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Covid-19: le couvre-feu a-t-il fait ses preuves pour limiter l'épidémie?

Instauré en métropole au mois d'octobre, le couvre-feu a permis de juguler quelque peu la circulation de l'épidémie, mais les chiffres ne permettent pas d'analyser précisément son impact.

Cela fait dix jours que le couvre-feu à 18 heures est entré en vigueur dans certains départements de France. Alors que l'épidémie de Covid-19 se propage à nouveau de façon inquiétante, une généralisation de cet horaire à tout le territoire est devenue l'une des pistes envisagées par le gouvernement, avec pour objectif de limiter au maximum les interactions sociales à la sortie du travail.

Serait-ce à dire que ce couvre-feu aurait fait ses preuves et qu'il serait préférable, d'un point de vue sanitaire, au retour du confinement? Selon Alain Ducardonnet, consultant santé de BFMTV, il y a aujourd'hui "match nul" entre les taux d'incidence constatés dans les zones où le couvre-feu est resté à 20 heures, depuis sa mise en place en octobre, et celles où il a été avancé à 18 heures.

"Ça veut dire que ce n'est pas significatif, mais ça pourrait quand même vouloir dire que si ça ne bouge pas trop, ça n'a pas augmenté comme on le craignait, donc c'est peut-être un élément positif", avance-t-il ce mardi.

Le cas guyanais

Invité de BFMTV-RMC ce lundi, l'épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique, estime pour sa part qu'il y a "beaucoup d'arguments pour dire que le couvre-feu est efficace". Pour l'étayer, le spécialiste s'appuye notamment sur l'exemple guyanais. Dans le département, où l'épidémie a été hors de contrôle, le couvre-feu à 18 heures a été instauré dès juin 2020 et ses effets ont été plutôt concluants.

Il évoque par ailleurs une étude publiée en décembre par Santé publique France indiquait que le couvre-feu de 20 heures a été efficace, amenant une diminution de 15 à 20% du taux de positivité à la maladie.

"La vrai question, c'est: est-ce que (ce couvre-feu) sera suffisant ou est-ce qu'il faut aller plus loin?", s'interroge Alain Ducardonnet.

Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon de Paris, a appelé ce lundi à prendre le temps d'analyser les effets des restrictions déjà en vigueur.

"Attendons l'efficacité d'une mesure avant de passer à une autre mesure, parce que c'est inaudible pour ceux qui nous regardent. (...) Pour l'instant, il n'y a pas un taux de remplissage (des hôpitaux, NDLR) qui nécessite une décision aujourd'hui. (...) Voyons l'effet des périodes, et il y a eu un effet du couvre-feu d'octobre", abonde-t-il.

L'impact de l'horaire difficile à analyser

Car il demeure un bémol, qui est la difficulté à analyser précisément les bienfaits du couvre-feu, a fortiori celui de 18 heures, trop récent pour permettre l'obtention de données fiables. D'après L'Express, les chiffres de la plateforme Covid-Tracker ne font pas état, pour l'heure, de changements significatifs dans la propagation du virus.

Certaines personnalités du secteur médical se montrent sceptiques. "Je ne suis pas sûr que ce soit très efficace", déclarait par exemple le chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, Eric Caumes, samedi sur France Info. Même topo de la part de l'épidémiologiste Catherine Hill.

"Un couvre-feu avancé à 18 heures ne changera grand-chose. Cela va embêter les gens et ne va pas beaucoup réduire le nombre de personnes qui se croisent, et qui se contaminent", affirmait-elle fin décembre dans Le Parisien.
Jules Pecnard Journaliste BFMTV