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Covid-19: comment les marins-pompiers de Marseille traquent le virus dans les eaux usées en Moselle

Les militaires, spécialisés dans les prélèvements et l'analyse des eaux, sont venus prêter main forte à leurs collègues mosellans, confrontés à la flambée des variants brésilien et sud-africain.

La Moselle reste en état d'alerte. Depuis la prise de parole du ministre de la Santé
Olivier Véran jeudi passé, au cours de laquelle il faisait état de sa plus vive inquiétude quant à la forte circulation des variants brésilien et sud-africain du Covid-19 dans le département, différents moyens ont été mis en place.

Dimanche, une dizaine de marins-pompiers de Marseile ont été dépêchés sur place pour réaliser plusieurs prélèvements et analyses des eaux usées afin de cartographier les variants et aider à limiter la propagation.

Les Ehpad particulièrement surveillés

La venue des militaires phocéens est tout sauf un hasard. Ces derniers, spécialisés dans les prélèvements et l'analyse des eaux, seront une aide précieuse pour les pompiers locaux. À Marseille, grâce à 37 points et une analyse "quantitative" de l'eau, ils sont désormais capables de connaître la proportion de chaque variant dans les quartiers. C'est la première fois qu'ils exportent leur savoir-faire en matière de traque du Covid.

Ils ont en premier lieu ciblé les Ehpad. Les premiers, ceux qui n'ont pas eu de cas depuis deux ou trois semaines, ont reçu la visite des militaires marseillais et leurs deux véhicules siglés, le premier avec la mention "Comète" (Covid-19, Marseille, environnement, testing) et le second frappé des lettres "CMIB" (cellule mobile intervention biologique).

Combinaison blanche, gants bleus et masque, un pompier a ainsi prélevé un échantillon de 250 ml d'eau dans les canalisations, ensuite ramené au siège du SDIS 57.

"Un moyen d'anticiper"

"À partir du moment où on a fait le prélèvement, on s’est assuré que le collecteur de l’Ehpad était bien exclusif à l’Ehpad. On va ramener notre échantillon au laboratoire, 45 minutes d’analyse nous permettra de savoir si il y a présence de Covid ou pas dans les eaux usées", explique auprès de BFMTV le maître principal Eric, chef du groupe d’experts prélèvements-analyses de la cellule Comète.

"Les Ehpad, de par leur fonctionnement, sont des lieux sensibles. Pouvoir prélever dans les eaux usées de sortie de ces Ehpad, faire les tests Covid ensuite, c’est aussi un moyen d’anticiper, toujours avec une semaine d’avance par rapport à l’éventuelle positivité des résidents ou des personnels" complète sur BFMTV Olivier Delcayrou, sous-préfet de Metz et secrétaire général de la préfecture de la Moselle.

"S'il y a des éléments positifs, on alerte. On peut faire du 'surfacing', étage par étage car une personne contaminée laisse des traces. On peut aller jusqu'à la porte", a ajouté le maître principal Éric.

Analyse "quantitative" de l'eau

Toujours dans un souci d'anticiper l'évolution des variants du coronavirus, les marins-pompiers auront comme objectif de réaliser "une cartographie la plus précise possible de l'ensemble du département", explique le sous-préfet. Pour cela, des prélèvements seront également réalisés dans des écoles et stations d'épuration.

De premiers prélèvements sur huit grandes stations d'épuration, soit au total une vingtaine d'échantillons, ont été envoyés en avion spécial à Marseille pour analyses afin de déterminer les taux de Covid-19 mais aussi la proportion des variants", dont la prolifération actuelle, notamment celle du sud-africain, inquiète dans le département, reprend Éric.

"Les premiers résultats sont attendus dans la nuit", a indiqué lundi à l'AFP Olivier Delcayrou.

La mission des marins-pompiers dans l'Est concerne enfin les écoles, dont les élus mosellans avaient réclamé vendredi en vain au ministre de la Santé Olivier Véran la fermeture, une semaine avant les vacances officielles.

"Il y aura des prélèvements toujours avec l'idée qu'on peut être en anticipation des contaminations humaines. On peut avoir des traces sur les surfaces avant même que les personnes ne soient positives", a fait valoir Olivier Delcayrou.

Une mission de trois jours renouvelables

Les marins-pompiers de Marseille, qui disposent d'une des cinq cellules opérationnelles spécialisées NRBC (nucléaire radiologique biologique chimique) de France, ont débuté les recherches du Covid-19 en mars 2019.

C'est leur commandant, le contre-amiral Patrick Augier, qui "a eu l'idée de demander s'il n'était pas possible pour nous d'analyser le Covid alors que nous pouvions (déjà) analyser des armes biologiques (peste, choléra...). La réponse a été oui", a raconté le maître principal Eric, précisant que "les premières analyses avaient porté sur les surfaces et l'environnement". Les eaux usées sont venues ensuite.

Leur mission dans l'Est est de trois jours renouvelables. Il est prévu que leurs collègues mosellans "partagent l'expérience" afin de poursuivre les tests dans le département qui va bénéficier d'une dotation exceptionnelle de 30.000 doses de vaccins supplémentaires pour les soignants et les plus de 75 ans, a annoncé la préfecture.

En France, la technique des marins-pompiers marseillais intéresse de plus en plus leurs collègues. C'est notamment le cas du Morbihan, où les sapeurs-pompiers "ont commencé à être formés".

"C'est bien que ce travail revienne à la Sécurité civile car c'est différent de l'aspect médical. Nous, on ne voit pas ça comme un maladie mais comme une menace. Notre approche est différente", a insisté l'expert en prélèvements.
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV