BFMTV

Cytotec: le médicament qui déclenche les accouchements retiré du marché

Une femme enceinte en consultation (illustration)

Une femme enceinte en consultation (illustration) - AFP/Philippe Huguen

Cet antiulcéreux détourné pour accélérer les contractions en fin de grossesse est soupçonné d'avoir causé des complications graves pour l'enfant et la mère.

Le controversé Cytotec ne sera plus en vente l'année prochaine. Conçu pour lutter contre l'ulcère de l'estomac, ce médicament est détourné pour déclencher des accouchements à terme, au risque de la santé de la mère et de l'enfant. Il sera retiré du marché français à parti du 1er mars 2018, annonce l'Agence du médicament au Parisien ce jeudi.

Fabriqué depuis 1987 par Pfizer France, le Cytotec "est très peu utilisé en gastroentérologie et l'est majoritairement en gynécologie", essentiellement pour l'IVG et le déclenchement artificiel de l'accouchement à terme, rappelle l'ANSM. C'est cette dernière utilisation qui pose problème.

L'usage détourné du médicament comporte en effet des risques de surdosage: il suppose d'utiliser un huitième du comprimé qui est dosé à 200 microgrammes, ce qui vu sa taille (moins d'un centimètre) est pour le moins hasardeux, relève le Dr Thierry Harvey "remonté comme un coucou" contre cette pratique dangereuse. Le risque est d'entraîner des contractions trop fortes, et une mauvaise oxygénation du foetus, selon l'obstétricien.

"J'ai eu l'utérus complètement déchiré"

"Mon fils est resté entre la vie et la mort plusieurs jours, j'ai eu l'utérus complètement déchiré, je ne pourrais plus avoir d'autre enfant. Ce n'est pas possible de faire vivre cela à des femmes pour des raisons budgétaires", témoigne Aurélie Joux, fondatrice de l'association Timéo, du prénom de son enfant "né sous Cytotec", surdosé, en novembre 2010.

Elle a depuis gagné un procès fin 2016 devant le tribunal administratif de Versailles, en 1ère instance, contre l'hôpital de Poissy pour le préjudice subi par son fils lourdement handicapé avec "sanction exécutoire" immédiatement. Sham l'assureur de l'établissement a fait appel, précise son avocat Serge Beynet.

"Pour faire des économies les hôpitaux préfèrent utiliser le Cytotec qui ne coûte quasiment rien. C'est juste scandaleux" s'insurge cette mère, qui, en plus des souffrances endurées, n' était pas informée des produits administrés pour déclencher son accouchement, alors que le terme était dépassé de 3 jours.

Une mise en garde en 2013

Les médicaments à base de prostaglandines prévus pour le déclenchement artificiel du travail, en gel ou en tampon, coûtent beaucoup plus cher que le Cytotec (30 centimes le comprimé). "Il nous faut un générique, il nous faut du misoprostol [molécule qui appartient à la famille des prostaglandines, NDLR], pas cher comme pour le Cytotec mais à différents dosages (25, 50, 200...)" estime le Dr Harvey.

Alain-Michel Ceretti, fondateur de l'association Le Lien, salue "une bonne nouvelle". "Mais l'affaire du Cytotec révèle la faiblesse de l'autorité de l'Etat en matière de sécurité sanitaire" juge-t-il. L'agence du médicament avait déjà mis en garde, en 2013, contre les risques graves pour la mère et l'enfant (rupture utérine, hémorragie...) de cet usage.

"Il faut modifier la loi pour pouvoir interdire des pratiques identifiées comme dangereuses"; ajoute-t-il.

J.P. avec AFP