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Crise des hôpitaux: dans un service à Bichat, il ne reste que 6 infirmières contre 24 habituellement

La grande majorité des chambres du service neurologie de l'hôpital Bichat sont désormais fermées faute de personnels soignants.

Sur 28 lits, seuls quatre sont ouverts. Sur les 24 postes d'infirmières, il n'y en a seulement six de pourvus. L'hôpital Bichat n'est pas épargné par le manque de personnels dans les établissements de santé en France.

Le Pr Pierre Amarenco, chef du service neurologie dans cet hôpital parisien, soigne depuis 20 ans des infarctus ou des AVC. Depuis lundi dernier, plusieurs chambres de patients ont du fermer faute de soignants.

"Tout est prêt pour faire fonctionner, mais on n'a pas les infirmières", explique le neurologue devant notre caméra.

"Les Samu et pompiers doivent envoyer des patients ailleurs"

Une, puis deux, puis trois. Les chambres fermées ou vidées de leur lit et du matériel pour les soins sont au nombre de 24. "Une tristesse énorme", pour le Pr Pierre Amarenco, "on a construit ce service, c'est 20 ans de travail, tout le monde a contribué à cet outil de soins remarquable [...] combien de patients ne peuvent plus venir désormais à l'hôpital pour se faire soigner?"

"Sur le nord de Paris, les deux grands services neurovasculaires qui reçoivent des AVC ont des difficultés majeurs, et les Samu et pompiers doivent envoyer des patients ailleurs [...] la plupart du temps on est obligé de leur dire non".

Globalement, au niveau de l’AP-HP, ce sont près de 3500 lits qui sont aujourd’hui fermés sur un total de 20.000. Le manque d’effectif ne date toutefois pas de la crise sanitaire ou du gouvernement actuel, il s'agit d'un problème de plus long terme.

Et si le gouvernement a investi avec le Ségur de la Santé, les changements peinent à se montrer. Même si les infirmières ont été augmentées de 183 euros net, l’hôpital public peine à recruter et à les retenir. Les infirmiers/infirmières préfèrent soit faire de l’intérim, mieux payé, soit être en libéral, moins contraignant.

"Une vingtaine de collègues sont partis"

Sur 1000 infirmières qui sont sorties de la formation en Île-de-France en juillet dernier, seule une moitié s’est orientée vers l’hôpital public. À Bichat elles ne sont plus que 6 et se serrent les coudes.

"Je suis arrivée il y a deux ans et demi et il y a une vingtaine de collègues qui sont partis", explique Anne-Laure, l'une des infirmières, listant les raisons de leur départ: "pas assez payés, les fermetures de lit, plus d'encadrement depuis quelque temps [...] et puis manque d'effectifs"

Anne-Laure confie enfin gagner "à peine 2000 euros [...] cela fait deux ans et demi que je suis diplômée, ce n'est pas assez". Des salaires faibles avec lesquels il est notamment difficile de se loger à Paris. À cela s'ajoute pour tous les soignants de France beaucoup de fatigue physique et mentale après la pandémie et un manque de reconnaissance important.

Nelson Getten et Hugues Garnier