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Coronavirus: quels sont les signes de reprise qui inquiètent les autorités?

Un biologiste pratique un test coronavirus dans un drive-in à Plabennec (ouest), le 20 juillet 2020

Un biologiste pratique un test coronavirus dans un drive-in à Plabennec (ouest), le 20 juillet 2020 - Fred TANNEAU © 2019 AFP

Entre la multiplication des clusters, des cas positifs, et l'augmentation du "R effectif", l'application des gestes barrière ainsi que le port du masque semblent plus que jamais des prérogatives nécessaires afin d'éviter une seconde vague de coronavirus en France.

Plus de deux mois après le déconfinement total du pays, l'épidémie connait-elle un sursaut en France? Depuis maintenant plusieurs jours, plusieurs signaux inquiétants ont été relevés par les autorités sanitaires et les contaminations se multiplient à forte allure dans plusieurs départements, dont la Mayenne et le Finistère, particulièrement surveillés.

· Des chiffres qui inquiétent

Principal motif de préoccupation, le nombre d'individus contaminés en France, qui ne cesse d'augmenter ces derniers jours. Ainsi, pour la simple journée de vendredi, 1062 cas supplémentaires ont été relevés soulignait la Direction générale de la Santé. Sur une semaine, ce sont ainsi 3589 nouveaux cas qui ont été recensés, soit une augmentation de 27% en seulement sept jours.

Si cette augmentation soudaine peut s'expliquer par des tests de plus en plus fréquents sur l'ensemble du territoire. Pourtant, depuis maintenant quelques jours, le nombre de cas détectés progresse plus vite que le nombre de tests effectués, signe de la virulence du virus. De son côté, le taux d'occupation des lits en réanimation ne baisse plus et est aujourd'hui plus ou moins égal à celui observé début juin.

"On revoit des malades à l’hôpital ce qui n’était plus le cas. On voit des gens qui se font dépister avec 2% de cas positifs", explique à BFMTV Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches, dans les Hauts-de-Seine.

Des chiffres préoccupants? "Oui, et il faut changer de stratégie et tester massivement la population, estime l'épidémiologique Catherine Hill à l'antenne de BFMTV.

"Il faut tester là ou le virus circule. A Pékin il y a eu une résurgence, 22 millions de personnes ont été confinées et testées pour 2.300.000 cas positifs. Résultat, il n'y a plus de cas à Pékin, et en France, on ne contrôle pas l'épidémie", poursuit-elle.

Un fait corroboré par la Direction générale de la Santé, qui dans ses derniers bulletins fait part d'une "nette augmentation du R à 1,3", ce qui signifie qu'une personne infectée en contamine en moyenne plus d'une. Au-delà de 1, il est admis par les autorités sanitaires que l'épidémie repart.

· Multiplication des clusters

Autre point minutieusement observé ces derniers jours, l'augmentation significative des foyers épidémiques, également appelés "clusters", qui sont au nombre de 581 sur l'ensemble du territoire, soit 11 de plus en l'espace de seulement 24h. Comme le rappelle Le Parisien, toutes les régions métropolitaines sont désormais touchées et de nombreux régions frontalières, dont la Flandre et la Catalogne, atteignent elles aussi un seuil préoccupant.

Exemple frappant, ces 13 personnes testées positives à Quiberon, dans le département du Morbihan, après des soirées dansantes dans un bar de la ville. L'établissement a été fermé pour deux mois par arrêté préfectoral et toutes les personnes l'ayant fréquenté entre le 13 et le 19 juillet doivent se faire dépister.

Toujours en Bretagne, les résidents de l'Ehpad Alexis Julien, situé à Ploudalmézeau ont dû être reconfinés afin d'éviter tous risques. En ce qui concerne cette région, qui a le taux de reproduction le plus élevé du pays, plusieurs explications existent quant à la circulation massive du Covid-19.

"Aucune immunité collective, c’est une forêt vierge qui demande à s’enflammer. Ce sont des zones moins impactées par la première vague et ils ont des gestes barrière moins forts", explique auprès de BFMTV le Dr Martin Blachier, médecin de santé publique.

· Un déconfinement raté?

La question peut légitimement se poser à l'analyse des dernières avancées du coronavirus sur le territoire français. Bien que le masque soit désormais obligatoire dans les lieux publics clos, plusieurs spécialistes s'interrogent sur l'inaction des pouvoirs publics français.

"Nous avons effacé une bonne partie des progrès accomplis dans les premières semaines du déconfinement", estime de son côté la Direction générale de la Santé.

Pour Catherine Hill, le problème actuel résiderait dans un mauvais ciblage des tests effectués depuis la fin du confinement.

"On n’a pas profité du confinement et de sa sortie pour chercher à trouver tous les porteurs. On s’est concentré sur les foyers, trois cas assez proches dans le temps et qui ont un lien entre eux. Mais toute la circulation qui ne correspond pas à ces foyers n’a pas été fait et le virus continue de circuler", estime-t-elle.

Selon Banjamin Davido, "on n'a pas été assez loin dans les enjeux de ce Covid-19, et sur le fait qu'il va durer encore longtemps." Pour autant ,ce dernier assure que la France n'en est actuellement pas au même point qu'avant le confinement.

"On a appris qu’il fallait dépister massivement. Sur les premiers malades, on renvoyait les gens à la maison et il n’y avait pas d’enquête", conclut-il.
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV