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Déremboursement de l'homéopathie: le constat scientifique implacable de la Haute autorité de santé

Médicament homéopathique

Médicament homéopathique - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Ce vendredi, la Haute autorité de santé a rendu public son avis concernant la prise en charge de l'homéopathie et préconise officiellement son déremboursement. L'instance réfute l'efficacité de ces produits.

"Efficacité insuffisante", pas de preuve d'un intérêt pour la santé publique, inutilité sur des maux bénins qui guérissent tout seuls... la Haute autorité de santé a dressé vendredi un constat scientifique implacable pour justifier le déremboursement de l'homéopathie. Les défenseurs de cette discipline controversée ne désarment pourtant pas, puisque la décision finale reviendra au gouvernement. On savait depuis mercredi et une fuite dans la presse que la HAS prônait de ne plus rembourser l'homéopathie.

Réquisitoire

Mais l'instance a précisé vendredi, dans un avis très attendu, les raisons qui l'ont amenée à cette conclusion en rendant ce document public. "Ces médicaments n'ont pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier d'un remboursement", a estimé sa commission de la transparence, chargée d'évaluer les médicaments. Son argumentaire s'articule autour de plusieurs idées. Premièrement, l'efficacité de l'homéopathie n'est prouvée par aucune étude. Deuxièmement, elle est souvent utilisée pour des "pathologies sans gravité ou qui guérissent spontanément". Troisièmement, son impact sur la "qualité de vie" des usagers, argument souvent avancé par ses défenseurs, ne peut être évalué selon les données actuelles. Enfin, rien ne démontre qu'elle permet de "réduire la consommation d'autres médicaments".

L'avis global de la commission concerne près de 1200 médicaments homéopathiques. Elle s'est basée sur 37 études scientifiques (sélectionnées parmi 1000 au départ) et les dossiers déposés par les trois laboratoires concernés (les français Boiron - leader mondial - et Lehning et le Suisse Weleda). Ces données portaient sur "24 affections et symptômes traités avec des médicaments homéopathiques", dont l'anxiété, les verrues plantaires, l'asthme, la gestion des effets indésirables des traitements anticancéreux ou la suppression de la montée de lait chez les femmes après l'accouchement.

Dans tous les cas, "soit les études ne montraient pas d'efficacité de l'homéopathie par rapport à un placebo", soit "elles pouvaient suggérer un intérêt de l'homéopathie mais n'étaient pas assez fiables" en raison de problèmes de méthodologie, a expliqué la chef du service évaluation des médicaments de la HAS, Mathilde Grande, lors d'une conférence de presse.

Les laboratoires concernés contestent 

La HAS a en outre souligné que "le recours à l'homéopathie ne doit pas retarder la prescription des soins nécessaires à la prise en charge des patients, en particulier pour les maladies graves et évolutives". Enfin, elle a rappelé "qu'une prescription médicamenteuse n'est pas toujours nécessaire" et qu'il faut "sortir de la culture du tout médicament", qu'ils soient conventionnels ou homéopathiques. Avant de présenter l'avis, la présidente de la HAS, Dominique Le Guludec, a voulu envoyer "un message de respect aux personnes qui utilisent l'homéopathie et pensent que cela leur fait du bien". "Il n'est pas question de contester leur expérience (mais) ce que nous avons à juger, c'est si une démonstration d'efficacité est suffisante pour justifier le remboursement par la collectivité", a-t-elle dit.

De son côté, Boiron a assuré dans un communiqué que l'avis de la HAS ne "tient pas compte de la spécificité des médicaments homéopathiques", car pour une même maladie, le traitement peut être différent selon les patients. Cet argument classique des pro-homéopathie a été rejeté par Dominique Le Guludec: "Les médicaments homéopathiques ont un statut de médicament, revendiqué par les laboratoires pour leur remboursement. Ils doivent pouvoir montrer leurs bénéfices".

Les regards tournés vers le gouvernement

Au-delà du débat scientifique, les pro-homéopathie ont investi depuis plusieurs semaines le terrain politique en tentant de mobiliser leurs troupes. Labos, homéopathes et usagers ont lancé la campagne "Mon homéo, mon choix", avec une pétition qui revendique plus d'un million de signatures, et ont appelé à des manifestations à Paris et Lyon vendredi matin. Ils espèrent convaincre le gouvernement de ne pas suivre l'avis de la HAS, en faisant notamment valoir qu'un déremboursement menacerait 1300 emplois chez les labos.

Jeudi, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a indiqué que la décision finale ne serait pas prise immédiatement. "La prise de décision est une prise de décision politique", qui "appartient" à la ministre, a déclaré Dominique Le Guludec. De son côté, le président de la commission de transparence, Christian Thuillez a indiqué qu'il était "absolument exceptionnel" que le gouvernement ne suive pas un avis concernant un remboursement.

Robin Verner avec AFP