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Covid-19: que sont les "anticorps facilitants" évoqués par Edouard Philippe? 

Certaines personnes infectées par le Covid-19 produiraient-elles des anticorps "facilitants" qui les rendraient plus vulnérables face au coronavirus? C'est une hypothèse soulevée ce mardi par Edouard Philippe, et écartée par le directeur général de la Santé.

De nombreuses questions subsistent sur le SARS-CoV-2 et continuent d'inquiéter les scientifiques et autorités sanitaires du monde entier, en particulier sur l'immunité et les anticorps développés par les malades. Quelle défense met exactement en place le système immunitaire pour faire face au Covid-19?

Le Premier ministre Edouard Philippe a évoqué, ce mardi devant la commission des Affaires culturelles et de l'Education de l'Assemblée nationale, une hypothèse selon laquelle certaines personnes infectées par le Covid-19 pourraient développer des anticorps dits "facilitants" ou "facilitateurs" qui les fragiliseraient au lieu de les protéger contre le coronavirus. "Une incertitude absolument considérable!", selon lui.

"Il existe beaucoup de scientifiques qui disent l'incertitude réelle de savoir (...) dans quelle mesure la présence d’anticorps ne serait pas, comme c'est vrai pour certaines maladies telle que la dengue, un facilitateur plutôt qu’un bloquant", s'est interrogé le chef du gouvernement.

Des anticorps qui nous rendraient plus vulnérables?

Aujourd'hui, on ne sait toujours pas précisément comment réagit le corps humain à ce nouveau virus et il est difficile d'avoir la moindre certitude concernant l'immunité, expliquait Bruno Lina, virologue et membre du conseil scientifique, dimanche sur notre antenne. "Face à la jeunesse de cette maladie, c’est impossible d’être sûr", affirmait le spécialiste.

Difficile, également, de savoir comment réagissent les anticorps dans le cas du Covid-19. Normalement, lorsque l'on est infecté par un virus, notre corps crée des défenses pour y faire face et les garde en mémoire.

Mais à l'heure actuelle, les scientifiques n'ont pas assez de recul avec les premiers tests sérologiques pour déterminer à partir de quand apparaissent ces anticorps, combien de temps cette immunité est efficace, ni comment elle se manifeste. Et certains scientifiques redoutent même qu'une partie de ces anticorps mis en place par le système immunitaire nous fragilise face au virus, au lieu de simplement nous en protéger.

Inflammation

C'est ce qu'expliquait Bruno Lina sur notre antenne dimanche: "Il y a pour certaines maladies deux types d’anticorps: les anticorps neutralisants qui neutralisent le virus. Et les anticorps facilitateurs qui au contraire peuvent aider le virus à se développer". L'hypothèse à laquelle faisait donc référence Edouard Philippe ce mardi à l'Assemblée nationale.

"C'est une des grandes questions qui est mise en exergue sur ce type d'infections", confirmait Frédérique Altare, immunologiste et directeur de recherche à l'INSERM au micro de BFMTV ce mardi. Et d'expliquer: "Au minimum, on produit des anticorps. Et sur certaines pathologies comme celles-ci, qui est très liée à une réponse inflammatoire exagérée, il y a un risque qu'en plus de cibler le virus, certains anticorps participent à aggraver l'inflammation", ce qui nous rendrait ainsi plus vulnérable à "l'entrée du virus dans nos cellules".

Une théorie basée sur aucun "argument scientifique"

Une théorie néanmoins balayée d'un revers de la main par le directeur de la Santé Jérôme Salomon lors de sa conférence de presse quotidienne ce mardi soir. "Il n'y a pas aujourd'hui d'argument scientifique" pour dire que "des anticorps nous fragiliseraient", a-t-il affirmé face à la presse.

"Ce à quoi faisait référence le Premier ministre, c'est qu'on peut avoir des anticorps protecteurs ou pas, facilitateurs ou pas. Et dans certains cas, et ce n'est pas le cas et ça n'est pas démontré pour les infections de type Covid, il y a ce qu'on appelle "les anticorps facilitants". Les Français et Françaises connaissent la dengue (maladie tropicale transmise par la piqûre d’un moustique), mais c'est un modèle très différent. On n'a pas aujourd'hui d'argument scientifique qui valide cette hypothèse", a conclu le directeur général de la Santé.
Jeanne Bulant