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Covid-19: face au variant Delta, les mesures locales prônées par Jean Castex sont-elles suffisantes?

Des personnes masquées en extérieur (photo d'illustration).

Des personnes masquées en extérieur (photo d'illustration). - LOIC VENANCE / AFP

Plusieurs départements ont déjà annoncé le retour du masque en extérieur face à la flambée de cas locaux.

Une prise de parole pour pas grand-chose? Invité ce mercredi au JT de 13h de TF1 au terme d'un nouveau Conseil de défense, Jean Castex a une fois de plus prévenu les Français que la situation sanitaire du pays se dégradait et qu'il convenait alors d'agir vite. Pourtant, malgré cet inquiétant état de fait, l'homme fort de Matignon s'est refusé à annoncer des mesures nationales fortes en attendant la future extension du pass sanitaire aux bars, restaurants et transports de longue distance, censée entrer en vigueur début août.

Pour l'heure, le Premier ministre a souligné que les mesures de freinage devaient se faire au niveau local, notamment avec le "port du masque, qui peut être soit généralisé sur un département, soit sur certaines zones où les concentrations de population sont fortes." Plusieurs départements particulièrement touchées, dont les Alpes-Maritimes ou encore la Haute-Corse, ont ainsi imposé de nouveau le port de cette protection dans certaines zones.

"Les mesures de freinage, c'est par exemple le port du masque, fermer certains établissements recevant du public (ERP) à partir de 23h. Ce sont des mesures que l'on connaît, mais que nous adaptons à la réalité des situations", a-t-il martelé.

"Le port du masque avec l’aération des milieux clos et la vaccination, ce sont les mesures les plus efficaces pour freiner la transmission et contrôler l’épidémie sans arrêter la société, réagit Anne-Claude Crémieux, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis à Paris, membre de l'Académie de médecine, ce jeudi sur RTL. "Tant qu’on n’aura pas de couverture vaccinale, ce sera utile, c’est la mesure de transitions."

"Impact non négligeable"

Mais est-ce bien suffisant? Interrogée par le quotidien Le Figaro, Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier, estime que des mesures locales sont porteuses "d'optimisme pour cet été".

"Les actions locales pourront avoir un impact non négligeable sur l’épidémie, d’autant que la circulation du virus est très hétérogène sur le pays. Tout le littoral, qui a été relativement épargné lors des premières vagues, est particulièrement exposé", explique-t-il.

De l'avis de plusieurs professionnels de la santé, ces mesures locales restent d'ailleurs le meilleur compromis entre lutte contre la propagation du variant Delta du coronavirus et la possibilité de ne pas faire replonger la population française dans des mesures coercitives trop fortes.

Auprès du même quotidien Samuel Alizon, directeur de recherche au CNRS, spécialiste en modélisation des maladies infectieuses, appelle par ailleurs à "investir dans les agences régionales de santé pour la mise en place d’un suivi plus efficace des cas contacts ainsi que dans la ventilation et l’aération des lieux publics".

"L'histoire prouve qu'on nationalise les mesures"

La stratégie localisée sera-t-elle pour autant tenable sur la durée, alors que l'épidémie flambe de plus en plus largement dans le pays, se déployant de plus en plus au-delà des seules zones touristiques? Dans 52 départements, le seuil d'alerte - fixé à 50 de taux d'incidence - est désormais dépassé. Quatre d'entre eux (la Martinique, les Pyrénées-Orientales, la Haute-Corse et l'Hérault) ont par ailleurs déjà atteint les 200 d'incidence - seuil fixé par Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée pour des mesures de freinage - et les Alpes-Maritimes et la Charente-Maritime s'en approchent.

"Je ne suis pas sûr que cette territorialisation va durer longtemps, l’histoire prouve qu’on nationalise les mesures", avance à notre antenne Jean-Louis Teboul, chef de service médecine intensive et réanimation à l’hôpital Bicêtre dans le Val de Marne.

Sur ce sujet de la nationalisation des mesures, Antoine Flahaut, épidémiologiste et directeur de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève, estime dans les colonnes du Parisien que l'extension du pass sanitaire voulue par l'exécutif "revient à un confinement généralisé de tout le pays (...) tout cela sans couvre-feu généralisé ni ralentissement trop important des secteurs économiques concernés."

Selon lui, si les mesures proposées "suffisent à ralentir les contaminations, à augmenter la couverture vaccinale et éviter l’engorgement des hôpitaux", alors elles "auront été calibrées de manière proportionnée"

Pas "de mesures de freinage générales" dans l'immédiat

En tout état de cause, ce jeudi devant le Sénat, Olivier Véran a martelé qu'un confinement généralisé de la population française n'était absolument pas à l'ordre du jour.

"Le gouvernement ne souhaite pas et n'envisage pas à l'heure où je vous parle, de mesures de freinage générales pouvant aller au confinement", a confirmé le ministre de la Santé. "Nous souhaitons accentuer la campagne de vaccination et nous reposer sur les mesures liées au pass sanitaire", a-t-il poursuivi, avant d'assurer une nouvelle fois: "Nous ne sommes pas dans un scénario de marche rapide vers un confinement."
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV