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Coronavirus: les tests sérologiques sont-ils vraiment fiables dans la détection de la maladie?

Des plus en plus plébiscités, ces examens sanguins montrent pourtant certaines limites, notamment en ce qui concerne leur fiabilité et leurs effets sur les patients.

Les Français ont besoin d'être rassurés. En cette période de déconfinement pleine d'incertitudes, des patients font de plus en plus appel aux services de laboratoires privés afin de réaliser des tests sérologiques, basés sur l'analyse sanguine. Pas encore homologués par les autorités sanitaires, ces derniers permettent de savoir si une personne a contracté le coronavirus par le passé, notamment grâce à la présence d'anticorps. 

Et ces examens, qui ne sont à l'heure actuelle pas remboursés par la Sécurité sociale, sont un véritable succès. Dans un laboratoire, où BFMTV s'est rendu, et où le prix est fixé à 60 euros, près de 400 tests sont réalisés de manière quotidienne. De manière plus nationale, la fourchette de prix se situerait toutefois entre 30 et 40 euros. 

Le principe est simple, après une prise de sang, "un automate prend un échantillon et va doser les anticorps présents dans le sérum du patient", souligne le docteur Fabien Bianchi, docteur biologiste en charge de l'un de ces laboratoires. En principe, en plus de dire si le patient a été en contact avec le virus, ils sont également capables de confirmer la présence d'anticorps dans l'organisme, signe d'immunité. 

Attention au sentiment de fausse sécurité 

Pour autant, et malgré leur popularité, l'explosion des tests sérologiques doit être soumise à la plus grand vigilance. Comme le confie Alain Ducardonnet, consultant santé de BFMTV, qui y voit une opportunité "un tout petit peu financière", leurs résultats pourraient donner un sentiment de fausse sécurité. 

"Le vrai problème de ces tests, et on comprend bien l'impatience des Français, c'est qu'on peut avoir un aspect qui est faussement positif. On vous dit que vous êtes positif, que vous êtes protégé, alors que vous ne l'êtes pas. Vous n'allez plus vous protéger et il y a là un risque de contamination", explique-t-il. 

Dans sa réflexion, il est rejoint par Serge Gilberg, vice-président du Collège de la médecine générale, qui évoque quant à lui; sur notre antenne, un "dépistage sauvage." 

"Il y a des faux négatifs et des faux positifs, on est faussement rassurés, car on n'est pas sûrs d'être négatifs ou positifs, et donc pas sûrs d'avoir rencontré le Covid-19. Il y a des indications de la HAS (Haute autorité de santé, ndlr) pour l'utilisation des tests sérologiques, après deux PCR et qui est prescrite par le médecin. C'est un dépistage sauvage sans indications précises, avec des gens faussement rassurés, qui se pensent protégés, et qui baissent la garde", martèle-t-il. 

Stéphane Eimer, PDG de Biogroup, qui produit certains de ces tests, souligne pour sa part que les effets ne sont pas si négatifs que ceux décrits. 

"Ce qui est important c'est que les résultats sont souvent négatifs, et ça renforce dans l'intérêt de maintenir les gestes barrières. Ils ne l'ont pas eu, ils n'ont pas de protection immunitaire, alors ils font attention, surtout pour les négatifs."

Quelle fiabilité?

Vient alors la question de la fiabilité des tests sérologiques. Là encore, pour Serge Gilberg, les patients risquent d'avoir affaire à des produits de qualité incertaine.

"Les tests réalisés ne sont pas ceux qui seront validés par la HAS et le ministère de la Santé. L'OMS ne les recommande pas car ce n'est pas un passeport immunitaire. Nous n'avons pas de recommandation, les réactifs sont de qualité moyenne, et ne sont pas encore validés, mais ils sont quand même utilisés", assure-t-il, expliquant que les laboratoires sont plus mobilisés sur ces tests que pour les PCR, pourtant prescrits par les médecins en cas de suspicion de contamination. 

Comme le signale de son côté Le Parisien, la HAS a mis en place un cahier des charges afin de veiller à leur bonne qualité. Cette dernière sera ainsi vérifiée par, entre autres, l'Institut Pasteur, à Paris, ou aux Hospices civils de Lyon.

En ce qui concerne la marge d'erreur, elle pourrait correspondre à 5% des tests les plus performants du marché, un chiffre qui peut exploser à 40% pour des tests de plus piètre qualité. A l'heure actuelle, une quarantaine d'entre eux sont en phase de tests. Aucun d'entre eux n'a, pour le moment, été officiellement homologué. 

Une utilité dans certains cas 

Cependant, les tests sérologiques ont bel et bien une utilité. Comme le signale encore le quotidien francilien, la Haute autorité de santé les recommande afin d'estimer quelle part de la population a été contaminée.

Ils peuvent également être utilisés dans des cas précis tels que les hébergements collectifs. 

Hugo Septier