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Coronavirus: parler fort ne projetterait pas les postillons plus loin, selon une étude

Des habitants de Hong Kong équipés de masques (photo d'illustration)

Des habitants de Hong Kong équipés de masques (photo d'illustration) - Anthony Wallace-AFP

Faut-il parler tout bas pour éviter de transmettre le SARS-CoV-2? Selon une étude à paraître menée par des chercheurs français, la réponse est non.

Chanter ou parler fort émettrait-il davantage de postillons? Ce n'est pas le point de vue d'une équipe de chercheurs français. "Il y a matière à rassurer", déclare à BFMTV.com Antoine Giovanni, directeur de l'équipe physiologie et organisation de la parole du laboratoire parole et langage du CNRS.

Ce professeur d'ORL est l'auteur d'une étude sur la transmission potentielle par la parole des molécules infectieuses, comme le covid-19. Réalisée pendant le confinement, elle est en cours d'expertise en vue de sa publication dans une revue spécialisée.

"Nous nous sommes demandé s'il était vrai que nous projetions plus de particules en parlant fort, comme l'a évoqué une récente étude britannique (ces chercheurs avaient fait parler une personne dans une boîte fermée à l'intérieur de laquelle était projeté un laser). Avec quelle puissance ces gouttelettes sont-elles expulsées? Diffère-t-elle selon leur taille?"

Gros et petits postillons

Selon Antoine Giovanni, si parler fort envoie bel et bien plus de particules, elles ne sont cependant pas projetées beaucoup plus vite ni beaucoup plus loin que celles émises par la respiration. "Nous avons travaillé sur la vitesse et l'écoulement du flux. Pour visualiser cet écoulement, nous avons coloré le nuage du locuteur", explique-t-il. Grâce aux images, il a ensuite pu calculer les vitesses d'écoulement de l'air, contenant potentiellement des micro-gouttelettes contaminantes du SARS-CoV-2.

Extrait de la vidéo montrant la visualisation de l'écoulement d'air dans la production de voix et de parole
Extrait de la vidéo montrant la visualisation de l'écoulement d'air dans la production de voix et de parole © Antoine Giovanni

Le chercheur distingue ainsi les grosses particules (plus de 100 microns) à la trajectoire balistique - "comme une pierre" - qui tombent au sol devant le locuteur, des petites (moins de 10 microns, soit 0,001 cm) "dont la trajectoire est celle de l’air qui les porte". Ces dernières, freinées par l'air ambiant, ne seraient donc propulsées loin "que si la vitesse d'écoulement est très grande", précise le scientifique.

"Nos données confirment que l'émission vocale est beaucoup plus lente qu'une expiration ample, qui est elle de 1 à 1,8m/s. Elle est ainsi de l'ordre de 35cm/s pour les voyelles, le flux d'air étant freiné par la vibration des cordes vocales. Elle peut monter jusqu'à 1m/s pour les consonnes obstruantes, comme le "t", qui peuvent entraîner des postillons un peu plus loin mais pas beaucoup plus loin en cas de voix forte."

En clair, l'air s'écoule plus lentement lorsque l'on parle que lorsque l'on respire profondément, ce qui projette donc potentiellement moins loin les micro-gouttelettes. Le chercheur a également comparé les vitesses d'expiration d'une parole classique (0,35 à 0,8 m/s), d'une parole forte (0,6 à 0,9 m/s) et d'une parole chuchotée (0,7 à 1,2 m/s), plus rapide que les autres. 

L'articulation joue plus que l'intensité

Ce spécialiste de la parole s'est aussi intéressé à la trajectoire de ces gouttelettes et s'est demandé si les chanteurs aérosolisaient davantage. "Si, pour eux, l'écoulement est plus rapide par la parole que par la respiration simple et qu'ils produisent plus de particules, elles ne sont pas projetées plus loin même s'ils aérosolisent un peu plus", ajoute Antoine Giovanni. 

Extrait de la vidéo montrant la visualisation de l'écoulement d'air dans la production de voix et de parole
Extrait de la vidéo montrant la visualisation de l'écoulement d'air dans la production de voix et de parole © Antoine Giovanni

Pour Antoine Giovanni, la rapidité de l'écoulement sur les consonnes n'a donc "aucun rapport" avec l'intensité de la voix mais avec la précision de l'articulation. Conclusion: les projections émises par la parole ne correspondent en rien à celles d'un l'éternuement ou d'une toux, de l'ordre de 5 à 10m/s.

"Il n'y a donc pas de raison de penser que la pratique de la voix forte, rééducation orthophonique, théâtre, ou chant entraîne davantage de grosses particules contaminantes droit vers le public."

En clair, un chanteur d'opéra ne couvrira pas de postillons la tête des spectateurs présents dans la salle, y compris au premier rang. 

Céline Hussonnois-Alaya