personnes en sont mortes en 2018, 37 au premier semestre 2019, dont deux en France.

Alors que la maladie était jugée "éliminée" au Royaume-Uni, en Grèce, en République tchèque et en Albanie, l'OMS a revu son jugement après des chiffres de 2018, où des cas de rougeole ont été déclarés.

"Ces épidémies entraînent des dysfonctionnement dans les hôpitaux, sont particulièrement dangereuses pour les petits enfants [les bébés de moins d'un an ne peuvent pas être vaccinés, ndlr], ou les personnes immunodéprimées", précise aussi le Pr Elisabeth Bouvet, contactée par BFMTV.com.

En France "le pire est passé"

Ce qui peut sembler inquiétant pour l'OMS, c'est que "l'Europe est vue comme une bonne élève [au niveau des vaccinations, ndlr], on ne la croyait pas sujette à ces épidémies", explique cette spécialiste des maladies infectieuses et tropicales, membre du collège de la Haute Autorité de la Santé.

Mais en France, "le pire est passé", déclare-t-elle, il n'y a pas de risques que la situation dégénère dans les semaines à venir. L'épidémie n'est pas terminée, mais a passé son pic en 2018 et est sur la phase descendante.

Contre la rougeole, qui n'a pas de traitement, seule la double vaccination est efficace, et immunise. Or, encore actuellement en France, la couverture vaccinale est jugée insuffisante par tous les organismes de santé.

La France avait vécu une épidémie particulièrement forte de 2008 à 2012 avec plus de 22.000 cas déclarés. "L'épidémie avait beaucoup mobilisé à l'époque, ce qui a permis de sensibiliser la population et d'aider à la réduire", rappelle Elisabeth Bouvet.

D'autres épidémies à venir?

Pour que tout le monde soit protégé, il faudrait que 95% des Français soient vaccinés, mais en 2018, seuls 79% des nourrissons étaient vaccinés, selon Santé Publique France. "On ne peut pas atteindre les 100% car certaines personnes [les bébés de moins d'un an, les immunodéprimés...], ne peuvent pas être vaccinées", explique Anne Goffard. 

Le mécanisme de la vaccination fonctionne de telle sorte que l'on se protège soi-même, mais également les plus faibles qui ne sont pas immunisés. "Quand je vaccine toute ma famille, je protège aussi le bébé de moins de 12 mois, qui n'a pas encore été vacciné", continue la virologue.

Depuis le 1er janvier 2018, la vaccination contre la rougeole est devenue obligatoire chez le nourrisson. "On espère que ça va enrailler la propagation de la rougeole, notamment grâce à ce vaccin obligatoire, et que d'ici une dizaine d'années, l'épidémie prenne fin", explique la virologue. En attendant, il est possible que de nouvelles épidémies traversent la France.

"Après l'épidémie de 2008, la situation s'était calmée en partie car les personnes qui avaient contracté la rougeole en étaient ensuite immunisées", explique Elisabeth Bouvet. 

Une éradication un jour?

Une élimination totale de la rougeole du globe est plus difficile à obtenir, car il faudrait que tous les pays du monde immunisent leur population. Or, à l'échelle de la planète, la quantité des cas signalés a été multipliée par trois entre la période allant du 1er janvier au 31 juillet 2018 (129.239) et les sept premiers mois de cette année (364.808).

En attendant, la vaccination doit continuer, car même en cas d'élimination dans le pays, une personne étrangère peut la réintroduire. En février, des touristes français avaient ainsi réintroduit la rougeole au Costa Rica. "La variole a été éradiquée du globe, ça a mis tout le XXème siècle mais on y est arrivé", souligne Anne Goffard.

La rougeole se propage par voie aérienne, la contamination "se fait par l'intermédiaire de gouttelettes de salive provenant des voies aériennes et contenant le virus", soit par la toux ou l'éternuement de personnes infectées, explique le site de l'Assurance Santé. Elle peut aussi se faire par "les objets contaminés par des sécrétions du nez ou de la gorge (jouets, mouchoirs, etc.)".

La rougeole se manifeste par un écoulement du nez (rhinite), une conjonctivite, une toux, une grande fatigue (asthénie) ou encore une forte fièvre. Suit l'éruption cutanée, avec des petites tâches rouges plus ou moins en relief. La maladie dure une dizaine de jours.

Salomé Vincendon