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Coronavirus: faut-il rouvrir l'hôpital militaire du Val-de-Grâce?

Le bâtiment est aujourd'hui occupé par des militaires. Mais selon des médecins et des politiques, il est urgent de réinvestir le bâtiment pour accueillir des malades du covid-19.

Face à l'ampleur de l'épidémie de coronavirus en Ile-de-France, qui a déjà tué plus de 1600 personnes dans la région, de nombreuses voix de médecins et politiques s'élève depuis plusieurs jours pour demander la réouverture de l'ancien hôpital militaire du Val-de-Grâce, situé dans le 5e arrondissement de Paris. Fermé en 2016, le centre hospitalier a été reconverti en de multiples logements. Les chambres autrefois destinées aux malades sont occupées par des militaires.

Plusieurs médecins ont récemment assuré que l'ouverture du Val-de-Grâce serait une alternative aux multiples transferts de patients franciliens jusqu'en province.

"Les régions commencent à être touchées par l'épidémie", a ainsi averti ce matin sur BFM Paris Patrick Pelloux, président de l'association des Médecins urgentistes de France. "Vous déportez le problèmes sur les services de réanimations de province qui vont être bientôt touchés par le covid-19."

Selon le médecin, il faut donc "songer de toute urgence à rouvrir le Val-de-Grâce (...); On est dans une situation de guerre, il nous faut des solutions de guerre". Si le matériel hospitalier et les lits ont disparu, il suffirait selon lui de les remettre, a-t-il fait valoir, précisant que l'entreprise Air Liquide "a expliqué pouvoir équiper un hôpital en 48 heures".

"Loger les militaires ailleurs"

Selon Eric Caumes, chef du service des maladies Infectieuses et tropicales à l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière est lui aussi favorable à l'ouverture du Val-de-Grâce. "On pourrait loger les militaires ailleurs dans Paris", estime-t-il sur BFMTV.

"Il y a plein d'hôtels qui sont libres, il faudrait libérer cet hôpital, le réarmer pour pouvoir loger les patients", a déclaré de médecin. "Il n'y a pas besoin de bouger les murs, il suffit de les remplir. Il n'est jamais trop tard pour bien faire."

Du côté des politiques, Anne Hidalgo la maire de Paris se dit favorable à des solutions pour multiplier les lits en réanimation, et pourquoi pas en rouvrant le Val-de-Grâce. 

"Il nous faut chercher encore d’autres possibilités sur notre territoire. Des projets sont à l’étude, je les soutiendrai en intégrant si besoin l'Hôtel Dieu et le Val-de-Grâce", a écrit la maire de la capitale sur Twitter, en réponse à la proposition de Patrick Pelloux. 

Une demande adressée au Premier ministre

A droite, Florence Berthout la maire du 5e arrondissement -où se situe le Val-de-Grâce-, s'est elle aussi déclarée favorable, à plusieurs reprises, à sa remise en service pour l'accueil de malades du coronavirus. Dans une lettre adressée au Premier ministre, l'élue appelle les autorités à se saisir de cette option.

"Le service de santé des armées ayant été en capacité de mettre en place un hôpital de campagne dans le Grand-Est, je suis convaincue qu'il sera en mesure de rééquiper l'hôpital du Val-de-Grâce pour permettre une augmentation des capacités de prise en charge des patients covid-19 en Ile-de-France", écrit-elle. 

Une remise en service trop complexe?

Mais pour certains spécialistes, comme Yves Buisson, membre de l'Académie nationale de médecine, la remise en état du Val-de-Grâce pourrait s'avérer compliquée même si le feu vert était donné.

"Il y a aujourd'hui des problèmes d'infiltrations et d'humidité (...) Il faudrait donc prévoir un nettoyage, des travaux, installer les réseaux de fluides médicaux et remettre en état certains circuits électriques qui n'ont plus fonctionné depuis des années", a-t-il expliqué à franceinfo, soulignant que les rénovations pourraient durer plusieurs semaines.

Outre sa longueur, une remise en état complète du Val-de-Grâce pourrait par ailleurs s'avérer très onéreuse. Dans une enquête sur les capacités de l'armée française à lutter contre le coronavirus, Le Monde parle d'un coût de 250 millions d'euros.

De son côté, Anne Hidalgo a également déclaré étudier la possibilité de rouvrir les urgences de l'Hôtel-Dieu, fermées en 2013. Une idée également proposée par plusieurs politiques ainsi que par Patrick Pelloux sur BFM Paris. Comme dans le Grand-Est, L'urgentiste s'est également dit favorable à la création "d'un hôpital de campagne" en plein Paris, "par exemple sur la pelouse de Reuilly", dans le 12e arrondissement.

Juliette Mitoyen