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Coronavirus: le BCG, vaccin contre la tuberculose, est-il une piste prometteuse contre la pandémie?

Un chercheur travaille sur un vaccin contre le Covid-19, au Danemark.

Un chercheur travaille sur un vaccin contre le Covid-19, au Danemark. - THIBAULT SAVARY / AFP

Les scientifiques s'intéressent de près au vaccin BCG, initialement utilisé contre la tuberculose. Ses capacités à booster le système immunitaire pourraient permettre à nos organismes d'apporter une meilleure réponse face au Covid-19. Des essais cliniques sont en cours.

Un vaccin vieux de 100 ans pourrait-il être la clé contre le Covid-19? C'est du moins la nouvelle piste de recherche suivie par les scientifiques. Moins médiatisé que le traitement à l'hydroxychloroquine proposé par le Pr Raoult, cet essai retient cependant toute l’attention des chercheurs qui s’appliquent à trouver le moyen de faire tomber le coronavirus, à l'origine de la mort de plus de 33.000 personnes à travers le monde.

  • Qu'est-ce que le BCG?

Le vaccin BCG (Bacille Calmette et Guérin) a vu le jour en 1921, sous l’impulsion de scientifiques de l'Institut Pasteur. Il s'agit d’un vaccin vivant utilisé à l’origine pour protéger contre la tuberculose. Ce sérum, inoculé au cours de la prime enfance, n’est plus obligatoire en France depuis 2007.

Connu pour sa capacité à booster le système immunitaire, le BCG a vu son usage évoluer au fil du temps. Ainsi, depuis le début des années 1980, il est également utilisé pour soigner le cancer de la vessie lorsque la maladie est détectée à un stade précoce.

"Cela montre qu’il a des propriétés immunologiques qui dépassent de loin la protection contre la tuberculose" souligne au Point le professeur Camille Locht, directeur de recherche Inserm à l'Institut Pasteur de Lille. Le vaccin pourrait-il encore avoir une nouvelle utilité en protégeant contre le Covid-19?
  • Comment peut-il agir contre le Covid-19?

Des scientifiques de tous horizons se penchent actuellement sur la question et placent beaucoup d’espoirs dans ce vaccin. "Le BCG provoque un apport immunitaire important", a décrit Jérôme Salomon dimanche soir lors de son point quotidien.

Certes, le BCG "ne protège pas directement du Covid-19 mais pourrait apporter un coup de pouce au système immunitaire" qui permettrait de mieux se défendre contre le coronavirus, souligne le site d’actualités médicales belge, Le Spécialiste.

"Deux études menées chez les adultes montrent une réduction de 70% des infections respiratoires" grâce au BCG, indique au Figaro Mihai Netea, spécialiste des maladies infectieuses au Centre médical de l’université Radboud aux Pays-Bas.

Des essais sont en cours pour tester son efficacité "et voir si cette stimulation immunitaire peut avoir un effet bénéfique sur le coronavirus", a également indiqué Jérôme Salomon.

  • Comment se déroulent les essais cliniques? 

Mihai Netea, spécialiste des maladies infectieuses au Centre médical de l’université Radboud aux Pays-Bas, a lancé avec l’université d’Utrecht un essai sur 1000 soignants, dans 8 hôpitaux, au contact de patients infectés. Certains vont recevoir le vaccin, d’autres un placebo, rapporte Le Figaro. Avec cet essai, les chercheurs analyseront le pourcentage de soignants qui seront infectés par la maladie et vérifieront si le vaccin a pu avoir un rôle barrière. Les résultats devraient être connus d’ici 3 à 4 mois. 

Idem en Australie où une équipe de chercheurs a annoncé en fin de semaine dernière avoir entrepris de tester le vaccin sur 4000 personnels soignants pour vérifier sa capacité à réduire les symptômes du Covid-19.

"Nous espérons voir une réduction dans la fréquence et la gravité des symptômes du Covid-19 des personnels soignants ayant été vaccinés avec le BCG", a expliqué le chef de cette équipe de chercheurs, Nigel Curtis.

L’institut Max-Planck en Allemagne s’apprête également à enclencher une étude avec une version modifiée du BCG, indique la revue Science. En France, Laurent Lagrost, directeur de recherche à l’Inserm, et le professeur Didier Payen travaillent eux aussi sur cette piste. 

D’après Laurent Lagrost, "les formes exacerbées du Covid-19 proviennent d'une réponse trop forte de nos défenses immunitaires. Le vaccin BCG pourrait les aider à s'adapter et à apprendre à lutter contre les formes sévères de maladies infectieuses", explique-t-il sur Europe 1.

Pour vérifier cette hypothèse, il appelle les médecins à examiner les dossiers de leurs patients en réanimation afin de déterminer lesquels sont encore sous l’effet d’une vaccination au BCG. Celle-ci a une durée de vie de 15 à 20 ans, estime-t-il. A priori, les personnes les plus âgées, qui ont donc été vaccinées dans leur enfance, ne devraient plus avoir cette mémoire immunitaire. "Ça expliquerait peut-être la raison pour laquelle les plus jeunes sont moins touchés par le Covid-19", analyse-t-il.

Ambre Lepoivre