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Dépénalisation du cannabis : sur quoi se joue le débat ?

Faut-il dépénaliser les drogues douces en France ?

Faut-il dépénaliser les drogues douces en France ? - -

Pourquoi être pour ? Pourquoi être contre ? Revue de détails des arguments des pro et anti-dépénalisation du cannabis.

La prise de position "personnelle" de Vincent Peillon sur le cannabis a relancé le débat récurrent sur le statut du cannabis en France. Quels sont les arguments de ceux qui sont pour ? De ceux qui sont contre ? Comment nos voisins traitent la question ? Revue de détails avec BFMTV.com.

Quelle différence entre dépénalisation et légalisation ?

Clairement il s'agit de situations très différentes. "La légalisation signifie que l’usage, la production et la commercialisation de la drogue sont permis. La dépénalisation, en revanche, supprime les sanctions pénales (amende et emprisonnement) pour les consommateurs" explique sur son site Internet la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie.

Les arguments des pro-dépénalisation ?

Ceux qui sont pour une dépénalisation avancent en général deux arguments. Premièrement, cela permet de mieux lutter contre le trafic et la violence qu'il génère et ensuite le cannabis peut avoir un usage thérapeutique.

• La lutte contre le commerce de la drogue.

C’est l’argument défendu notamment de Vincent Peillon qui a justifié : "Il y a une économie parallèle dans ce pays, c'est l'économie de la drogue". Yves Contassot, conseiller de Paris EELV, estime, pour sa part, que "c'est la seule manière de lutter contre le trafic. La répression ne fonctionne pas".

• Cannabis thérapeutique

Le socialiste Daniel Vaillant avait, dans une interview à Libération, demandé une légalisation du cannabis thérapeutique. Il s'agirait de "de soulager des hommes et des femmes lorsqu'ils souffrent de maladies neurodégénératives, de certains cancers ou du sida". Mais il rajoutait aussi : "La prohibition ne marche pas. On est en échec par rapport au trafic, à l'économie parallèle, à la consommation dangereuse".

Les arguments des "contre" ?

• Une question de santé publique

A l'opposé des "pro", la justification de l'Etat à la répression est celle-ci : "La politique de lutte contre les drogues s’inscrit dans une perspective de santé publique. Elle est destinée à prévenir l’usage des drogues licites ou illicites et à soigner les usagers dépendants".

• Préserver l'équilibre de la société

Du côté des politiques, l'UMP Jean-François Copé a dégainé dès lundi matin l'argument de "l'irresponsabilité" du ministre de l'Education. Rachida Dati a exprimé le même sentiment sur BFMTV au micro de Jean-Jacques Bourdin. En somme, l'opposition attaque la majorité sur "l'intérêt général" (Baroin) et sur l'"amateurisme du gouvernement" (Fillon).

De manière générale les formations politiques ne sont pas très ouvertes sur la question. Lors de la présidentielle de 2012 seuls Eva Joly et Philippe Poutou étaient favorables à une modification de la loi.

Et à l'étranger ?

Concrètement, en France, fumer du cannabis est une infraction pénale comme en Suède ou en Finlande. En revanche, en Espagne ou au Portugal par exemple, la sanction n'est qu'administrative (amende) et la faute doit être constatée dans un endroit public.

Enfin en Italie, en Allemagne ou Danemark, la consommation est tolérée.

C'est aussi la cas aux Pays-Bas qui possède la particularité des coffe-shop mais qui compte réguler l'afflux de touristes-fumeurs grâce à une "carte-cannabis".

La détention de cannabis est, elle, pénalement répréhensible partout sauf dans certains pays (Espagne, Portugal, Italie, Slovénie, Estonie...) si la quantité est supérieure à 5 grammes.

Ce que disent les scientifiques ?

Les avis sont aussi nombreux que les chercheurs sur le sujet et si le risque d'addiction est admis, la méthode pour enrayer une consommation toujours plus importante en France reste à définir.

Une étude anglaise a, elle, tranché. Menée par le UK Drug Policy Commission, elle affirme que le cannabis doit être considérer comme étant égal des jeux d'argent et de la malbouffe (junk food). Conclusion ? Les experts préconisent une dépénalisation en Grande-Bretagne et conseillent : il faut cibler les priorités.

Samuel Auffray