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Coronavirus: la situation actuelle est-elle comparable à celle d'avant le confinement?

Un patient atteint par le coronavirus dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Alberto Sabogal Sologuren, le 2 juillet 2020 à Lima, au Pérou

Un patient atteint par le coronavirus dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Alberto Sabogal Sologuren, le 2 juillet 2020 à Lima, au Pérou - ERNESTO BENAVIDES © 2019 AFP

La Guyane, mais aussi la Mayenne plus récemment, suscitent des inquiétudes sur une possible reprise épidémique sur le territoire. Mais la situation est "beaucoup moins inquiétante" qu'avant le confinement, insistent les scientifiques.

"Il faut se préparer à une reprise de l'épidémie, voire à une deuxième vague", a prévenu le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, dans le Figaro mercredi. Depuis la fin du mois de juin, les mises en garde des autorités sanitaires se multiplient sur le risque d'une recrudescence des cas de coronavirus en France. La Guyane et plus récemment la Mayenne suscitent de vives inquiétudes. Mais la situation actuelle n'a rien à voir avec celle d'avant confinement, ajoutent les experts scientifiques.

La multiplication du nombre de cas en Mayenne, passés de 54 à 109, puis de 109 à 219 entre le 30 juin et le 6 juillet, a poussé les autorités à organiser un plan de dépistage massif la semaine prochaine. La situation en Guyane continue de s'aggraver, avec plus de 5000 cas positifs recensés dans la collectivité. Enfin, les eaux usées en Île-de-France suscitent de vives inquiétudes quant à la propagation du virus. Pour autant, sommes-nous au même niveau critique que durant l'hiver?

La période actuelle est "beaucoup moins inquiétante", répond à BFMTV Pascal Crepey, épidémiologiste et biostaticien à l'École des Hautes Études en Santé Publique. "On n'est pas du tout dans la même situation qu'en février."

"En février, nous avions un nombre de reproductions autour de 3, aujourd'hui nous avons un R0 autour de 1. On a déjà un effet de ralentissement très fort grâce à toutes les mesures mises en place pour l'identification des cas, pour casser les chaînes de transmission", poursuit l'épidémiologiste.

La France est aussi beaucoup mieux équipée, ce qui doit permettre de rapidement circonscrire les nouveaux cas et éviter une propagation massive. Une stratégie qui s'opère actuellement en Mayenne, où les six clusters du département ont été isolés.

"On a des masques, on n'est plus du tout dans la même configuration, on peut tester et donc localiser et circonscrire les foyers d'infection", rappelle auprès de BFMTV Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches. Ce dernier précise que nos connaissances sur le Covid-19 ont aussi évolué:

"La première vague, on l'a eue parce qu'on pensait que le virus était arrivé tardivement sur le territoire, or c'est faux. Le virus est arrivé sur le territoire probablement début novembre."

Pour les semaines à venir, le Conseil scientifique envisage quatre scénarios, décrits par le professeur Franck Chauvia lors d'une réunion d'information du Conseil scientifque mercredi:

  • "Le scénario 1 est celui qu'on vit actuellement, où les marqueurs sont plutôt rassurants;
  • Le scénario 2 est celui des clusters critiques, où l'on perd les chaînes de contamination;
  • Le scénario 3 est celui d'une reprise lente de l'épidémie, à bas bruit, avec un taux de reproduction de l'épidémie qui progresse sans que l'on puisse identifier clairement des foyers;
  • Le scenario 4 est la reprise de l'épidémie telle qu'on l'a connue."

"Aujourd’hui, il n'y a pas de réinfection avec le virus", ont répété les membres du Conseil scientifique. Mais "ce sont essentiellement nos comportements qui conditionnent la reprise épidémique", insiste aussi Jérôme Salomon dans les colonnes du Figaro. "Si nous voulons éviter cela, il faut que chacune et chacun continuent de respecter les mesures barrières, les mesures d'hygiène, la distanciation physique et le port du masque, surtout en situation de promiscuité et dans un espace clos."

"Il faut que tout le monde comprenne que – sans même parler de la deuxième vague – nous sommes à la merci d’une reprise en France. On le sait maintenant: il suffit qu’il y ait un supercontaminateur dans une assemblée et ça repart comme à Mulhouse", a prévenu Jean-François Delfraissy.
Esther Paolini Journaliste BFMTV