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Coronavirus: que signifie l'"urgence internationale" décrétée par l'Organisation mondiale de la santé?

Cette alerte n'a été déclenchée que cinq fois par le passée. Elle implique que l'épidémie actuelle est "grave", "soudaine", "inhabituelle" ou bien "inattendue". Tous les pays membres de l'OMS sont également appelés à être les plus transparents possible et à endiguer la propagation de ce coronavirus.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré jeudi l'urgence internationale face à l'épidémie du nouveau coronavirus apparu en décembre, dont le bilan s'est alourdi à 213 morts en Chine alors que les cas de contamination locale se multiplient dans le monde.

Cette "urgence de santé publique de portée internationale" - de son nom complet - est définie par le Règlement sanitaire international (RSI), révisé en 2005, et qui a force obligatoire pour les 196 pays membres de l'OMS. Le but de ce support juridique: "aider la communauté internationale à prévenir les risques graves pour la santé publique, susceptibles de se propager au-delà des frontières et de constituer une menace dans le monde entier et à y riposter", précise l'OMS.

Un événement "grave" qui a des répercutions internationales

Concrètement, l'OMS décrit cette urgence comme résultant d'un "événement extraordinaire qui constitue un risque pour la santé publique dans d’autres États en raison du risque international de propagation de maladies et qui peut requérir une action internationale coordonnée", ce qui est actuellement le cas pour l'épidémie de coronavirus.

Pour que ce dispositif soit mis en place, l'OMS précise que la situation doit ainsi être "grave", "soudaine", "inhabituelle" ou bien "inattendue". Elle doit également avoir des "répercutions sur la santé publique au-delà des frontières de l'Etat" initialement affecté, ici, la Chine. Si l'essentiel des contaminations ont été détectées en Chine continentale, 18 autres pays sont en effet touchés par ce virus de la famille du SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère), avec plus de 80 cas confirmés au total, selon l'OMS. Aucune personne n'est cependant morte en dehors de la Chine.

Une alerte décrétée par un comité d'urgence

Concernant l'épidémie actuelle, la décision de qualifier cet événement d'urgence de santé publique de portée internationale a été prise jeudi 30 janvier à l'issue d'une réunion d'un comité d’urgence composé d’experts internationaux. Pour décréter cette "USPPI", ces derniers se sont donc basés sur les règles et termes définis par le Règlement sanitaire international.

Ce comité d'urgence s'était déjà réuni précédemment en janvier, sans déclencher l'urgence internationale. Mais la situation a changé le 28 janvier lorsque les premiers cas de transmission du virus entre humains en dehors de la Chine, à savoir en Allemagne, au Japon et au Vietnam ont été déclarés. Ce qui implique que ce coronavirus pourrait potentiellement se développer à partir de nouveaux foyers.

Une alerte rarement déclenchée

L'OMS n'a jusqu'ici utilisé le terme d'"urgence de santé publique de portée internationale" que pour de rares cas d'épidémies nécessitant une réaction mondiale vigoureuse, dont la grippe porcine H1N1 en 2009, la poliomyélite en 2014, le virus Zika en 2016 et la fièvre Ebola, qui a ravagé une partie de l'Afrique de l'Ouest, en 2014 et 2018. C'est donc la sixième fois que cette alerte est décrétée.

Avec le déclenchement de cette USPPI, les Etats doivent s'engager à être les plus transparents possible avec l'OMS concernant l'évolution de la situation de l'épidémie dans ses frontières.

Le conseil d'experts a également demandé à tous les pays de renforcer leurs moyens pour lutter contre le virus et endiguer l'épidémie "notamment par une surveillance active, un dépistage précoce, l’isolement et la prise en charge des cas, la recherche des contacts et la prévention de la poursuite de la propagation", peut-on lire dans le compte-rendu de la réunion. L'OMS a par ailleurs le droit d'interroger ses pays membres sur les mesures qu'ils mettent en place.

Pas de réduction des liaisons avec la Chine?

Malgré le déclenchement de cette urgence de santé publique de portée internationale, l'OMS n'a pas appelé à restreindre les voyages internationaux ou les échanges commerciaux, et ce, sur les conseils du comité d'urgence. Ce dernier a expliqué dans un communiqué que ces restrictions à la circulation des personnes et des biens pendant une urgence de ce type peuvent être "inefficaces", perturber la distribution de l'aide et avoir des "effets négatifs" sur l'économie des pays touchés.

De nombreuses compagnies aériennes ont malgré tout annoncé la réduction drastique voire la suspension de leurs liaisons aériennes avec la Chine. Parmi elles, Air France, British Airways, Lufthansa et KLM (qui ont supprimé tous leurs vols jusqu'à nouvel ordre), ou encore Delta et American Airlines (qui ont diminué leur desserte).

Juliette Mitoyen