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Coronavirus: une nouvelle étude pointe l'inefficacité de l'hydroxychloroquine

Une méta-analyse publiée ce jeudi révèle que l'hydroxychloroquine n'aurait pas d'efficacité contre le Covid-19. La prise combinée d'hydroxychoroquine et d'azithromycine augmenterait même significativement le risque de mortalité.

Une nouvelle méta-analyse réalisée par l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), publiée ce jeudi dans la revue scientifique Clinical Microbiology and Infection, pointe du doigt l'inefficacité de l'hydroxychloroquine pour lutter contre le Covid-19. Selon cette nouvelle étude, combiner cet antipaludéen à de l'azithromycine (un antibiotique) augmente même le risque de mortalité.

"On peut penser qu'il n'y aurait pas d'efficacité de ce médicament pour traiter les patients atteints de Covid-19 (...) et il pourrait même augmenter le risque de mortalité cardiaque avec l'ajout d'azithromycine", confirmait ce jeudi sur BFMTV l'épidémiologiste Thibaut Fiolet, l'un des auteurs de cette étude et doctorant en santé publique à l'Inserm.

La mortalité des patients "traités avec de l'hydroxychloroquine est la même que chez ceux qui n'en ont pas reçu", assure lui aussi Nathan Peiffer Smadja, infectiologue à l'hôpital Bichat à Paris. "Donc on peut aujourd'hui dire il n'y a pas d'effet de l'hydroxychloroquine sur la mortalité. Et quand on regarde les patients traités par association d'hydroxychoroquine et d'azithromycine, on constate une augmentation significative, de 27%, de la mortalité de ces patients", ajoute-t-il, sur notre antenne.

L'hydroxychloroquine définitivement enterrée?

Une méta-analyse, détaille Thibaut Fiolet, "permet de répondre à une question de recherche. Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs de l'Inserm disent avoir "combiné les résultats de différentes études indépendantes afin d'avoir une vue globale sur l'hydroxychloroquine".

"Plusieurs études internationales ont été rassemblées pour réaliser cette méta-analyse", explique également le Dr Nathan Peiffer Smadja au micro de BFMTV. "On a été cherché toutes les études qui comparent des patients traités par hydroxychloroquine, avec ou sans azithromycine". "Et après avoir cherché dans toutes les bases de données médicales, on a obtenu 29 études" comparables.

"Le niveau de preuve le plus élevé, c'est la méta-analyse"

Dans les cas où il existe des études scientifiques et médicales "discordantes ou contradictoires, le niveau de preuve le plus élevé, c'est ce qu'on a conduit ici, c'est-à-dire une méta-analyse", défend le Dr Nathan Peiffer Smadja, car "elle permet de voir l'effet global de la molécule sur un très grand nombre de patients".

"À un moment, il faut pouvoir dire de façon fiable et scientifiquement prouvée, qu'un traitement est plus efficace qu'un autre, et cela passe nécessairement par des comparaisons entre des groupes qui peuvent se comparer", affirme encore l'infectiologue.

Le médecin explique que pour réaliser une méta-analyse, les chercheurs hiérarchisent les différents types d'études selon des critères bien définis. Le Dr Nathan Peiffer Smadja tient à distinguer les études observationnelles des études randomisées contrôlées.

"Une pierre de plus à l'édifice"

"Ce n'est pas du tout la même nature de données", souligne cet infectiologue d'un grand hôpital parisien. "Les études observationnelles sont tout en bas de l'échelle de la pyramide de la décision médicale, alors que les essais randomisés se trouvent tout en haut de la pyramide de la médecine fondée sur des preuves".

"Les études observationnelles telles que le décrit le professeur Raoult sont des études génératrices d'hypothèses, qui interviennent à la face précoce d'une infection mais qui sont ensuite tranchées par les résultats des études randomisées contrôlées", développe ce médecin.

"On est pas encore complètement sûrs", nuance toutefois Thibaut Fiolet à notre micro, car les conclusions de cette méta-analyse doivent encore être confirmées. "C'est une pierre de plus à l'édifice dans ce faisceau d'études sur l'hydroxychloroquine", conclut-il.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV