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Covid-19: après le variant britannique, la France inquiète face à la souche sud-africaine

Une laborantine en Afrique du Sud le 5 janvier 2021.

Une laborantine en Afrique du Sud le 5 janvier 2021. - Luca Sola

Après la découverte d'une nouvelle souche britannique du Covid-19, une autre mutation qui a émergé en Afrique du Sud a été identifié dans une vingtaine de pays du monde, dont la France.

La France est engagée dans "une course de vitesse" face aux nouveaux variants britannique et sud-africain du coronavirus, a mis en garde ce mardi Jean-François Delfraissy sur TF1. Au cours de cette interview, le président du Conseil scientifique a également appelé à "restreindre de façon drastique les relations entre la France et l'Afrique du Sud", où circule un autre variant, connu sous le nom de 501Y.V2.

Ce nouveau variant du Covid-19, identifié en octobre dernier par des chercheurs en Afrique du Sud, ne semble pas causer de formes plus graves de la maladie, mais les scientifiques s'inquiètent qu'il soit plus contagieux et moins facile à combattre. En date de mercredi, trois cas de ce nouveau variant ont été identifiés sur le sol français.

Une mutation plus virulente?

"Est-il plus virulent? On ne sait pas", a déclaré Lila Bouadma, réanimatrice à l'hôpital Bichat à Paris, également membre du Conseil scientifique, ce mercredi sur France Inter. "On est dans une course de vitesse, il faut vacciner le plus de gens, le plus vite possible". Le président du Conseil scientifique, lui-aussi, redoute que cette mutation soit "un peu plus toxique" encore que le variant britannique.

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui a convoqué un comité d'urgence pour débattre des variants ce jeudi, indique désormais que le variant sud-africain a été formellement identifié dans au moins 20 pays du monde. Un chiffre probablement sous-estimé, selon l'OMS.

Houriiyah Tegally, une bio-informaticienne de 27 ans qui mène des travaux de surveillance en génomie au sein de l'équipe à l'origine de l'identification du variant sud-africain, explique à l'AFP que cette variante du Covid est inquiétante dans le sens où elle "s’impose de plus en plus dans les données sur l’Afrique du Sud".

"Nous n’avions pas vu de croissance semblable avant", pointe-t-elle encore. "Au début, il représentait 20% des échantillons, ensuite 30, puis 40. Aujourd’hui, il représente 60 à 75% des cas positifs en Afrique du Sud. C'est une courbe rapide".

"Ce variant est assez similaire au variant anglais: donc extrêmement contagieux, même si on a pas encore de chiffres précis là-dessus", explique également sur BFMTV Valérie Hirsch, journaliste indépendante à Johannesburg. "On voit tout de même les dégâts. Il est apparu en octobre, on avait alors environ 2000 nouveaux cas par jour. Aujourd'hui, on est entre 14.000 et 20.000 cas quotidiens".

Risque de réinfection, efficacité du vaccin...

À l'antenne de BFMTV, Valérie Hirsch explique ainsi que face à ce variant, les hôpitaux de grandes villes sud-africaines telles que Pretoria ou Johannesburg sont débordés. "Face à l'afflux de patients, ils ont été obligés d'installer des lits sur le parking à l'extérieur pour accueillir des patients sous oxygène, car il n'y avait plus de place dans les tentes déjà installées", rapporte-t-elle.

La scientifique Houriiyah Tegally, interrogée par l'AFP, dit craindre que "ce nouveau variant (puisse) présenter un plus fort risque de ré-infection. Nous attendons d'avoir davantage d'éléments mais c'est une réelle inquiétude". Par ailleurs, il n'est pas absolument certain que les vaccins développés jusqu'alors soient efficaces contre cette mutation du virus.

Elle se veut toutefois rassurante. "Pfizer a publié des données indiquant que son vaccin fonctionne, mais il s'agissait d'une expérience très limitée. Nous avons toutefois bon espoir car les vaccins sont censés être à large spectre mais pour l'instant nous devons encore attendre et voir."

"Même si vous baissez en efficacité, vous allez normalement toujours avoir une neutralisation du virus", abondait auprès de l'AFP Vincent Enouf, du Centre national de référence des virus respiratoires de l'Institut Pasteur à Paris.

Face à l'émergence de nouveaux variants, plusieurs laboratoires ont assuré qu'ils étaient capables de fournir rapidement de nouvelles versions de leur vaccin si besoin était.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV