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Coronavirus: pourquoi l'épidémie progresse toujours en Guyane

5 clusters sont sous surveillance en Guyane.

5 clusters sont sous surveillance en Guyane. - AFP

La Guyane reste le seul département français à connaître une circulation active du virus. Des mesures, comme la fermeture des lieux de culte, ont été prises par les autorités pour lutter contre l'épidémie.

La Guyane fait figure d'exception dans ce tableau optimiste de la lutte contre l'épidémie de coronavirus en France. L'épidémie est désormais sous contrôle, selon le conseil scientifique, qui s'appuie notamment sur le fait que le R0, cet indicateur qui permet de quantifier le nombre de personnes infectées en moyenne par chaque malade, est désormais en dessous de 1 dans quasiment tous les départements (0,76) sauf en Guyane.

En Guyane, ce taux de reproduction du virus atteint 2,95, c'est-à-dire qu'un malade contamine près de trois personnes en moyenne, impliquant une circulation encore importante de la maladie. En comparaison, au pic de l'épidémie, le R0 avait atteint 2,8 en métropole. Santé publique France note dans son dernier point épidémiologique de jeudi que l'épidémie est "en progression" dans ce département, alors que le taux de positivité des tests est de 9,4% (contre 5 en métropole).

Le taux d'incidence, c'est-à-dire le nombre de nouveaux cas rapportés à la population pour 100.000 habitants, est de 20, soit un chiffre quatre fois plus important que la moyenne française. Le taux d’hospitalisation est en augmentation, alors que 589 personnes sont touchées par le virus depuis le début de l'épidémie, soit 33 nouveaux cas recensés en 24 heures dans ce département de près de 269.000 habitants. Santé publique France avance comme explication à cette situation la présence sur le territoire de "clusters encore particulièrement actifs", de "clusters familiaux" et de "cas sporadiques sur l'ensemble du territoire".

5 clusters sous surveillance

Le littoral est particulièrement touché par l'épidémie avec des cas à Cayenne, Rémire-Montjoly, Matoury, Montsinery-Tonnegrande, Macouria et Kourou et se traduit par l'apparition de clusters. Parmi eux, cinq sont sous surveillance. Dans la préfecture, la contamination s'est produite dans le secteur professionnel, à Matoury, Macaria et Kourou dans le cadre familial et à Rémire-Montjoly et Kourou, les clusters sont communautaires, précise l'Agence de santé régionale en Guyane. Le quartier de Rémire-Montjoly, dans lequel un cluster a été recensé, où vivent des communautés brésiliennes et haïtiennes, a été mis en quarantaine.

"Des mesures de gestion spécifiques sont mises en œuvre pour tenter de contenir les chaînes de transmission", précise l'agence de santé.

Les lieux de culte vont être à nouveau fermés dans 11 des 22 communes. "Il s'agit, dans les communes où le virus circule, en lien avec les responsables cultuels locaux, d'éviter des rassemblements nombreux et facteurs potentiels d'accélération de l'épidémie", a expliqué le préfet Marc Del Grande, mardi soir à l’AFP, estimant qu'il y avait une baisse de la vigilance depuis le 11 mai et le déconfinement.

Si les terrasses des bars et restaurants restent ouvertes, la vente d'alcool à emporter à partir de 18 heures est interdite, pour éviter les rassemblements. Les déplacements la nuit sont également interdits dans certaines communes du département. Huit militaires de la sécurité civile sont arrivés en Guyane pour venir en renfort dans la lutte contre l'épidémie.

La Guyane, seul territoire français en Amérique latine, est frontalière du Brésil, où l'épidémie de coronavirus est dramatique. Le Brésil est désormais le troisième pays le plus touché au monde en nombre de décès, avec plus de 34.000 morts et 614.000 cas confirmés. "Depuis le mois de mai, l’épidémie s’est développée en Amérique latine, et les cas importés du Brésil ont augmenté", confirme l'ARS guyanaise. A Haïti, deux mois après la détection des premiers cas, le personnel médical s'inquiète du déni dans lequel se trouve une majorité de la population, qui vient se faire soigner trop tard.

Justine Chevalier