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Covid-19: "régionaliser" la gestion de l'épidémie, une stratégie efficace et tenable?

La Promenade des Anglais à Nice, le 20 février 2021

La Promenade des Anglais à Nice, le 20 février 2021 - Valery HACHE © 2019 AFP

Avec la mise en place de restrictions localisées dans les Alpes-Maritimes, le gouvernement semble se tourner vers une nouvelle stratégie dans sa lutte contre le Covid-19, en faisant du cas par cas. Les professionnels de santé sont partagés sur l'utilité et la tenabilité d'une telle politique.

"Compte tenu de la situation, il vaut mieux régionaliser". Ce mardi, en s'adressant à des élus, Emmanuel Macron a semblé acter, selon nos informations, le nouveau tournant pris par le gouvernement dans sa stratégie pour lutter contre le Covid-19: resserrer les mesures dans les zones où la menace s'accroît. "Il faut faire du cas par cas, en concertation pour l'instant", a encore confirmé à BFMTV une source au sein de l'exécutif. L'idée, désormais, serait de préférer des restrictions au niveau local (d'une ville, d'une métropole ou encore d'un département), plutôt que des restrictions nationales.

Car après un relatif apaisement de la pression liée à la stabilité des chiffres pendant la première quinzaine de février, la situation sanitaire se dégrade à nouveau en France. Au niveau national, si la tendance "n'est plus bonne" avec "un plateau haut stagnant", il existe "des particularités locales fortes", a expliqué ces derniers jours le ministre de la Santé Olivier Véran.

Dans les Alpes-Maritimes, où le taux d'incidence est ce mardi de 592 cas pour 100.000 habitants, selon CovidTracker, un confinement local inédit a dû être mis en place le week-end. Dans le Dunkerquois, où l'incidence s'établit ce mardi à 901 cas pour 100.000 habitants, de nouvelles mesures pourraient être annoncées prochainement. D'autres zones inquiètent encore les autorités comme la Moselle ou encore l'Île-de-France. Mais est-il utile de recourir aujourd'hui à une telle stratégie, avec la circulation accrue des variants? Est-ce tenable? Les professionnels de santé sont divisés sur la question.

"Il faut faire du pilotage à vue"

Quelques jours avant l'officialisation des restrictions dans les Alpes-Maritimes, Didier Guillemot, épidémiologiste à l'Institut Pasteur, soutenait dans les colonnes du Figaro que "le confinement local est une piste à explorer au regard de la situation dans laquelle on se trouve".

"Cela permettrait de rendre compatible l'activité économique et sociale avec le contrôle d'une épidémie dont on pourrait ne pas voir la fin avant longtemps", expliquait-il, proposant même de se baser sur la progression du virus dans les eaux usées pour déclencher des confinements très localisés.

Patrick Berche, médecin biologiste et membre de l'Académie de Médecine, a affirmé ce mardi soir, sur BFMTV, que le gouvernement était désormais "contraint", selon lui, de mettre en place une stratégie régionalisée.

"Je crois qu'il faut faire du pilotage à vue. Je ne peux pas vous dire si cela va exploser un peu partout. Je trouve que, pour le moment, grâce aux couvre-feu à 20h puis à 18h on a un peu limité les dégâts. On est depuis trois semaines avec 20.000 contaminations par jour, c'est-à-dire une grande circulation du virus, mais on reste stables. Ce qui est tout à fait étonnant. À côté de ça on a des poches. Je crois que c'est lié aux comportements", a-t-il indiqué sur notre antenne.

Le cas par cas déployé trop tard?

Le professeur Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon à Paris, reconnaît auprès de Franceinfo que les mesures prises localement sont "salvatrices", en raison de la présence des variants, même si "l'incendie est largement allumé" dans ces zones.

"On est dans des mesures partielles parce qu'on a diabolisé le mot du confinement, donc toute la politique est organisée pour l'éviter, ce qui est une stratégie d'erreur", a-t-il assuré.

Selon lui, si les situations se dégradent dans d'autres régions, "on ne va pas pouvoir multiplier comme ça des situations locales". "Il y a un moment où ces situations seront tellement complexes et tendues que le règlement sera national".

Même son de cloche du côté de l'épidémiologiste Catherine Hill, qui, dans les colonnes de l'Obs, considère qu'il s'agit tout simplement d'une "erreur".

"C’est une erreur de territorialiser les mesures de restriction. D’ailleurs, c’est le cas depuis le début de l’épidémie. On a d’abord demandé de faire plus attention dans les zones rouges, ensuite on a instauré le couvre-feu dans certains départements, puis partout en France. Je ne vois pas pourquoi ce serait différent aujourd’hui", a-t-elle affirmé auprès de l'hebdomadaire.

Selon elle, le confinement est plus largement "une mesure palliative" qu'il soit appliqué tous les jours ou seulement le week-end. Face à la rapidité du virus, elle préconise, comme elle l'a déjà fait à de nombreuses reprises, de "tester tout le monde rapidement", notamment "grâce à des tests PCR groupés sur des prélèvements salivaires."

Clément Boutin Journaliste BFMTV