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Covid-19: la communauté scientifique divisée sur l'utilité du port du masque en extérieur

Des piétons équipés de masques rue Montorgueil, dans le centre de Paris, le 2 novembre 2020

Des piétons équipés de masques rue Montorgueil, dans le centre de Paris, le 2 novembre 2020 - Ludovic MARIN © 2019 AFP

Le département des Alpes-Maritimes a assoupli ce mardi le port du masque en extérieur. Une règle sanitaire qui fait débat au sein des experts en santé publique, alors qu'Olivier Véran a indiqué espérer la levée des gestes barrières "cet été" en France grâce à la vaccination.

Aux Parisiens le masque sur le visage, aux Niçois le masque (presque) dans la poche. En annonçant la levée du port obligatoire du masque sur les plages, le long du littoral et dans les espaces verts, le département des Alpes-Maritimes a relancé malgré lui le débat autour de l'utilité de ce geste barrière à l'air libre face au Covid-19.

Interrogé ce mardi matin sur une éventuelle levée de cette obligation partout dans le pays, Olivier Véran dit "sincèrement" espérer qu'elle puisse avoir lieu "cet été", à condition cependant que la couverture vaccinale soit assez importante au sein de la population française.

"Je ne peux pas vous donner de date aujourd'hui [...] mais je peux vous promettre que quand la date qui nous permettra d'envisager sereinement la fin des gestes barrières, de nous retrouver, d'enlever la distanciation sociale, d'enlever le masque, sera arrivée, nous n'attendrons pas 24h, nous le dirons immédiatement", a déclaré le ministre de la Santé.

"Vous avez la possibilité d'être contaminé, mais ça reste assez rare"

Au-delà des considérations politiques, la question du port du masque en extérieur divise les experts en santé publique. Patrick Berche souligne que s'il y a effectivement "peu de chances de se contaminer" en extérieur, certaines situations obligent les individus à porter le masque.

"S'il y a un rassemblement, s'il y a des gens qui se côtoient à moins d'un mètre. Vous avez la possibilité d'être contaminé, mais ça reste assez rare", évoque sur notre antenne le membre de l'Académie de médecine.

"Utilisons-le de façon raisonnable"

Pour Yves Coppetiers, le risque est effectivement "très faible" à l'air libre. Le professeur de santé publique avance donc l'idée de garder le masque en poche et de le sortir "au bon moment", dans des situations de foules où la distance de sécurité ne peut être respectée, ou bien lors d'un contact étroit avec une personne pendant plus de quinze minutes.

"Le masque est un excellent outil de protection individuelle et collective, mais utilisons-le de façon raisonnable, ne le généralisons plus parce qu'à un moment donné, l'adhésion ne sera plus favorable", considère l'épidémiologiste, qui estime que le masque entraîne "un climat anxiogène".

Imad Kansau en appelle quant à lui au "bon sens" de chacun. Infectiologue à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart, s'il reconnaît qu'il n'y a "pas de crainte" en général à l'extérieur, il précise cependant que le taux de vaccination actuel n'autorise pas de relâchement.

"On ne peut pas dire qu'il n'y a pas de transmission dehors"

Enrique Casalino est beaucoup plus catégorique. Dans un contexte où le taux d'incidence reste très élevé en France (245 cas par semaine pour 100.000 habitants) que le nombre de personnes en réanimation s'élève à plus de 5500 patients, le directeur médical de l'hôpital Bichat à Paris ne croit pas que cet appel à enlever nos masques dehors "soit le bon signal".

"Le masque est un symbole de respect, je porte le masque parce que je vous respecte. Même s'il y a beaucoup moins de transmission à l'extérieur, on ne peut pas dire qu'il n'y en a pas", ajoute l'infectiologue sur BFMTV.

Même son de cloche du côté du médecin généraliste Michel Chassang, président d'honneur de la Confédération des syndicats médicaux. Sur BFMTV, il a appelé à "être extrêmement prudent". "Le port du masque, il est aussi symbolique. Il vous rappelle qu'on est toujours en période de crise épidémique. On a besoin, les uns et les autres, d'un rappel permanent".

Un assouplissement possible, mais sous conditions

S'il semble trop tôt pour décider d'une telle mesure, qu'en sera-t-il cet été? Pour le Pr Antoine Flahault, la possibilité de ne plus porter le masque en extérieur est tout à fait concevable, mais à une autre condition que celle fixée par le ministre de la Santé: "c'est qu'on fixe un niveau de circulation minimale du virus".

"Si on est à moins de 1000 cas par jour en France, alors on pourra se dire qu'on peut enlever le port du masque, d'autant plus que beaucoup de gens seront vaccinés", répond le directeur de l'Institut de santé globale de l'université de Genève à BFMTV.com. "Il faut que soient fixés des objectifs ambitieux de baisse de circulation du virus [...] Avec 30.000 ou 15.000 cas par jour, je dirais qu'on ne peut pas enlever le masque".

Patrick Berche se montre encore plus prudent et estime qu'il faudra continuer - y compris pour les personnes vaccinées - d'appliquer l'ensemble des gestes barrières tout au long de l'été, afin d'éviter une reprise épidémique lors de la rentrée de septembre.

"Il faut rappeler qu'on est loin d'en avoir terminé avec cette pandémie", avertit le microbiologiste, "ce qu'il ne faut pas, c'est faire passer le message que tout est terminé, que la vie va recommencer comme avant et immédiatement. Cela serait catastrophique".
Hugues Garnier Journaliste BFMTV